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Le casse-tête des promoteurs d'événements sportifs en 2021

Des coureurs participent au marathon dans les rues en 2019.

Le marathon de Québec a dû être transformé en événement virtuel en 2020.

Photo : Courtoisie Gestev/Michèle Grenier Photo

Olivier Tremblay

Les sportifs amateurs préparent déjà le calendrier de leur saison estivale, mais cette planification entraîne chez eux plus de questionnements que jamais dans leur vie d’athlète.

Avec l’annulation de nombreuses courses en 2020 et l’incertitude qui demeure, les promoteurs d’événements et leurs participants se creusent les méninges. Radio-Canada Sports s’est entretenu avec trois organisateurs, Marianne Pelchat (productrice déléguée à Gestev), Patrice Brunet (président d’Événements TriCon) et Pierre Lavoie (cofondateur du Grand défi), avec une question toute simple pour amorcer la conversation : comment pouvez-vous convaincre les participants de s’inscrire en 2021?

La responsabilité

La compétition motive l’athlète à l’entraînement. C’est donc l’un des grands arguments des promoteurs, qui constatent que la pandémie et le confinement ont sapé le moral de bien des gens. Ils disent tous sentir la responsabilité de maintenir leur programmation en vie, ce qu’ils ont fait avec des paramètres différents en 2020.

Il court.

Le coureur de demi-fond Charles Philibert-Thiboutot (à gauche) était le président d'honneur d'On court Montréal.

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

À Montréal, par exemple, l’île Notre-Dame a accueilli quelques événements remodelés, comme On court Montréal. Patrice Brunet juge néanmoins que l’élan pris dans la foulée a disparu.

Dans ma communauté, on le voit : il y a des adultes, des enfants, qui sont en train de décrocher de l’entraînement structuré et qu’on ne retrouvera peut-être jamais, ou dans longtemps, parce qu’ils n’ont plus aucune motivation de s’entraîner pour un objectif, dit-il.

Dans la Vieille Capitale, Gestev a présenté une version virtuelle de Je cours Québec. Le participant sortait courir, mais une application reproduisait sur son téléphone l’habillage sonore d’un rassemblement : décompte, musique, ambiance.

Ceux qui ont gardé leur motivation pour cet événement qui n’en était pas vraiment un ont été récompensés au bout du compte, croit Marianne Pelchat. Mais des questions demeurent.

Je pense que l’aspect physique du rassemblement, de l’attroupement, demeure un élément très différenciateur qui fait que les gens s’inscrivent et viennent participer à nos événements, reconnaît-elle. Le virtuel a quand même certaines limites.

Ce qui compte pour les adultes compte peut-être encore davantage pour les jeunes, qui bougent de moins en moins et doivent faire partie de cette grande conversation sur la participation aux événements, selon Pierre Lavoie. Il s’inquiète du manque de sources de motivation et qualifie la situation de dramatique.

C’est pour ça qu’on va lancer de nouveaux concepts pour tous les adolescents et toutes les écoles du Québec bientôt, indique-t-il. Avant, c’était limité à 150 écoles. Ce modèle reviendra aussi dans un contexte totalement renouvelé qui va rester, même si la COVID-19 n’est plus là. On a vraiment eu des idées incroyables. Il y a une préoccupation à faire bouger les gens. Et ça adonne en plus que, nous, tous nos événements sont à l’extérieur, où il y a de l’espace.

Les inscriptions

Vous êtes motivé. Mais en vous inscrivant, vous vous engagez concrètement dans une démarche encore incertaine. Ça vous turlupine peut-être, particulièrement s’il s’agit d’un événement de compétition, comme le Triathlon de Montréal.

Son président est cependant catégorique : il faut donner une garantie de remboursement à 100 % en cas d’annulation.

Certains organisateurs ont offert à leurs participants de simplement transférer leur inscription à une édition ultérieure. Tout le monde a alors essayé de mettre de l’eau dans son vin, mais les paramètres sont désormais un peu mieux définis, selon Patrice Brunet.

Dans le contexte actuel, les promoteurs sont obligés de planifier en conséquence, c’est-à-dire de retarder le plus possible les dépenses d’organisation jusqu’au moment où ils devront livrer l’événement, souligne-t-il.

Il y a des événements qui dépendent des inscriptions, des ventes de billets, des spectateurs. Ce qu’on voit, malheureusement, c’est qu’il y a des événements qui ont déjà annoncé qu’ils n’auront pas lieu en 2021 à cause de l’incertitude.

Patrice Brunet, président, Événements TriCon

S’il est encore raisonnable de communiquer l’annulation d’un événement pour sportifs amateurs jusqu’à deux semaines avant sa tenue, la présence d’athlètes de l’élite au Triathlon de Montréal fait en sorte que son promoteur et les autorités doivent prendre une décision 60 jours avant la date fatidique.

Ce qu’on fait dans la vie, c’est organiser des événements. On n’est pas là pour les annuler, soutient cependant Marianne Pelchat. On va trouver toutes les manières pour se réinventer, créer quelque chose de différent.

Le budget et la santé

Vous avez choisi de confier votre argent, ou même celui des autres, si vous amassez des fonds dans le cadre d’une des activités du Grand défi, par exemple, à l’un ou l’autre de ces promoteurs. Ces derniers ont le devoir d’équilibrer leur budget et d’utiliser l'argent de manière responsable.

À la blague, Marianne Pelchat lance que son fichier de budget doit avoir 52 colonnes en raison des multiples scénarios prévus. De manière générale, ajoute Patrice Brunet, les fournisseurs sont très collaboratifs et les contrats sont plus souples qu’avant la pandémie.

Depuis la réalisation de ces entrevues, la Fédération québécoise d’athlétisme a lancé la campagne Protégeons nos courses, qui réclame du gouvernement une aide d’urgence pour les organisateurs d’événements de course à pied. Selon la fédération, ces derniers ont subi des pertes directes totales de 2,2 millions de dollars en raison de la pandémie.

Il y aura des coûts supplémentaires, moins de fonds amassés parce que les entreprises ne vont pas très bien, on en est conscient, ajoute Pierre Lavoie. On aurait pu dire que ce n’était pas une bonne année et qu’on attendrait une année de plus, mais on a un devoir. Quand tu t’es donné comme responsabilité de faire bouger les Québécois, tu ne peux pas attendre trois ans, disons. Parce que, dans trois ans, les dommages collatéraux seront majeurs.

Et quand il s’agit du budget, l’un des postes où les promoteurs se donnent le plus de marge de manœuvre, c’est l’aspect sanitaire. Encore une fois, l’élaboration de scénarios multiples est la clé du succès.

La capacité d’adaptation des organisateurs sera mise à l’épreuve, même si ça n’a rien pour les effrayer ou pour les faire douter que le public pourra profiter de l’événement.

On pourrait être obligé de changer un parcours de triathlon en 48 heures parce qu’une chaussée vient de s’affaisser, rappelle Patrice Brunet. On est obligé d’avoir des gens qui sont agiles. La capacité de s’adapter à la COVID-19, elle est déjà présente dans l’équipe.

Accompagné d'amis et de dignitaires, il sourit à la caméra quelques instants avant le départ.

Pandémie oblige, Pierre Lavoie a réalisé son Grand défi avec une poignée de participants en 2020.

Photo : Radio-Canada / Philippe L'Heureux

Personne ne sait ce que sera le contexte sanitaire lorsque les différents événements prévus en 2021 auront lieu. On peut toutefois présumer que les souvenirs de 2020 seront encore frais dans la mémoire des participants.

Les promoteurs se préparent donc pour des éditions adaptées de leurs événements, avec des mesures sanitaires strictes, au risque d’en prévoir plus que le client (lire : la santé publique) le demandera et de s’ajuster ensuite au besoin. Ils assurent cependant que leurs participants ont l’habitude de suivre les règles à la lettre.

Notre priorité a toujours été la sécurité, dit Pierre Lavoie, se faisant l’écho de tous les promoteurs consultés. Tous ceux qui ont vécu nos événements le savent très bien. On n’a jamais eu de décès ou de blessure grave dans tous nos événements où on fait bouger des milliers de personnes dans des conditions où, quand même, on roule la nuit à vélo. On maîtrise un peu la bête.

Quand on parle du virus, on est dans les mêmes spectres. Et on pense qu’avec les éléments qui sont là, nos contacts et notre capacité à organiser, on sera en mesure de livrer nos événements.

Pierre Lavoie, fondateur du Grand défi

Après deux événements de course à pied au cours desquels aucun cas de COVID-19 n’a été recensé, l’été dernier, Patrice Brunet souhaitait en organiser un autre en octobre. Il dit l’avoir annulé parce qu’il ne savait pas ce qui serait permis. On se souviendra qu’en septembre, la santé publique de Montréal avait exigé d’un autre promoteur, celui du Triathlon Esprit de Montréal, d’importants changements à ses mesures à peine 48 heures avant le départ.

Les promoteurs souhaitent donc pouvoir obtenir des autorités les directives les plus claires possible pour donner l’heure juste à leurs participants.

On comprend aussi que [la règle des 250 personnes] est une règle facile à appliquer, ajoute Marianne Pelchat. Elle est partout pareille, il n’y a pas de nuances, pas de tonalités différentes. C’est 250 personnes sur un même site.

N’empêche, les organisateurs d’événements, entre nous, on remet ça en question et on est plusieurs à se parler pour voir comment on peut faire valoir notre réalité complètement différente.

Marianne Pelchat, productrice déléguée, Gestev

L’expérience des derniers mois a d’ailleurs fait comprendre aux promoteurs toute l’importance d’une bonne communication avec les participants. Marianne Pelchat reconnaît volontiers que cet aspect de l’organisation était somme toute simpliste par le passé : inviter les gens à s’inscrire, les féliciter après leur participation, et on leur reparle six mois plus tard pour les réengager.

Dorénavant, elle souhaite un effort de communication pendant 12 mois, et ses pairs abondent dans le même sens. Plus que jamais, c’est la transparence qui convaincra les participants de leur faire confiance.

Une coureuse passe devant l'objectif de la caméra pointé sur le Château Frontenac.

Gestev espère que les coureurs pourront reprendre d'assaut les rues de Québec en 2021.

Photo : Courtoisie Gestev/Michèle Grenier Photo

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