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Chronique

Le CF Montréal prend un risque assumé

Un logo noir, gris et bleu

Le logo du CF Montréal

Photo : CF Montréal

Olivier Tremblay

En 2019, quand Kevin Gilmore s’est présenté aux médias comme nouveau président de feu l’Impact, un aimable confrère lui a demandé de quoi était constitué, selon lui, l’ADN du onze montréalais.

Je ne vais pas entrer dans une salle avec tout le personnel et dire : "Voici qui nous sommes." Je veux comprendre, vraiment, ça fait 25 ans que le club est ici, avait alors répondu Gilmore. Certaines choses sont à la base de ce club, font partie de l’ADN. Je veux comprendre comment on peut élever ça, modifier ça pour vraiment se préparer pour faire croître l’entreprise ici et faire partie de la croissance de la ligue.

Le gentil confrère avait relancé le président : Donc l’ADN, ça va être…?

En riant, Gilmore avait répondu que c’était à déterminer avant d’enchaîner : Je n’appelle pas ça l’ADN, je parle de vision. C’est quoi notre vision? Il faut établir la vision en enlevant toutes les... je ne veux pas dire les excuses, mais les affaires qu’on voit comme des obstacles. Je veux qu’on enlève ça, qu’on arrête de se dire qu’on est dans un petit marché, que le Canadien… On enlève tout ça, on développe notre vision. Pour se rendre là, on se rend compte qu’il y a des obstacles. Comment on les contourne ou on répond à ces défis pour arriver à notre vision?

Ils tiennent une écharpe.

Le président de ce qui était alors l'Impact de Montréal Kevin Gilmore (à gauche) aux côtés du propriétaire Joey Saputo

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Alors, faut-il en conclure que le nom Impact était un obstacle, puisque l’organisation a annoncé qu’elle devenait le Club de Foot Montréal? Le président n’a pas tout à fait répondu (on y reviendra). Mais quand on entendait son prédécesseur, Joey Saputo, dire que « pour avoir un impact, il fallait retirer le nom Impact », l’envie était grande de faire 1+1.

Depuis ce changement au sommet de l’organigramme, il est souvent question de changement lorsqu’on parle de l’Impact. Saputo lui-même avait dit en présentant Gilmore qu’un changement – pardon, on avait alors utilisé le mot transformation, encore plus chargé – était nécessaire au sein du club pour accroître son attrait dans le milieu des affaires et atteindre la rentabilité.

La transformation du secteur sportif, avec le directeur Olivier Renard et l’entraîneur Thierry Henry à sa tête, a de quoi plaire jusqu’ici. Mais la transformation identitaire, nécessairement, devait froisser quelques personnes.

Les appels passés à différents supporteurs jeudi n’étaient pas particulièrement concluants. Certains sont contents. D’autres sont choqués. Beaucoup ne sont pas encore parvenus à se faire une tête. Ce qui ressort de moult conversations, cependant, c’est que les partisans auraient aimé être consultés sur la refonte de l’identité de l’Impact.

Un désir inassouvi, comme celui des partisans du Fire de Chicago à la fin de 2019. Et leur mécontentement a forcé le club à recommencer le processus, avec la participation de leurs fidèles, pour 2022.


La nouvelle du changement de nom, ébruitée par Radio-Canada Sports en décembre, avait déjà suscité chez les partisans actifs de l’Impact des réactions négatives. Les rallier à la cause allait nécessairement être compliqué.

Pendant la présentation, Saputo et Gilmore ont reconnu que ça ne fera pas l’affaire de tout le monde, ou une autre variation sur ce thème. L’organisation ne s’adressait pas qu’aux convertis qui alimentent Twitter. Elle s’adressait surtout à ceux pour qui l’Impact ne voulait pas dire grand-chose ou, pire, avait une connotation négative. Ces gens qui se souviennent davantage des inutiles changements d’entraîneurs que du rôle déterminant de Dilly Duka dans le but de Nacho Piatti au stade Azteca (on vous le jure).

Clairement, le CF Montréal est à la quête de supporteurs. Il est question de rentabilité, donc de nombres, d'argent, de gens. Si on a jugé que le nom était un obstacle dans cette grande aventure, il fallait faire table rase.

C’est un risque. Le risque de froisser ceux pour qui l’Impact, c’était peut-être un élément charnière d’une vie, qui ont vu passer ce nom des petites ligues à l’élite nord-américaine (peut-être est-ce là une partie du problème?). Ceux pour qui ce n’est pas du foot, c’est du soccer. Ceux qui sont vraiment, vraiment tannés de voir de la neige, surtout en plein mois de juillet au stade.

Mais au moins, comme le dit le nouveau collègue Hassoun Camara, c’est un risque assumé.

Ah! oui, la réponse de Kevin Gilmore à la question. Le président de l’Impact – pardon, du CF Montréal – s’est bien gardé de dire que le nom était un obstacle. En fait, il a plutôt évité la question. Mais il a fini par parler de l’académie du club, et il a laissé échapper qu’on y fera éventuellement place aux jeunes filles, sans préciser quand. On aura bien essayé de lui tirer les vers du nez, mais sans succès.

Alors, il y aura eu au moins une nouvelle tout à fait rassembleuse.

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