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« Ce n’est pas un plafond de verre, c’est un plafond de ciment » – Rhian Wilkinson

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Rhian Wilkinson.

Rhian Wilkinson.

Photo : The Canadian Press / JONATHAN HAYWARD

Olivier Tremblay

Rhian Wilkinson a annoncé vendredi qu’elle quittait son poste avec l’Association canadienne de soccer.

L’ancienne joueuse de l’équipe nationale, double médaillée de bronze olympique, entraînait depuis 2019 les équipes féminines U-17 et U-20. Elle a aussi été l’adjointe au sein de l’équipe senior.

L’ancienne joueuse originaire de Baie-d’Urfé n’a pas encore dévoilé quel sera son prochain défi professionnel.

En entrevue avec Radio-Canada Sports, elle commente sa décision, son avenir et les immenses défis du soccer féminin. L’entrevue s’est déroulée en français.


Q. Qu’est-ce qui t’a motivée à quitter ton poste?

R. C’est ma décision, et elle était très difficile à prendre. Je devais la prendre maintenant parce que c’est important que Bev Priestman (l’entraîneuse-chef de l’équipe nationale) ait son personnel bien en place au moment où l’équipe amorce une période importante vers les Jeux olympiques.

J’ai réfléchi pendant plusieurs mois. On demande aux athlètes d’excellence de sortir de leur zone de confort pour avancer et je sentais que j’étais trop à l’aise.

Je veux être entraîneuse-chef un jour, parce que je considère que c’est un poste très spécial. Je dois travailler dans d’autres milieux pour m’améliorer, pour être meilleure pour les joueuses.


Q. Est-ce que le fait que tu aspirais à devenir entraîneuse-chef de l’équipe nationale et que tu n’as pas eu le poste a pesé dans ta décision?

R. J’étais bien évidemment déçue de ne pas avoir le poste, parce que c’est l’emploi que tout le monde espère, c’est le meilleur poste au Canada.

Bien sûr que je le voulais. Cela dit, Bev est une amie et sa nomination était une excellente décision. Elle m’a offert un poste et j’ai longuement hésité parce que je voulais vraiment travailler avec elle.

Mais il n’y a pas beaucoup de postes pour grandir sans avoir besoin de partir, parce qu’on n’a pas de ligue professionnelle féminine au pays. Canada Soccer a fait un bon travail pour développer d’excellents candidats, maintenant il faut leur trouver une place. Même la Première Ligue canadienne ne s’est pas encore rendu compte qu’il y avait des femmes entraîneuses!

Je suis fière et je me considère chanceuse d’avoir eu l’occasion de travailler avec la grande équipe de Canada Soccer.

Rhian Wilkinson

Q. Les six derniers entraîneurs de l’équipe nationale féminine ne sont pas nés au Canada. Est-ce que le dicton nul n’est prophète en son pays s’applique à Canada Soccer?

R. Je me suis toujours sentie appréciée dans mon milieu de travail. Les gens reconnaissent mes efforts et le fait que j’ai obtenu mes licences d'entraîneur.

C’est vrai que c’est frustrant de voir qu’on dirait que ça prend parfois un accent étranger pour obtenir les postes les plus prestigieux, alors qu’il y a de très bons entraîneurs au Canada.

Elle s'exprime lors d'un point de presse.

Rhian Wilkinson a représenté le Canada au plus haut niveau à 181 reprises de 2003 à 2017.

Photo : AFP/Getty Images / ANDY CLARK

Jason DeVos et Stuart Neely, qui chapeautent le développement du soccer et des entraîneurs au pays, font du bon travail et je souhaite qu’on voie plus d’entraîneurs formés ici à la barre des équipes nationales.

Cela dit, Bev Priestman [née en Angleterre] a passé plusieurs années au Canada. C’est ici que son fils est né. Oui, elle a un accent, mais c’est une Canadienne de cœur.

En ce moment, j’estime que je dois partir pour être considérée. Ce n’est pas négatif, parce que c’est important de ne pas rester à un seul endroit pour se développer.


Q. Quelle est la suite des choses pour toi?

R. Je n’ai pas encore d’autre emploi à vous annoncer, mais j’ai été convoquée à quelques entrevues avec des équipes nationales et des clubs. J’ai eu des offres, mais je n’ai encore rien accepté.


Q. Est ce qu’on pourrait te voir travailler avec des équipes masculines?

R. J’adore travailler avec les femmes. C’est ma carrière, mais pas parce que je ne peux pas entraîner les gars. Beaucoup de gens veulent faire ça. Mais pour moi, le soccer, c’est le soccer.

Le Canada doit montrer au monde que les femmes sont aussi bonnes que les hommes pour regarder et analyser le jeu. Si on ne le montre pas au Canada et aux États-Unis, les pays où le soccer est surtout masculin ne le feront pas.


Q. Le président du CF Montréal, Kevin Gilmore, a sous-entendu que le club songerait à mettre sur pied un volet féminin pour son académie. Est-ce que tu t’ennuies de Montréal?

R. Oui, je m’ennuie de Montréal, je suis Québécoise et c’est ma ville. C’est une communauté très spéciale à mes yeux. Je suis très heureuse d’entendre que le CF Montréal pense à mettre sur pied un volet féminin.

Moi aussi, je pense à beaucoup de choses et j’ai hâte que les idées se traduisent par des actions concrètes. Je crois que ce genre de décision aurait dû être prise il y a 10 ans. Pour l’instant, j’ai plutôt envie de travailler avec l’élite qu’avec la relève, comme je le fais depuis quelques années.

J’adore les jeunes joueuses avec qui j’ai travaillé et je suis privilégiée d’avoir eu l’occasion de le faire. On a un groupe très talentueux et on verra émerger plusieurs joueuses au cours des prochaines années.

Il y a des entraîneurs exceptionnels autour du Canada, avec nos programmes d’excellence. Nos joueuses sont vraiment de bonnes personnes, et on développe des talents exceptionnels ici.


Q. Le Canada est l’un des pays où le sport féminin est le plus développé, mais sans ligue et avec une seule académie liée à un club professionnel, il reste beaucoup de travail à faire...

R. On montre autant les femmes à la télévision que les gars, on le fait déjà. Mais pourquoi ne pas les mettre encore plus en valeur? Je suis fière que le Canada mette le sport féminin au même niveau que le sport masculin, mais je veux qu’on soit plus fiers encore et qu’on le montre au monde. Chaque match qu’on joue, on a des grandes foules. On est fiers de ça.

Le Canada, je crois, est le seul pays où le soccer féminin est vu au même niveau que les gars. Nos femmes ont des stades remplis, nos gars aussi. Mais je pense qu’on peut faire mieux ici, et pas seulement l’Association canadienne, nos provinces aussi. Il faut donner des possibilités, que ce soit en soccer féminin ou masculin.

Si on ne montre pas le chemin aux autres pays, on n’a pas de chance. C’est à nous de le faire.

Rhian Wilkinson

Je pense qu’on se cache derrière les États-Unis. Les États-Unis se battent pour l’équité salariale. Au Canada, on a déjà des paies égales à celles des hommes, mais on ne veut pas montrer notre fierté que les deux équipes soient au même niveau. Je suis très fière de ça. Je veux qu’on montre davantage ce qu’on fait ici. Ce n’est pas incroyable, c’est juste normal. Ça doit être normal.


Q. Les joueuses du Québec se font rares depuis des années au sein de l’équipe nationale féminine...

R. Le problème, c’est qu’on a des francophones qui ne veulent pas étudier aux États-Unis. D’excellentes joueuses sortent du Québec, mais après, elles disparaissent, parce qu’elles ne veulent pas aller aux États-Unis. Elles n’ont plus l’occasion de jouer à 18 ans. Je suis très heureuse que le CF Montréal pense à une académie.

Les joueuses peuvent aller chercher une bonne éducation au Québec, mais le niveau de soccer n’est pas du tout le même que dans la NCAA. Je ne savais pas comment régler ce problème. Tu dois être brave pour quitter ta province, ta langue, pour une culture très différente. C’est important de ne pas avoir peur de l’autre langue. Mais c’est aussi important que les intervenants de l’équipe nationale puissent s’exprimer et parler à leurs joueuses en français. C’est aussi important qu’on parle français.


Q. Tu dis que les joueuses du Québec sont moins nombreuses parce que plusieurs préfèrent ne pas aller dans la NCAA. Ce n’est pas un peu triste de devoir se fier aux universités américaines pour développer nos joueuses?

R. Ce n’est pas un peu triste, ça me tue! C’est pour ça que je souligne que les clubs comme Montréal ou Toronto n’ont pas d’équipe féminine. Si vous n’avez pas de passeport européen ou américain, il n’y a pas de place pour jouer. Il y a des générations de joueuses qui ont été bloquées. Ce n’est pas un plafond de verre, c’est un plafond de ciment. Il n’y a rien.

Les Whitecaps n’ont pas d’équipe féminine professionnelle, mais ils ont des équipes de jeunes. Des académies, c’est aussi une occasion pour les recruteurs de voir nos meilleures joueuses. Pour beaucoup, ce sera l’option sport-études, mais certaines vont faire le saut du secondaire aux professionnelles. C’est une belle possibilité.

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