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Longue piste : le bonheur de l'équipe canadienne dans la bulle aux Pays-Bas

Une patineuse avec un masque près d'un anneau de glace

Une patineuse canadienne dans la bulle d'Heerenveen, aux Pays-Bas

Photo : Dave Holland CSI Calgary

Jean-François Chabot

Les membres de l’équipe canadienne de patinage de vitesse sur longue piste sont arrivés cette semaine à Heerenveen, aux Pays-Bas, où ils passeront les prochaines semaines, en compétition, dans une bulle.

En posant leurs lames sur l’anneau de vitesse qui accueillera les deux prochaines Coupes du monde (du 22 au 24 janvier et du 29 au 31 janvier), ainsi que les Championnats du monde, du 11 au 14 février, les Maltais, Dubreuil, Bloemen, Blondin et autres ont probablement eu envie de dire : Enfin!

Rappelons que l’anneau couvert de Calgary a été fermé en octobre en raison d’un bris du système de refroidissement. Les patineurs canadiens avaient été forcés de déménager leurs pénates à Fort St-John, puis à Red Deer, sur une patinoire extérieure.

Plus récemment, certains ont même pris de longues enjambées sur des lacs gelés albertains (Gap Lake et Ghost Lake). Le déplacement vers les Pays-Bas a donc été accueilli telle une délivrance.

Dans une cage dorée

Arrivés à Heerenveen en deux groupes distincts, ceux de Calgary mardi, et ceux du l’est du pays mercredi, les patineurs canadiens ont été rapidement pris en charge.

C’est sûr que ce sont des circonstances différentes. On le sent. On a été accueillis à l’hôtel par un test PCR. Ensuite, on était dans nos chambres sans pouvoir sortir. On se faisait livrer nos repas en attendant le résultat du test. Après ça, on a pu intégrer les autres personnes, a raconté Laurent Dubreuil, spécialiste du 500 m et du 1000 m.

Valérie Maltais ne s’offusque pas du tout des règles sanitaires imposées aux athlètes par les organisateurs, bien au contraire.

La bulle est moins fermée qu’on le croyait. C’est une bonne chose pour ton aspect mental que de pouvoir sortir un peu. Je pense qu’il faut faire confiance au bon jugement de tous ceux qui sont ici, a-t-elle d’abord indiqué.

Elle a poursuivi en expliquant que les allées et venues de chacun sont enregistrées à l’entrée de chacun des trois hôtels. Les patineurs peuvent sortir, mais doivent éviter les contacts à l’extérieur de la bulle.

Ils peuvent marcher, faire du vélo (Valérie Maltais a apporté le sien), mais ils ne peuvent pas aller à l’épicerie. S’ils ont besoin de quoi que ce soit, quelqu’un ira faire les courses pour eux. En y ajoutant l’accès à un grand buffet avec horaires et distanciation pour chacune des équipes, on peut dire que personne ne manque de rien.

Détail important que souligne Maltais, la délégation canadienne se démarque déjà des autres équipes.

Par exemple, à l’aréna, on est la seule équipe qui porte un masque sur la glace. Sinon, il n’y a personne qui patine avec un masque. C’est une règle imposée par notre équipe nationale. On est habitués, on porte le masque partout. On se dit que si d’autres équipes testent positif, au moins on se protège nous-mêmes.

Une citation de :Valérie Maltais
Une patineuse en noir pendant une compétition.

Valérie Maltais

Photo : Site web Patinage de vitesse Canada

Le moment attendu

À entendre Laurent Dubreuil et Valérie Maltais parler du moment où ils ont pu renouer avec la glace, on pourrait croire qu’ils venaient d’être rescapés d’une île déserte au bout de longs mois en perdition.

Ça sauve ma saison parce que, s’il n’y avait pas eu les Coupes du monde, il n’y avait aucune raison pour moi de continuer à patiner à l’extérieur, excusez l’expression, mais à me faire chier un p’tit peu à faire ça, lance-t-elle candidement.

La première pratique que j’ai faite sur la glace, j’ai dit à mon coach : "Bon, ben je te confirme que j’aime encore patiner!" (rires). Immédiatement, ce sentiment d’être sur la glace, d’être à l’intérieur, d’être à l’international, d’être aux Coupes du monde. Ça te confirme d’être à la bonne place, au bon moment.

Le vice-champion du monde de sprint en 2020 évoque lui aussi ce sentiment de libération et de grand soulagement.

C’est un bonheur de pouvoir patiner. C’est notre passion à tous, ceux qui sont ici. De ne pas l’avoir fait pendant deux mois et je n’ai même pas patiné trois semaines depuis le mois de mars. Ce n’est pas assez de patin dans le corps depuis 10 mois.

Une citation de :Laurent Dubreuil
Il patine à plein effort.

Laurent Dubreuil

Photo : La Presse canadienne / Rick Bowmer

Les patineurs canadiens ont vite retrouvé leurs sensations, et personne de l’équipe ne s’est présenté à Heerenveen avec des attentes démesurées.

Maltais et Dubreuil ne cachent pas une certaine appréhension en raison d'une préparation aussi brève. S’il y a eu abondance d’entraînements hors glace pour tout le monde, les moments passés à patiner ont été beaucoup trop rares.

C’est sûr que l’intensité, il en manque dans les jambes. Et ça manque à notre préparation, c’est certain. La semaine prochaine, je m’en vais patiner des tours (d’anneau de glace) en termes de compétition. Mais je pense qu’il ne faut pas que je m’attende à plus que ça. Je pense que c’est comme ça qu’il faut que j’approche la compétition, en ne me disant pas que je vais faire le meilleur temps de ma saison ou mon meilleur temps à vie, a dit Maltais.

Dubreuil a des visées un peu moins modestes. Il aimerait quand même reprendre là où il a laissé en mars, avant l’arrivée du coronavirus.

Si dans ma tête je n’avais pas de chance de gagner des médailles, je serais resté chez nous. J’ai vraiment tout fait ce que je pouvais faire pour être à mon meilleur. C’est peut-être l’année où je me suis le mieux entraîné. J’ai une petite fille qui a eu 18 mois, et je n’ai pas envie de partir pour faire le touriste.

Une citation de :Laurent Dubreuil

Même si je vise de gagner une médaille dans un mois (aux Championnats du monde), il ne faut paniquer si la première course (en Coupe du monde) n’est pas nécessairement à ce niveau-là, a-t-il expliqué avant de rappeler qu’à ses huit dernières courses, il était monté sur le podium à sept reprises, et avait terminé 5e dans l’autre.

Laurent Dubreuil ne perd pas de vue que la plupart de ses rivaux n’ont pas eu à subir les mêmes contraintes que lui.

Les autres pays n’ont pas eu de bris d’anneau à domicile. Ils ont tous des compétitions depuis un méchant bout, a-t-il souligné. Ils ont plein d’entraînements et de patin dans le corps. Ils sont prêts pratiquement comme pour une année normale. Pas nous.

Elle sourit à la caméra.

Valérie Maltais.

Photo : Sarah Champagne

Une occasion en or

Tant Maltais que Dubreuil ont évoqué la notion du plaisir de pouvoir renouer avec la compétition. Ils sont conscients de la chance qu’ils ont, dans les circonstances, de se mesurer à nouveau aux meilleurs du monde.

Un doute persiste toutefois dans leur esprit quand on leur demande de se prononcer sur la tenue des Jeux olympiques d’hiver, à Pékin, en 2022. Ils ne perdent pas de vue qu’il y a encore un long chemin à parcourir avant que la planète maîtrise la COVID-19.

Aussi, ils se perçoivent un peu comme des cobayes afin d’envisager l’efficacité d’une bulle sportive de format olympique.

Je souhaite qu’on apprenne de cette expérience et qu’on en ressorte positivement. On ne veut pas se ramasser avec plein de cas. Les sports reprennent tranquillement. On souhaite que les Jeux de Tokyo se passent en fonctionnant avec la COVID. Si on ressort (d’ici), je souhaite qu’ils prennent le positif et le négatif pour voir comment on peut améliorer tout ça pour que ce soit possible.

Une citation de :Valérie Maltais
Il étire la jambe droite.

Laurent Dubreuil en action au 500 m de la Coupe du monde de Kearns en Utah en mars 2019.

Photo : La Presse canadienne / Rick Bowmer

Laurent Dubreuil se montre plus tranchant dans sa réflexion.

Mon feeling, c’est que si on était encore en plein dans le COVID dans un an, que les athlètes n’ont pas été vaccinés, je pense qu’ils reporteraient les Jeux avant de faire une bulle comme ça, a-t-il avancé.

Est-ce qu’ils seraient capables d’organiser des Olympiques comme ça? On parle quand même de milliers d’athlètes. Les Olympiques sans public, je ne sais pas à quel point c’est viable financièrement, a-t-il renchéri.

Enfin, soulignons que toutes les compétitions seront présentées à huis clos, autre aspect qui exigera une certaine adaptation.

C’est sûr que le fait de ne pas avoir des gens dans les gradins, c’est un peu, j’imagine, comme les bulles de la LNH et de la NBA. Il y a des millions de personnes qui regardent à la télé, mais personne dans les sièges. Je dois avouer que ça va être spécial de patiner dans l’anneau ici sans qu’il n’y ait personne parce que chaque fois que je suis venu ici, c’était plein ou presque, a dit Dubreuil en guise de conclusion

(Avec les informations d'Olivier Pellerin)

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