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Jeux olympiques au Japon et en Chine ou la guerre des anneaux

Montage photo des deux logos

Les emblèmes des Jeux de Tokyo 2020 et de Pékin 2022

Photo : Comité International olympique

La guerre des anneaux aura-t-elle lieu?

Radio-Canada Sports en a discuté avec Loïc Tassé, chargé de cours au Département de sciences politiques et spécialiste de la Chine et de l’Asie à l’Université de Montréal.

La rivalité entre les Japonais et les Chinois ne s’est jamais estompée depuis la guerre sino-japonaise de 1937 à 1945. Les atrocités commises contre le peuple chinois sont encore bien présentes dans les mémoires au pays de l'Empire du Milieu. Même si les deux nations voisines sont d'importants partenaires économiques, leurs relations ne cessent de se détériorer. Et voilà maintenant que les Jeux olympiques sont au cœur d’un enjeu géopolitique.

Si les Jeux devaient être annulés au Japon, la Chine en sortirait victorieuse.

Une citation de :Loïc Tassé, spécialiste de la Chine et de l'Asie à l'Université de Montréal

La population japonaise est de moins en moins prête à accueillir les Jeux et les derniers sondages le montrent. Il est clair que pour les deux pays, les Jeux olympiques représentent un enjeu de taille. Le problème pour le Japon, c’est que l’homologation du vaccin ne sera pas faite avant le mois de mai prochain, et il est difficile de croire que tout le monde sera vacciné avant le début des Jeux.

Si les Jeux de Tokyo sont annulés, c’est la Chine qui aura gagné la guerre contre la pandémie. Pour le gouvernement japonais qui persiste à croire que les Jeux vont avoir lieu, c’est une question de prestige et de politique, d’autant qu’il n’est pas très populaire en ce moment. Et il espère que cela va rehausser sa popularité.

La rivalité entre les deux pays ne date pas d’hier. Si les Japonais ont rayé la guerre de leurs livres d’histoire, les Chinois, eux, n’ont pas oublié.

Ils sont assis et discutent.

Loïc Tassé et Charles-Philippe David à l'émission Tout le monde en parle.

Photo : Radio-Canada / Karine Dufour

On peut dire que durant cette guerre, les Japonais se sont comportés comme des nazis, explique le spécialiste de l’Asie. Ils ont carrément créé des camps en Chine qui n’ont rien à envier à ceux que les Allemands avaient érigés durant la Deuxième Guerre mondiale. Les Japonais ont littéralement envahi une grande partie du territoire et ont asservi une population et ont surtout massacré grand nombre de Chinois.

Autant cet épisode pénible de l’histoire du Japon est plutôt oublié dans les livres d’histoire, autant en Chine, c’est tout le contraire. Il est constamment rappelé à des fins nationalistes. C’est pourquoi encore aujourd’hui, il existe un réel ressentiment envers les Japonais qui est cultivé.

Si l’enjeu de la tenue des Jeux olympiques est politique au Japon, en Chine, c'est une question de propagande.

On l’a bien vu lors des Jeux de 2008 à Pékin. Cela a été un élément de prestige auprès de la population, mais une façon pour le gouvernement chinois de montrer sa puissance à travers le monde. Et les Jeux à venir vont être un instrument politique pour les Chinois, affirme M. Tassé.

L'homme met tout de même en garde les Chinois, car il y a de plus en plus de contestation et de répression qui pourrait mener à un boycottage des prochains Jeux de 2022.

Le gouvernement chinois a été très dur avec sa population ouïgoure. Il a ouvert des camps de rééducation où seraient passées plus d’un million de personnes et on parle même d’un génocide culturel. Il ne faut pas oublier non plus ce qui s’est passé à Hong Kong, où le gouvernement chinois a écrasé toutes les velléités démocratiques. Et on parle de plus en plus en Europe, mais aussi aux États-Unis, d’un recours au boycottage des Jeux de Pékin. C’est pour cela que le gouvernement chinois doit faire très attention à ce qu’il va faire d’ici les Jeux olympiques.

Jeux olympiques de Tokyo 2020

Jeux olympiques de Tokyo 2020

Photo : Getty Images / KAZUHIRO NOGI/AFP

Les Jeux olympiques, qu’ils soient au Japon ou en Chine, seraient-ils pris en otage pour des considérations politiques, mais aussi économiques? Une certitude pour Loïc Tassé.

Évidemment, ce n’est un secret pour personne que les Jeux olympiques sont une affaire de gros sous. De plus en plus, l’économie du monde se déplace vers l’Asie et, à ce jeu-là, il est tout à fait normal que la Chine prenne de plus en plus de place dans le monde olympique. Le Japon également, car c’est tout de même la troisième puissance économique mondiale. Mais le Japon est une démocratie, et les Jeux ne servent pas d’outil de propagande comme en Chine, soutient-il.

La Chine est un pays très autoritaire qui commence même à devenir totalitaire et qui instrumentalise toutes ses représentations à l’étranger à des fins de propagande politique beaucoup plus que le Japon. Et il faut s’attendre pour 2022 à des Jeux aussi spectaculaires que ceux de 2008. On va encore une fois vouloir montrer le savoir-faire et prouver que c’est un pays extraordinaire, même s’il n’est pas démocratique. Il réussit extrêmement bien à travers le monde. Et c’est certain qu’ici, les Jeux sont beaucoup plus qu’en 2008 un instrument de propagande politique.

La Chine, un marché attrayant de plus d’un milliard d’individus

La Chine est un immense marché, c’est un marché qui grandit et ceux qui pensent que c’est la deuxième puissance économique mondiale, eh! bien ils se trompent, même le gouvernement américain reconnaît sa place de leader mondial, assure le spécialiste. En parité de pouvoir d’achat, la Chine est la première puissance économique du monde, elle vaut chaque année 24 000 milliards de dollars. La Chine est donc 20 % plus puissante que les États-Unis en ce moment.

Ce n'est donc pas un hasard si le groupe chinois Alibaba, géant mondial du commerce électronique et des plateformes de paiement en ligne, a signé un partenariat unique jusqu'en 2028 avec le Comité international olympique (CIO), ce qui le place sur la plus haute marche du podium des commanditaires avec un accord de plusieurs centaines de millions de dollars. L'Asie devient donc la destination olympique privilégiée pour le CIO.

Il n’y aura donc pas de guerre des anneaux entre le pays du Soleil levant et l’Empire du Milieu. Si l’un essaie d’effacer le passé, et en tenant les Jeux de montrer qu’il a vaincu la pandémie venue de Chine, l’autre est déjà assuré d’arriver premier en s'achetant à gros prix une légitimité mondiale.

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