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Chronique

Le CH a tout ce qu’il faut pour accéder au carré d’as

Carey Price et Jeff Petry

Carey Price (no 31) et Jeff Petry (no 26)

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

La dernière fois que Claude Julien a dirigé une aussi bonne équipe que celle-ci, il était l’entraîneur des Bruins de Boston. Et il n’en dirigera probablement jamais une meilleure à Montréal.

À la veille de l’ouverture du camp du CH, Marc Bergevin a indiqué que les attentes sont élevées cette année. Avec raison! Il est difficile de se souvenir d’un entre-saison au cours duquel un DG du Canadien est parvenu à autant améliorer son équipe que ne l’a fait Bergevin au cours des derniers mois.

Après avoir maintenu un rythme de ,500 (71 points en 71 matchs) qui leur valait le 24e rang de la LNH la saison dernière, les joueurs voient débarquer dans leur vestiaire l’un des meilleurs attaquants de puissance de la ligue (Josh Anderson), un marqueur de 20-25 buts (Tyler Toffoli), un jeune défenseur qui pourrait lutter pour le trophée Calder (Alexander Romanov), un arrière défensif format géant ayant récemment remporté une Coupe Stanley (Joel Edmunson), un gardien auxiliaire stable et expérimenté (Jake Allen) ainsi qu’un hargneux et respecté vétéran (Corey Perry) qui se porte volontaire pour camper un rôle de soutien.

Qui dit mieux? Sur papier, le Tricolore constitue cette année l’équipe la plus améliorée de la ligue.

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Les clubs de la LNH qui ratent les séries éliminatoires à répétition souffrent la plupart du temps du même mal : le manque de profondeur.

Au fil d’un long calendrier, ces malheureuses équipes laissent filer un ou deux points par mois. Elles perdent leur rythme dès qu’un ou quelques joueurs importants sont victimes de blessures. Ou encore, dans une ligue où la majorité des matchs se soldent par une marge d’un but, les formations les moins nanties doivent confier des responsabilités importantes à des joueurs censés camper un rôle de soutien. Et ces derniers finissent immanquablement par manquer de constance dans l’exécution de leurs tâches.

Il fait son bilan de la période des échanges au podium du Centre Bell.

Marc Bergevin

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

En 2020, sur le plan économique, la pandémie s’est avérée dévastatrice pour le Groupe CH. Les activités des deux équipes de hockey et de la branche spectacles de l’organisation ont cessé d’un seul coup. De nombreuses mises à pied ont dû être effectuées. Mais d’un point de vue sportif, la pandémie a offert à Marc Bergevin une exceptionnelle occasion de regarnir sa formation.

Leur bilan financier ayant été sévèrement malmené, et la saison 2020-2021 s’annonçant encore plus difficile, de nombreux propriétaires de la LNH ont décidé de rester assis sur leur portefeuille l’automne dernier. En conséquence, le nombre d’équipes en compétition pour mettre la main sur les meilleurs talents disponibles a rétréci comme une peau de chagrin et les prix sont devenus plus abordables.

Le Canadien, qui jouissait d’une marge de manœuvre appréciable sous le plafond salarial, a saisi l’occasion pour régler ses problèmes de profondeur en attaque, en défense et devant le filet. Et surtout, ce providentiel coup de barre a permis de rompre avec l’invraisemblable situation voulant que, depuis une décennie, Montréal misait sur la plus petite équipe de la LNH.

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Du jour au lendemain, Claude Julien se retrouve donc aux commandes d’une formation qui aligne six marqueurs potentiels de 20 buts et plus (dans un calendrier normal de 82 matchs) : Tomas Tatar, Brendan Gallagher, Nick Suzuki, Josn Anderson, Jonathan Drouin et Tyler Toffoli. Sans compter Paul Byron, qui a déjà atteint cette marque.

La saison dernière, les amateurs se souviendront peut-être qu’Artturi Lehkonen, malgré son potentiel offensif limité, avait amorcé le calendrier sur le flanc gauche du deuxième trio. Cette saison, pareil scénario s’avère une hérésie. Lehkonen remplira des missions défensives, la plupart du temps dans la quatrième unité.

Deux joueurs de hockey

Shea Weber et Josh Anderson à l'entraînement

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Et surtout, Julien dispose d’une brigade défensive costaude qui rendra la vie dure à ceux qui s’aventureront dans son territoire. Shea Weber et Ben Chiarot font respectivement 1,93 m (6 pi 4 po) et 1,91 m (6 pi 3 po) au sein du premier duo. Idem pour Joel Edmundson et Jeff Petry.

En Alexander Romanov, le Tricolore accueille par ailleurs son jeune défenseur le plus talentueux depuis l’arrivée de PK Subban en 2010-2011. L’intense et talentueux Russe de 20 ans entreprendra la saison dans le troisième tandem aux côtés de Brett Kulak. Mais on voit mal comment Romanov pourrait ne pas figurer parmi les quatre défenseurs les plus utilisés de l’équipe cette saison.

Cette profondeur enviable à la ligne bleue contraste aussi avec le début de la saison passée. Le Bleu-blanc-rouge misait alors sur un premier duo composé de... Victor Mete et de Shea Weber.

Cette nouvelle mouture ne compte pas une supervedette parmi ses patineurs. Mais sa formation figure sans contredit parmi les sept ou huit les plus complètes de la LNH. Ce n’est pas rien.

Reste-t-il des sceptiques dans la salle? Si oui, se souviennent-ils de la saison 2011-2012, que le Tricolore avait bouclée au 28e rang avec une maigre récolte de 78 points?

Quelques mois plus tard, l’arrivée des recrues Brendan Gallagher et Alex Galchenyuk, le retour au jeu d’Andrei Markov et l’acquisition de Brandon Prust avaient suffi à apporter la profondeur et l’entrain nécessaires pour maintenir une moyenne de ,656 et un rythme de 102 points.

On peut raisonnablement arguer que les améliorations apportées cette année sont plus significatives que celles dont avait bénéficié Michel Therrien en 2013.

***

En temps normal, il serait difficile de prédire au CH une récolte de moins de 100 points au classement (ou d’un rythme inférieur à ,610).

Cette saison, il est toutefois extrêmement ardu d’imaginer comment tournera ce demi-marathon de 56 matchs en 116 jours. D’autant plus que ces rencontres seront toutes disputées contre des formations canadiennes, qui se trouveront par le fait même à être toutes des adversaires directes en vue d’une participation aux séries.

On ignore aussi comment réagiront les équipes en jouant constamment des séries de deux ou trois matchs contre les mêmes adversaires, comme on le fait au baseball. Et on se demande quel genre d’animosité naîtra entre des équipes forcées de s’affronter 9 ou 10 fois durant le calendrier, et peut-être jusqu’à 17 fois en tenant compte des séries éliminatoires.

Ce qu’on sait, par contre, c’est que le Canadien forme l’équipe la mieux équilibrée de cette division canadienne.

La formation de Claude Julien sera à l’aise d’affronter des équipes rapides et agiles comme les Maple Leafs de Toronto et les Canucks de Vancouver. Et elle le sera tout autant lorsqu’elle croisera le fer contre les coriaces Flames de Calgary.

Les Leafs ont des lacunes défensives qui font en sorte qu’année après année leur gardien Frederik Andersen fait face à un total hallucinant de chances de marquer. La répartition inégale de leur masse salariale les force par ailleurs à boucher des trous au sein de leurs trios importants. À titre d’exemple, Joe Thornton, 41 ans, est sur le flanc gauche de la première unité à la veille du début des activités.

Les Oilers vivent et meurent au rythme de leurs unités spéciales, qui ont été extraordinaires la saison dernière. Mais à 5 contre 5, ils sont affreux. Ils ont cédé le 6e total de buts dans cette situation de jeu la saison dernière. Connor McDavid et Leon Draisaitl ont bouclé la saison dernière avec 97 et 110 points au compteur, mais ils affichaient des bilans défensifs de -6 et de -7.

Un gardien attrape une rondelle avec son gant.

Jacob Markstrom

Photo : Getty Images / Rich Lam

Même chose pour les Canucks, qui regorgent de talent offensif, mais dont le jeu défensif est poreux. Ils entreprennent le calendrier avec deux recrues à la ligne bleue et leur gardien Jacob Markstrom, qui les a portés à bout de bras la saison passée, n’est plus là.

Les Jets de Winnipeg ont perdu quatre de leurs cinq premiers défenseurs durant l’été 2019 et ils ne s’en sont toujours pas remis. La moitié de leur top 4 est notamment composé de Derek Forbort et de Tucker Poolman. Le premier, âgé de 28 ans, a été échangé par les Kings l’an dernier et les Flames n’ont pas jugé bon de le garder. Quant à Poolman, malgré ses 27 ans, il vient tout juste de disputer sa première saison complète dans la LNH.

Les Flames misent sur un top 4 respectable en défense (Mark Giordano, Rasmus Andersson, Noah Hanifin et Chris Tanev) et sur un excellent gardien en Jacob Markstrom. Ils ont aussi du talent en attaque. Mais leur formation comporte aussi des trous. Ils traînent encore un joueur fini comme Milan Lucic. Aussi, on retrouve Dominik Simon (qui n’a jamais inscrit plus de 8 buts en une saison) et Dillon Dubé (qui n’a pas encore disputé une saison complète dans la LNH) comme candidats pour évoluer dans leurs deux premiers trios.

Quant aux Sénateurs, malgré les nombreuses acquisitions faites durant la saison morte, la jeunesse de leur noyau et le manque de profondeur de leur brigade défensive ne permettent pas de les envisager comme des candidats aux prochaines séries.

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Pour toutes ces raisons, le CH présente cette année une équipe qui possède non seulement toutes les qualités requises pour participer aux séries éliminatoires, mais aussi pour y faire un bon bout de chemin.

Bien sûr, toutes sortes d’avaries et d’imprévus peuvent survenir durant une saison de hockey. Mais, alors que les équipes se présentent à la ligne de départ, Claude Julien se retrouve aux commandes d’une formation qui a tous les outils nécessaires pour accéder au carré d’as.

Souhaitons à l’entraîneur de ne pas rater cette incroyable chance. Parce qu’il ne dirigera probablement plus jamais une équipe aussi compétitive à Montréal.

Marc Bergevin a complété cette formation en un tournemain, ce qui a été une véritable bénédiction. Mais l’envers de cette médaille est que la perpétuation du plafond salarial à 81,5 millions et le repêchage d’expansion du Kraken de Seattle le forceront déjà, l’été prochain, à faire des soustractions importantes. On aura amplement l’occasion d’y revenir.

Pour les vétérans comme Carey Price, Shea Weber et Jeff Petry, on pourrait donc dire que c’est cette année que ça se passe, ou jamais.

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