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Chronique

Sept observations sur le Championnat mondial junior

Des joueurs en blanc posent avec un trophée

Les États-Unis ont battu le Canada 2-0 en finale du mondial junior

Photo : Getty Images / Codie McLachlan

Au lendemain du triomphe des Américains en finale, il est extrêmement difficile de ne pas compatir avec les membres d’Équipe Canada junior, qui avaient jusque-là connu un parcours exceptionnel.

Les entraîneurs qui acceptent de se joindre au programme d’ÉCJ sacrifient toujours leur vie familiale au passage. Au départ, leur métier nécessite déjà des heures de travail atypiques, des journées interminables et de nombreux déplacements. Pour les entraîneurs qui se lancent dans l’aventure du mondial junior, ce sont aussi les vacances estivales et la totalité de la période des Fêtes qui passent sous le couperet.

André Tourigny en était à son cinquième passage avec ÉCJ. Il avait déjà beaucoup donné. Et le hasard a voulu qu’il se retrouve aux commandes de l’équipe nationale dans les conditions les plus difficiles de l’histoire du programme.

En fait, tous ceux qui se sont retrouvés au camp à Red Deer au mois de novembre méritent le plus grand respect.

Les dirigeants de Hockey Canada avaient décidé de tenir un long camp pour pallier le fait que presque l’ensemble du hockey junior canadien avait été paralysé en raison de la pandémie. Une éclosion de COVID-19 a toutefois interrompu le camp et forcé tous les membres de l’organisation à se placer en quarantaine pendant deux semaines, forçant ainsi Tourigny et la direction à composer leur formation à la hâte.

Malgré cela, Équipe Canada junior a marqué 41 buts et n’en a laissé passer que six durant le tournoi. Elle a signé trois blanchissages, dont un qui a très mal fait paraître les Russes en demi-finale (une victoire sans appel de 5-0). Et mardi en finale, les Canadiens ont accordé aux Américains leurs deux premiers buts à forces égales du tournoi.

Que pouvait-on leur demander de plus dans les circonstances?

Les joueurs d'Équipe Canada junior sont défaits après un revers en finale du mondial.

Les joueurs d'Équipe Canada junior ont vu leur parcours sans faute s'arrêter en finale.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson


En regardant les Américains célébrer leur conquête, j’ai aussi eu une bonne pensée pour Thomas Bordeleau, qui a raté l’occasion de faire partie de cette aventure dans des circonstances hallucinantes.

Le fils de l’ex-hockeyeur Sébastien Bordeleau a grandi à Terrebonne, mais il détient la double nationalité parce qu’il a vu le jour aux États-Unis quand son père faisait partie de l’organisation du Wild du Minnesota.

À l’âge de 16 ans, Thomas Bordeleau a choisi de se joindre au programme de développement américain.

Comme tous les joueurs de son âge, il a raté le Championnat mondial des moins de 18 ans l’année dernière en raison de la pandémie. Mais il s’était repris de belle façon cet automne en obtenant un poste au sein de l’équipe junior américaine dès sa première année d’admissibilité.

L’entraîneur (Nate Leaman) me faisait confiance. Il me confiait la plupart des mises au jeu importantes, tant en attaque qu’en défense. Je m’attendais à avoir de grandes responsabilités pour un joueur de première année, raconte Thomas Bordeleau.

Son rêve s’est toutefois évanoui en un coup de fil. Juste avant que les Américains s’envolent pour Edmonton, le co-chambreur de Bordeleau, John Beecher, a reçu un test de COVID-19 positif. Ce résultat a eu pour effet d’exclure immédiatement les deux joueurs de la formation américaine. Comble de malheur, le test de Beecher s’est plus tard avéré être un faux positif! Mais le mal était fait.

Quand c’est arrivé, je suis passé par toute la gamme des émotions. J’étais confus, fâché et triste à la fois. J’étais comme figé, je ne pouvais me faire à l’idée que c’était vraiment en train de se produire. J’étais bouche bée. Mais à la fin, il n’y a rien que nous pouvions faire, explique Thomas Bordeleau.

J’habite en résidence près de l’université (Michigan) avec deux coéquipiers, dont Matthew Beniers, qui fait partie de l’équipe nationale et qui était à Edmonton. Nous avons regardé les matchs et je suis resté en contact avec les gars de l’équipe américaine pour les appuyer durant tout le tournoi. Au début, ils semblaient mal à l’aise par rapport à ma situation, mais ça s’est tassé au fil du tournoi. Personnellement, c’est certain que ça me faisait un pincement au cœur chaque fois que je les regardais jouer […].

Je me console à l’idée de pouvoir participer au mondial junior l’an prochain et d’avoir la chance d’occuper un rôle de leader au sein de la formation, conclut-il, avec sagesse.

Au dernier repêchage de la LNH, Thomas Bordeleau a été choisi au second tour (38e au total) par les Sharks de San José.


Sans tambour ni trompette, on a failli assister à une grande première dans l’histoire du hockey québécois à ce Championnat mondial junior.

Si Thomas Bordeleau y avait participé, cela aurait porté à trois le total de hockeyeurs développés au Québec participant au tournoi, l’attaquant Jakob Pelletier (Foreurs de Val-d’Or) et le gardien Devon Levi (Université Northeastern) étant les deux autres.

Pour la première fois, donc, une majorité de joueurs québécois participant au mondial junior l’auraient fait sans passer par la filière habituelle de la LHJMQ.


Devon Levi, un gardien développé dans la région du Lac Saint-Louis s’est avéré la grande révélation du tournoi.

Inconnu même au sein du groupe de joueurs canadiens au début du camp d’entraînement d’ÉCJ, Levi a terminé le mondial junior avec une moyenne d’efficacité de ,964 et a été proclamé le gardien par excellence de la compétition. Un sondage effectué par le site Athlétique auprès de recruteurs de la LNH est parvenu au même résultat.

Avant Levi, selon Athlétique, les gardiens ayant pris part à au moins cinq matchs au mondial junior et ayant compilé les meilleures moyennes d’efficacité étaient: Carey Price (,961 en 2007), John Gibson (,955 en 2013), Pyotr Kochetkov (,953 en 2019), Andrei Vasilevkiy (,953 en 2012) et Justin Pogge (,952 en 2006).

Arthur Kaliyev marque un but et contourne le filet de Devon Levi.

Arthur Kaliyev (no 28) et Devon Levi (no 1)

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Disons qu’il ne s’agit pas d’une mauvaise carte de visite pour Levi, qui n’a pas connu un parcours typique.

Le gardien québécois (qui a été sélectionné au 7e tour par les Panthers de la Floride en 2019) a connu une carrière phénoménale de trois saisons dans la Ligue midget AAA (où il a joué à 15, 16 et 17 ans). Il a ensuite joué dans la Ligue centrale ontarienne (junior A) avant de faire le saut à Northeastern dans la NCAA.

Son histoire tend à renforcer une tendance statistique soulignée il y a un an dans cette chronique. Les chiffres révélaient alors que près de 70 % des hockeyeurs québécois qui occupent des postes réguliers dans la LNH ont joué dans la Ligue midget AAA à l’âge de 16 ans.

Ce n’est pourtant pas la route que trace le programme québécois pour ses hockeyeurs d’élite. Les équipes de la LHJMQ continuent de repêcher leurs espoirs à l’âge de 15 ans et à les accueillir dans leur formation à l’âge de 16 ans. Confrontés à des adversaires plus âgés et plus matures qu’eux d’un point de vue physique, un grand nombre de joueurs de 16 ans ne bénéficient pas d’un temps de jeu optimal au niveau junior majeur.

Si l’on se fie aux statistiques, leur développement semble en être affecté et ils finissent par se faire dépasser par des pairs qui sont restés dans les rangs midget AAA. Dans les rangs midget, les joueurs de 16 ans bénéficient d’une utilisation accrue et du concept de compétition significative.

Nous avons malheureusement tendance à précipiter les choses lorsqu’il est question du développement des joueurs de hockey. Quand un élève réussit bien en secondaire 1, le réflexe normal ne consiste pas à le parachuter automatiquement en secondaire 3 l’année suivante. Pourquoi le faisons-nous au hockey?, questionne l’entraîneur Jon Goyens, qui a dirigé Devon Levi avec les Lions du Lac Saint-Louis, dans la Ligue midget AAA. Goyens a aussi dirigé le Drakkar de Baie-Comeau.

Pour qu’un hockeyeur s’épanouisse, il faut lui trouver un environnement qui lui permettra de jouer. S’il passe son temps à regarder jouer les autres, il ne progresse pas et il se retrouve presque au point de départ lors de la saison suivante.

Le nombre de hockeyeurs québécois dans la LNH n’a jamais été aussi élevé qu’à l’époque où la Ligue midget AAA était composée en majeure partie de joueurs de 16 ans.

La preuve est dans le pudding, comme on dit. C’est une situation qui mérite certainement réflexion.


Une question à mille dollars maintenant.

Depuis le début des années 2000, les États-Unis ont vaincu le Canada les quatre fois où les deux pays se sont retrouvés en finale du Championnat mondial junior (en 2004, en 2010, en 2017 et en 2021).

Il commence à s’agir d’une tendance lourde. Doit-on commencer à en tirer des conclusions à l’évolution des deux systèmes sportifs?

On remarque d’ailleurs le même genre de tendance au hockey féminin. Les Américaines ont remporté les cinq derniers Championnats mondiaux ainsi que la médaille d’or aux Jeux de Pyeongchang en 2018.

Dans le cadre d’une compétition féminine majeure, la dernière victoire canadienne contre les États-Unis remonte aux Jeux de Sotchi en 2014.


Puisqu’il est amplement question de développement dans cette chronique, pourquoi ne pas conclure en se penchant sur la performance offerte par Cole Caufield lors de ce Championnat mondial de 2021?

Le rendement du premier choix du Canadien au repêchage de 2019 est constamment épié par les observateurs dans les rangs universitaires américains.

Caufield avait été très discret à son premier passage au mondial junior l’an dernier et nombreux étaient ceux qui avaient hâte de mesurer sa progression cette année.

En toute franchise, je n’étais pas de ceux qui criaient au génie quand le CH a sélectionné Caufield en juin 2019. Au cours des 25 dernières années, seuls 0,1 % des joueurs sélectionnés au premier tour mesuraient moins de 5 pi 8 po. Cela s’explique par le fait qu’il est extrêmement difficile pour les joueurs de petite taille de se démarquer dans la LNH. Pour les équipes, ce désavantage physique constitue un risque supplémentaire.

Mais au final ça ne signifie pas qu’il soit impossible pour les petits joueurs de tirer leur épingle du jeu.

Caufield, donc, a inscrit deux buts (les deux en avantage numérique) et récolté trois passes au cours du Championnat mondial. Il a été le sixième buteur de son équipe. Il a aussi été le seul attaquant américain à boucler le tournoi avec un bilan défensif négatif (-1).

C’est une production offensive décevante pour un joueur reconnu essentiellement pour ses talents de marqueur.

Cole Caufield (à gauche) et Jackson Lacombe

Cole Caufield (à gauche) et Jackson Lacombe

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Il faut cependant souligner que le jeu de Caufield a beaucoup progressé en un an. Il s’est montré plus dynamique et nettement plus incisif cette année. La qualité de son patinage, notamment, s’est nettement améliorée. On voit aussi qu’il s’applique beaucoup plus à bien réussir ses couvertures en zone défensive. Physiquement, il ne semble toutefois pas encore prêt à faire le saut chez les pros.

Au mondial de 2020, Caufiled jouait plus en périphérie. Constamment en recherche d’espaces libres, il était plus passif et souvent invisible. Ça n’a pas été le cas cette année.

Au final, il a obtenu un grand nombre de chances de marquer de qualité, ce qui n’avait pas été le cas l’an dernier. Il n’a toutefois pas réussi à convertir ces chances comme en témoigne son timide taux de réussite de 8,33 % sur 24 tirs cadrés.

Dans le cas de Cole Caufield, en ce qui me concerne, la patience et la prudence sont de mise pour la direction du Canadien. Comme le veut un vieux proverbe, on ne fait pas pousser une fleur plus rapidement en tirant dessus.

Compte tenu de ce que Caufield a accompli au mondial junior, il vaudrait peut-être mieux appliquer la recette préconisée ci-haut par Jon Goyens et le laisser continuer à jouer à l’Université du Wisconsin, où il est possible de lui confier de grandes responsabilités tout en lui permettant de continuer à progresser et de développer des aptitudes de leader.

Si Johnny Gaudreau a disputé trois saisons à Boston College et que Martin St-Louis a joué quatre saisons au Vermont, ce ne serait certainement pas une honte pour Caufield ni un échec de passer trois saisons au Wisconsin.

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