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Les Japonais ne veulent plus des JO, que fera leur gouvernement?

Un japonais porte un masque sanitaire. Derrière lui, un bandeau fait la promotion des Jeux olympiques de Tokyo.

Les Japonais ne veulent plus des Jeux de Tokyo.

Photo : Reuters / Issei Kato

Le soutien de la population japonaise à la tenue des Jeux olympiques de Tokyo s’érode à un rythme inquiétant.

Un récent sondage effectué par l’agence Kyodo News indique que 35 % des Japonais n'en veulent plus du tout et que 45 % demandent leur report. De plus, 41 % des Japonais n’ont plus confiance en leur gouvernement dans la gestion de la pandémie. On parle maintenant de 7000 nouveaux cas recensés quotidiennement.

Radio-Canada Sports en a parlé avec le professeur titulaire à l’Université de Montréal et spécialiste de l’Asie Bernard Bernier.

C’est une possibilité qu’il n’y ait pas de Jeux, mais les 80 % n’auront pas leur mot à dire. C’est le gouvernement et le comité olympique qui décideront, affirme-t-il.

Il y a eu beaucoup de dépenses et cela coûte cher et le fait de reporter coûte encore plus cher, poursuit-il. Il y a beaucoup trop de pression et beaucoup trop d’argent investi pour que le gouvernement et son premier ministre reculent sur la question des Jeux olympiques.

Toutefois, il faudra voir où en sera la pandémie à l’été prochain. En ce moment, la situation au Japon est moins critique que chez nous ou aux États-Unis. Certes, Tokyo, avec plus de 30 millions de personnes, a des risques de contamination plus élevés que dans le reste de l’archipel. Et même s’il y a une contestation sur la manière dont est gérée la crise, le premier ministre garde le cap.

Bernard Bernier ne pense pas qu’il puisse y avoir un grand mouvement de contestation pour remettre en question la tenue des Jeux. Rares sont les fois où les gens sont descendus dans la rue contre leur gouvernement.

Il y a bien eu de grandes manifestations quand le gouvernement a voulu rouvrir les centrales nucléaires de Fukushima. Plusieurs centaines de milliers de personnes avaient fait fléchir le gouvernement. Il y a eu également des mouvements de contestation quand on a voulu réformer l’armée et ses interventions extérieures. Mais je ne pense pas que l’on puisse voir la même chose pour les Jeux olympiques, estime-t-il.

Deux hommes masqués se saluent en se cognant les poings fermés.

Le président du Comité international olympique, Thomas Bach, et le premier ministre japonais, Yoshihide Suga

Photo : Getty Images / KAZUHIRO NOGI

Un gouvernement sans réelle opposition

Le gouvernement a le contrôle des deux chambres, il peut donc décider ce qu’il veut, mais les élus doivent aussi faire attention à l’opinion publique, ajoute Bernard Bernier. Le parti avait perdu les élections en 2008 et il risque de les perdre encore. Le seul problème, c’est qu’il n’y a pas d’opposition organisée. Il y a deux ou trois partis qui ne sont pas particulièrement forts et on n’a pas la coalition qu’on avait en 2008. Donc le gouvernement peut très bien prendre le risque de maintenir les Jeux olympiques malgré l’opinion publique et être réélu aux prochaines élections.

Là où il pourrait y avoir du changement, c’est s’il y a des scissions à l’intérieur même du parti et cela est déjà arrivé dans le passé. Ceux qui sont ambitieux pourraient quitter pour mettre de la pression sur Suga pour prendre sa place. C’est une possibilité, mais je n’ai rien vu de tel pour l’instant.

Le premier ministre japonais, Yoshihide Suga, persiste et signe et maintient que les Jeux auront bel et bien lieu. Même son de cloche du côté de Lausanne, où le président du CIO Thomas Bach n’en démord pas et va même plus loin en exhortant les athlètes à se faire vacciner.

Il y a quelques jours, le doyen du CIO, le Canadien Dick Pound, déclarait à la chaîne Sky News qu’on devrait prioriser la vaccination des athlètes olympiques. Bernard Bernier pose tout de même une question importante : est-ce que les États-Unis voudront envoyer leurs athlètes et est-ce que le Japon serait prêt à les accueillir alors que la situation pandémique en Amérique est passée à un stade critique?

Pendant ce temps, l’état d’urgence a été décrété dans tout l’archipel japonais jusqu’au mois de février. Il faut également prendre en compte que, jusqu’ici, les Jeux olympiques de Tokyo ont coûté une somme qui avoisine les 20 milliards de dollars. Tout cela dans un pays qui connaît sa pire crise économique depuis la Deuxième Guerre mondiale.

On peut donc se demander comment on peut raisonnablement organiser une fête sportive de 15 jours pendant que la planète vit ses pires moments. Le spécialiste de l’Asie a tout de même cette conclusion.

Il faudra voir comment évolue la pandémie. Mais dans la situation actuelle, je pense que les Jeux auront lieu. Mais encore là, je ne suis pas dans la tête du premier ministre japonais Yoshihide Suga.

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