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Ce Québécois vise le sommet mondial du racquetball

Il récupère une balle près du sol avec sa raquette.

Le joueur de racquetball Samuel Murray

Photo : Kevin Savory

Alexandre Coupal

Samuel Murray avait de grandes ambitions pour la saison 2020. Après ses études, son intention était de faire de la pratique professionnelle du racquetball son occupation principale.

La situation étant ce qu’elle est, ce projet a commencé la semaine dernière, avec quelques petites modifications au plan initial. Le résultat a été éclatant, une première victoire dans le circuit professionnel international, dans un tournoi du grand chelem en banlieue d'Atlanta.

C’est quand même gros. Je ne pensais probablement jamais gagner un tournoi comme ça dans ma vie. C’est un tournoi que j’attendais depuis longtemps.

Une citation de :Samuel Murray

Je savais que j’étais de ce calibre-là, mais de là à sortir des grosses performances, une après l’autre, et gagner un tournoi que peu de gens peuvent dire qu’ils ont gagné dans leur vie, ça donne confiance.

Murray n’avait pas joué depuis mars 2020.

Ça a quand même mal commencé, explique-t-il. Mon premier match, je tirais de l’arrière et je suis passé près d’être éliminé dès la première ronde. Mais j’ai réussi à sortir de ce match-là gagnant, et c’est vraiment par la suite que je trouvais que je me sentais vraiment bien sur le terrain. J’étais capable de rester concentré, de ne pas me décourager par des décisions de l'arbitre que tu ne trouves pas à ton avantage. Avant, souvent je perdais la tête un peu, ou je devenais trop fatigué. Je ne sais pas si c’est parce que mentalement j’étais reposé à cause d’une longue pause comme ça, ou physiquement aussi, mais tout allait bien. Et je me sentais vraiment bien sur le terrain.

Le Baie-Comois était 7e dans le monde avant ce tournoi. Il pourrait être parmi les cinq premiers à la prochaine publication du classement.

Une année d’évolution

Quand la pandémie a tout interrompu, comme plusieurs, Murray croyait que c’était l’histoire de quelques semaines.

Au début, au mois de mars, quand tout s'est arrêté, j’étais capable de m’entraîner. J’avais une certaine motivation, en me disant que dans un mois, tout va revenir comme avant. Les tournois vont revenir. Plus les mois avançaient, plus on voyait que ça allait être un petit peu plus long. La motivation a diminué un peu. Pendant l’été, j’ai juste essayé de maintenir la forme en m'entraînant un minimum. Quand les terrains ont rouvert au mois de juin, je suis allé un peu. Mais encore là, j’ai pas trop poussé vu qu’il n’y avait pas de tournois en vue.

Et quand le Tour a annoncé que le tournoi aurait lieu au mois de janvier, la motivation est revenue.

Une citation de :Samuel Murray

Cette période de flottement a généré des prises de conscience.

Avant que tout ça arrive, je m’entraînais six fois par semaine, j’allais à l’école et je ne me posais pas la question si j’allais au club. C’était comme un travail. Faut que tu t’entraînes si tu veux bien performer et tu n’as pas le choix. Tandis que là, c'était vraiment juste pour le plaisir, j’y allais avec mon frère et on jouait vraiment pour le fun. Je retrouvais un peu le goût de jouer sans me mettre de pression, sans arrière-pensée de pratiquer quelque chose.

Ça fait peut-être une dizaine d’années que je m’entraîne vraiment beaucoup, et peut-être que c’était un surplus d’entraînement. Ou peut-être que c’était juste mental aussi. Le fait de penser qu’on prend ça un peu plus relax et qu’on s’amuse, je pense que ça a fait une grosse différence dans mes trois mois d’entraînement avant le tournoi. Oui, je voulais m’entraîner fort, mais je me suis aussi amusé là-dedans aussi.

Quand il a constaté que la compétition ne reprendrait pas de sitôt, Samuel Murray a trouvé un emploi dans son domaine, comme il était fraîchement diplômé en ingénierie.

Avant, j’allais aux études et le racquetball, c’était un peu mon gagne-pain. Peut-être une certaine pression que je me mettais.

Une citation de :Samuel Murray

Et quand j’ai fini l’école, et que je suis entré sur le circuit professionnel à temps plein, peut-être que je me suis mis trop de pression. J’avais tellement hâte de faire juste ça et j’espérais vraiment bien performer. Tandis que là, j’ai un travail. Si je ne performe pas bien, ce n’est pas la fin du monde. Peut-être que sur le terrain, je suis plus relax. Peut-être que de penser juste à jouer au racquetball, et non à toutes les autres choses à côté.

Chasser les doutes

En plus de se demander quel serait son niveau par rapport aux autres joueurs, Samuel Murray se demandait si sa préparation serait adéquate pour son retour. Il avait eu des hauts et des bas sur le plan de la motivation, et l’accès à des partenaires de jeu de son calibre à la maison était inexistant.

Au mois de juillet, j’ai eu une petite blessure à un genou, et j’ai changé ma façon de m’entraîner dans les trois derniers mois, raconte-t-il. Des exercices plus spécifiques, moins lourds, et je trouvais que je me sentais bien à l’entraînement. Je frappais beaucoup de balles et ça allait bien. Mais je me posais toujours la question : "Est-ce que c’est assez pour réussir à jouer au niveau que je suis?" Je pense que j’ai vu en fin de semaine que, sur le terrain, je me sentais vraiment bien. Physiquement, j’ai réussi à maintenir un bon niveau toute la fin de semaine. Alors m'entraîner ici, sans gros équipements, ça fait la job quand même, et je vais continuer dans cette même direction.

Et il y a toujours des questions plus existentielles.

Tu te poses beaucoup de questions : "Ce n’est pas un sport connu, est-ce que ça vaut la peine de mettre tous ces efforts-là pour pas grand-chose au final?" Tu fais vraiment ça pour toi, parce que tu n’as vraiment pas grand-chose à gagner à côté.

Quand je réussis à bien performer comme ça, ça démontre que tous les efforts que j'ai mis dans les 15 dernières années, ça m’a servi à quelque chose, et ça m’a formé en tant qu’athlète, et en tant que personne aussi.

Une citation de :Samuel Murray

Est-ce que le dénouement des derniers jours change les objectifs?

Si jamais les tournois recommencent, c’est sûr que je veux m’essayer pour monter le plus haut possible, lance-t-il.

Avant, ma façon de penser, c'était le classement, je veux monter au classement. Mais pour monter au classement, il faut que tu gagnes des tournois. Si tu veux réussir à être top 3 au monde, ou numéro 1 au monde, il faut que tu gagnes plusieurs tournois, pas juste un. Donc, c’est vraiment de m'entraîner et avoir un esprit où tu arrives au tournoi et tu as une chance de gagner, ce qu’avant je n’avais pas. Avant, j'arrivais là et je me disais : "Si je me rends en quart de finale, c’est bon." Il faut que j’aie un état d'esprit que j’ai une chance de gagner chaque fois que je me présente.

Prochaine étape, l’Annual Shamrock Shootout en Illinois, au mois de mars, seul autre tournoi d’envergure officiellement inscrit au calendrier pour l’instant. Mais comme partout, la petite lumière au bout du tunnel laisse penser qu’il s’en ajoutera d’autres d’ici la fin de l’année. Et qu'en fin de compte, ce tunnel pourrait mener au plus haut sommet.

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