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Canadien : que vaut l’expérience d’une conquête de la Coupe Stanley?

Les trois joueurs reprennent leur souffle le long de la bande pendant un entraînement.

De gauche à droite : Tyler Toffoli, Artturi Lehkonen et Jonathan Drouin

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

On dit souvent que l’histoire est écrite par les vainqueurs. C’est moins vrai au hockey.

Loin de nous l’idée de comparer la grande histoire de l’humanité à celle, plus petite, mais à peine, du Canadien. C’est pour l’effet de toge ici.

Peu importe votre ville, votre attachement à une équipe ou, disons, le fait que vous en couvrez les activités dans le cadre de votre travail, vous serez amené à lire et/ou écrire celle des perdants. Presque exclusivement même, à moins de s’intéresser à la bonne équipe au bon moment.

Mais il y a de ces équipes qui, sans gagner régulièrement, sont toujours parmi les prétendantes. Inversement, d’autres peinent à s’extirper de leur marasme, année après année. Comme si le succès engendrait le succès. Que la victoire était surtout – on s’excuse à l’avance – une question d’attitude.

Visiblement, le CH y croit. En plus des muscles ajoutés à l’arrière, du poids et des habiletés de marqueur empilés à l’attaque, d’un gardien auxiliaire de qualité pour reposer Carey Price, avec toutes ses embauches récentes, Marc Bergevin a ajouté l’expérience de la victoire. Le goût du succès. Des bagues de la Coupe Stanley.

Le Canadien souffrait d’une absence de gagnants l’an dernier. Aucun joueur dans le vestiaire en 2019-2020 n’avait soulevé la Coupe Stanley.

Depuis la saison 1943-1944, mieux connue comme la campagne où Elmer Lach avait obtenu 72 points en 48 matchs, n’est-ce pas, seules deux éditions du CH ont été privées de lauréats de la Coupe Stanley dans le vestiaire : en 2015-2016 et l’an dernier. Deux saisons misérables, si l’on ne tient pas compte de la chance inestimable qu’a eue le CH de participer aux éliminatoires à 24 équipes à l’été 2020.

Vrai que, parfois, seul le pauvre Travis Moen était le gardien du sceau de la Stanley. Mais ne l’avait-il pas gagnée malgré tout?

Qu’est-ce que ça vaut réellement dans un vestiaire, un champion du grand trophée?

Il y a des avantages à ça toute l’année. Ce n’est pas juste quand tu arrives et que le gars te dit : "Je l’ai fait, je sais comment on gagne". Atteindre les séries, se rendre loin, c’est difficile. Ceux qui y sont déjà allés peuvent le partager avec les autres qui ont moins d’expérience, a dit Claude Julien mercredi, après la troisième séance d’entraînement sur glace de son équipe.

Ainsi, Jake Allen, Corey Perry, Joel Edmundson et Tyler Toffoli auront tous un petit quelque chose à apporter à cette équipe lorsque les temps seront durs, foi de Claude Julien.

Ce n’est pas comme si je me promenais dans le vestiaire en ramenant toujours ça sur la table. Chaque année, tu veux gagner. [Bergevin] a fait un bon travail pour ajouter des joueurs qui ont déjà gagné. Et, l’an dernier, le Canadien a pu y goûter un peu, a lancé Toffoli, magnanime avec ses nouveaux coéquipiers.

Il se trouve que nous avions commencé à sonder le terrain, l’année dernière, sur l’importance de miser sur des champions dans un vestiaire. C’était avant l’Armageddon. Pour une raison qui nous échappe, le dossier est demeuré en jachère.

Un coup de pouce, sans plus

Alors, est-ce vraiment nécessaire?

Le Lightning de Tampa Bay a essuyé la plus humiliante rebuffade de la LNH de mémoire d’homme lors du balayage encaissé aux mains des Blues Jackets au printemps 2019. Les Floridiens ont remporté la Coupe Stanley en 2020. Entretemps, le directeur général, Julien BriseBois, avait engagé Patrick Maroon, victorieux avec les Blues de Saint Louis en 2019.

Ça va juste aider, disait à l’époque Steven Stamkos. Il apporte un élément que l’on n’avait pas l’an dernier. Il est imposant physiquement, il se bat avec acharnement. Il contrôle la rondelle profondément dans la zone offensive. Et le leadership. Ça ne peut qu’aider. Il y a beaucoup de gars dans ce groupe qui ont atteint la finale de la Coupe Stanley, la finale de l’Est. On sait qu’on l’a en nous, mais d’avoir un gars qui vient juste de remporter la coupe, qui a fait partie d’une équipe qui était dernière dans la ligue et qui a traversé toute cette adversité, ce qu’on n’a pas vraiment vécu l’an passé, ça va nous aider à croire en nous.

Ryan McDonagh n’en pensait pas moins.

Tout le monde le réduit à un gars qui vient de gagner la Coupe Stanley, mais on veut s’inspirer de certaines choses qui proviennent de leur vestiaire. Se sortir des moments plus difficiles dans une saison et cette recette qui leur a permis de renverser la vapeur à Saint Louis. Il n’y a pas d’ingrédients secrets. Il faut juste que les joueurs y croient. C’est ce qu’on essaie de faire ici. Que tous soient imputables les uns envers les autres, envers l’équipe. Comprendre que tu ne peux jamais enlever ton pied de l’accélérateur pour le remettre quand ça te convient. Tu dois être au sommet tout le temps, avait expliqué le défenseur.

David Perron, pour sa part, lauréat en 2019 avec les Blues, justement, estimait que ça n’a pas changé de quoi. Après tout, avant d’être un champion, un joueur n’en est pas un. On ne naît pas champion, on le devient.

Malgré tout, tu apportes un calme dans des situations où tout le monde panique, avait-il ajouté.

Il y en a qui disent : "Il faut faire ci, il faut faire ça pour gagner". Mais il y en a de l’autre bord qui essaient de gagner aussi. Il ne faut pas paniquer au mauvais moment. Tu apportes de l’expérience et une prestance qui font que les joueurs vont t’écouter quand tu vas parler. À cause de ça, ça pourrait faire une différence.

David Perron, à propos des anciens vainqueurs de la Coupe Stanley

Tandis que le gardien Marc-André Fleury rappelait quelques fondements : Il y a juste un club qui gagne par année, avait-il raconté dans son vestiaire à Las Vegas. Je ne sais pas si vraiment ça fait une grosse différence. Tu as de l’expérience, tu peux parler de ce que tu as vécu, des choses comme ça. Je ne pense pas que tu vas gagner la coupe parce que tu as l’expérience de l’avoir gagnée.

La corrélation entre anciens gagnants et équipe gagnante, il faut la chercher pour la voir. N’empêche, il y a de joyeuses coïncidences, comme cette arrivée opportune de Pat Maroon à Tampa. Joueurs et entraîneurs qui vivent ces hauts et ces bas aux premières loges s’entendent tout de même pour vanter l’expérience que ces joueurs peuvent apporter.

Avec l’expérience viennent l’assurance, la patience, la capacité d’adaptation. De cela, le Canadien se targue à ce camp d’entraînement. Cette équipe n’est pas aussi jeune qu’on semble parfois le croire, même si de jeunes joueurs occupent des postes clés (Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi, Alexander Romanov).

Faire opérer la magie instantanément d’un groupe qui pourrait compter quatre nouveaux attaquants, deux nouveaux défenseurs et un nouveau gardien, soit 35 % de l’effectif, représente un tour de force. Il faut s’adapter. C’est là que les anciens victorieux entrent en scène.

L’adaptation des nouveaux joyaux

Elle se passe bien, nous assure-t-on.

Pour une troisième journée d’affilée, Julien a présenté des trios intacts, entre autres pour faciliter l’intégration de Toffoli et de Josh Anderson.

C’est comme l’école, il faut se faire de nouveaux amis, a déclaré Anderson. On n'aurait su mieux dire.

Shea Weber pousse John Anderson sur la patinoire.

Shea Weber (gauche) et John Anderson (droite)

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

De ce côté-là, ça semble se dérouler rondement. Plaisanteries et franche camaraderie traversent baies vitrées, distanciation, masques et autres mesures d’imperméabilité à Brossard. Les joueurs ont du plaisir. Et tous les petits nouveaux, d’Anderson à Toffoli, en passant par Joel Edmundson, ont vanté l’esprit de corps et la force des personnalités de ce groupe assemblé à la hâte, certes, mais dont le noyau est demeuré le même.

Ainsi, Toffoli évolue toujours avec Jesperi Kotkaniemi et Joel Armia, tout en occupant l’enclave au sein de la première vague de l’avantage numérique, et Anderson, l’aile droite de Nick Suzuki et Jonathan Drouin, en plus du devant du filet sur la seconde unité.

Les gars sourient, comptent des buts, ont du plaisir. C’est ce qui a de plus important pour bâtir une chimie dans une équipe.

Josh Anderson

C’est un groupe tissé serré. C’est facile de s’y intégrer rapidement, a ajouté le costaud.

Toffoli, lui, retrouve la confiance qu’on lui avait accordée à son arrivée à Vancouver l’hiver dernier et qui lui a permis d’amasser 10 points en 10 matchs (en compagnie d’Elias Pettersson et de J.T. Miller, faut-il préciser).

On m’a placé dans une position pour que je connaisse du succès dès le départ. C’était vraiment le fun là-bas. Ça ressemble à ça ici. Ils ont une bonne idée de ce que je fais bien. J’aurai cette occasion dès le début, on dirait, a expliqué l’ancien des Kings.

Déjà, de le lancer dans la mêlée en supériorité numérique est le signe ultime d’adaptation. Pas de temps à perdre. Toffoli, durant ses sept saisons à Los Angeles, a été le troisième buteur avec l’avantage d’un homme. Son rendement de 1,85 but par tranche de 60 minutes en avantage numérique le place au 3e rang de l’équipe pendant cette ère, devant Anze Kopitar, Dustin Brown ou Drew Doughty.

Il aura l’occasion de contribuer à la relance d’une unité moribonde depuis plusieurs années. C’est un peu comme le nouveau venu dans une entreprise qui apporte des sandwichs à la crème glacée dans vos vendredis décontractés. Ça n’engendre pas le respect de tous, mais ça attire l’attention.

En rafale

Tout comme pour les trios, les deux unités d’avantage numérique n’ont pas changé mercredi. Seule différence? Victor Mete ne prenait plus de rotation à la pointe de la deuxième vague; tâche confiée uniquement à Romanov. Julien a spécifié qu’il n’y avait là rien de définitif, mais que le groupe d’entraîneurs souhaitait voir davantage le jeune Russe en action à cette position.

Le Canadien disputera le premier de deux matchs intraéquipes jeudi matin. Des membres du personnel du CH agiront comme arbitres pour la première de ces deux rencontres dans une ambiance plus proche de l’entraînement que du match. Ce sera différent dimanche soir prochain. Des arbitres de la LNH seront présents pour l’autre match disputé en soirée, dans le but de simuler le plus possible une vraie journée au bureau.

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