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Le sport pour rester vivant

Sylvain Poissant en compagnie de sa conjointe Martine Théorêt, au pied de l'Everest, dans la vallée de Gyoko, au Népal. C'était en 2017.

Sylvain Poissant en compagnie de sa conjointe Martine Théorêt, au pied de l'Everest, dans la vallée de Gyoko, au Népal. C'était en 2017.

Photo : Gracieuseté de Sylvain Poissant

Christine Roger

« Mon corps est allé à la guerre. » Sylvain Poissant n’avait que 27 ans lorsqu’il a appris qu’il souffrait d’un mélanome métastatique. Au cours des 15 dernières années, jamais il n’a baissé les bras, déjouant tous les pronostics. Dans la maladie, le sport aura été un moyen pour lui de vivre et... de survivre.

Sauveteur, professeur de natation, entraîneur de baseball de niveau élite, arbitre au hockey, détenteur d'un baccalauréat en kinésiologie, etc. Le sport a toujours occupé une place importante dans la vie de Sylvain Poissant. L’avenir était prometteur, mais c’est finalement un grain de beauté qui est venu bousiller ses plans.

J'avais un grain de beauté sur l'omoplate droite. Six mois plus tard, il était rendu pas mal gros et des vaisseaux sanguins étaient apparus. Le 27 décembre 2005, j'ai décidé d'aller à l'urgence, raconte celui qui est aujourd’hui âgé de 42 ans.

Tout s’est ensuite enchaîné à vitesse grand V. Un mois plus tard, c’était la biopsie. En février 2006, le diagnostic est tombé : cancer de la peau. Il a subi une première chirurgie où on lui a retiré des ganglions et un muscle.

Comme bien des gens qui ont un diagnostic de cancer, je pensais juste à gagner la bataille et je me disais que ce serait court. Plus tard, ma bataille est devenue une démarche.

Une citation de :Sylvain Poissant

Ce texte est le quatrième d'une série de témoignages de sportifs atteints du cancer. Vous pouvez aussi lire :

En octobre 2006, six mois après le diagnostic, Sylvain Poissant espérait retourner travailler. Il voulait recommencer à vivre comme un gars normal de 27 ans. Il courait cinq kilomètres, deux ou trois fois par semaine. Jamais il n’aurait pu imaginer ce qui l’attendait.

J'avais trois nouvelles métastases : deux grosses comme des balles de golf dans mon cou et une grosse comme mon poing dans mon thorax. À cette époque, il n'y avait pas de traitements pour ça au Canada, explique-t-il.

Trois options s’offraient à lui. Il pouvait se tourner vers un protocole de recherche, obtenir des soins palliatifs ou ne rien faire et laisser la maladie suivre son cours.

Ce n’est pas vraiment dans ma nature de ne rien faire. J'ai fait le tour du Québec pour trouver des options. Il n'y avait pas grand-chose. Je suis donc allé me faire traiter aux États-Unis.

Pendant six ans, de 2006 à 2012, Sylvain Poissant a fait l'aller-retour entre le Québec et Washington afin de participer à des protocoles de recherche. Quand un traitement ne fonctionnait pas, il passait au prochain.

L'idée du premier traitement était de créer une grosse grippe qui allait faire en sorte que mon corps allait fabriquer plus de globules blancs, ce qui devait gruger le cancer. C'était des doses toutes les 8 heures, pendant 15 minutes, jusqu'à temps que mon foie lâche. J'ai fait 30 traitements comme ça, sur 6 mois. Je vomissais ma vie, se souvient-il.

Entre chaque traitement il revenait chez lui. Son objectif était de récupérer le plus rapidement possible. À sa sortie de l'hôpital en 2007, il s’est mis à la marche. Il avait 28 ans, et il était malade après avoir marché 3 kilomètres.

Ce que je maîtrisais, c'était ce que je mangeais et ce que je faisais, se rappelle-t-il. Je faisais de l'activité physique, mais pour avoir du fun. J'avais changé mon alimentation de A à Z. J'ai pensé que je pouvais faire partie de la solution. Ça ne me donnait rien de m'attarder au pronostic et à ce que j'aurais pu faire pour éviter ce diagnostic. Qu'est-ce que je peux faire aujourd'hui pour m'aider?

Sylvain Poissant lors d'un séjour à l'hôpital, en 2007.

Sylvain Poissant lors d'un séjour à l'hôpital, en 2007

Photo : Gracieuseté de Sylvain Poissant

L’activité physique aura toujours été un moyen de prendre les choses en mains pour Sylvain Poissant. Pendant toutes ces années de traitements, il a essayé de demeurer actif. Un an et demi après, il était capable de courir cinq kilomètres.

Il a aussi continué à jouer à la balle molle, même si sa mère ne voulait pas qu’il sorte de chez lui. Même s’il avait toujours un cathéter veineux.

J'avais un tube qui allait directement dans le cœur pour faire les transfusions sanguines ou les prises de sang, souligne-t-il. Je suis allé jouer à la balle avec ça. Le réflexe a fait en sorte que la balle est arrivée à droite et il a fallu que je plonge. Quand je me suis relevé, la première affaire que j'ai vérifiée, c’est mon cathéter. Je me suis dit : "Hé le cave.”

Le sport a pris une dimension différente dans sa vie. Ce n’était pas une mauvaise passe qui allait lui faire perdre sa bonne humeur. Il était impensable pour lui d’aller jouer au hockey avec des gars de son âge, mais le simple fait de chausser des patins dans une ligue avec des amis beaucoup plus vieux que lui le rendait heureux.

Ce n'était pas le temps de manger un coup. Quand j'arrivais sur la glace, le monde voyait ben que j'étais blanc comme un drap. Quand je suis sorti de mon traitement à Washington, j'avais perdu 37 livres. Mes sourcils étaient blancs, mes cheveux étaient blancs. J'avais été alité pendant 21 jours. Ç'a pris un an pour me refaire une certaine condition physique.

Une citation de :Sylvain Poissant

En 2008, il a dû subir une chirurgie au cerveau. L’année suivante, c’est son épaule qui est passée sous le bistouri. En 2012, lors d’un examen de tomodensitométrie de routine aux États-Unis, on lui a annoncé que la maladie était encore une fois revenue. Il est rentré à Montréal pour suivre des traitements d’immunothérapie à l’Hôpital général juif.

Donner au suivant

Le sport aura toujours été moyen pour lui d’arriver à ses fins. Il a donc créé le Fonds Sylvain Poissant (Nouvelle fenêtre) afin d’aider les autres et de financer la recherche. La prévention du cancer de la peau est devenue son cheval de bataille.

Depuis 2012, je suis invalide. Je voulais occuper mon temps et j'ai toujours été un organisateur. J'aimerais faire en sorte que les jeunes de mon âge et les plus jeunes soient conscients des dangers reliés au soleil, souligne-t-il.

Il a fait sa première collecte de fonds en 2012. Il a par la suite créé plusieurs tournois d’envergure. Au fil du temps, son équipe est parvenue à amasser 800 000 $ pour la Société canadienne du cancer et pour la prévention du cancer de la peau.

Le 20 octobre 2017, il a eu un traitement d’immunothérapie en après-midi avant de s’envoler, en soirée, pour le Népal. Il était l’organisateur d’un groupe de 22 personnes qui devaient aller au camp de base de l’Everest. Le groupe a passé huit nuits à plus de 4200 mètres d’altitude. Ce voyage de 23 jours a permis d’amasser une somme de 169 000 $. Si l’expérience a été extraordinaire, Sylvain Poissant est bien conscient qu’il l’a faite au détriment de sa santé.

Ç'a pris un mois à m’en remettre en revenant. J'ai craché gris pendant deux semaines. C’était beaucoup demander à mon corps, mais je l’ai fait.

La prévention demeurera toujours prioritaire pour Sylvain Poissant, mais il a eu envie d’en faire plus. Il voulait savoir quel était l’impact réel de l’activité physique sur les personnes qui, comme lui, sont atteintes d’un cancer.

Il s’est donc tourné vers une équipe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke. Grâce aux fonds recueillis à divers événements, il finance actuellement une étude à la hauteur de 150 000 $ sur deux ans.

Sylvain Poissant.

Sylvain Poissant

Photo : Gracieuseté de Sylvain Poissant

Sylvain Poissant dit parfois, à la blague, qu’il est un cancéreux. Sa maladie façonne toujours sa vie, mais elle ne la définit pas. Il est un humain qui a le cancer. Il n’est pas dans le déni pour autant. Il a seulement choisi de prendre en charge sa maladie par l’activité physique.

Tu ne sors pas de traitements comme ça indemne. J'e n’ai pas le niveau d'énergie d’un gars de 42 ans. Mon corps est allé à la guerre, et ça, c’est le bout que je ne suis pas le meilleur pour gérer. Ma façon d'apprendre à le gérer, c'est de pousser mon corps au bout et de vivre avec la fatigue. Après, quand je gère la fatigue, je me trouve pas mal idiot.

Une citation de :Sylvain Poissant

Depuis deux ans, Sylvain Poissant n’a pas reçu de traitements. On lui dit que, depuis une opération subie en février 2018, il n’y a aucun signe de maladie. Difficile tout de même de parler de rémission quand on a été malade pendant 15 ans...

C'est à moi de déterminer quel pourcentage je donne aujourd'hui au cancer par rapport au reste de la vie. À un certain moment, j'ai dû décider que ça faisait partie de ma vie parce que, sinon, ça l'aurait envahie. La maladie, je la considère toujours. Là, je vis dans le moment présent. Si un jour ça a à revenir, ce sera ça.

Il y a 15 ans, les pronostics étaient sombres. Pourtant, il est encore là. Et il a des projets plein la tête.

Tout est venu d'une discussion avec moi-même dans un lit d'hôpital en 2006. Si je meurs, qu'est-ce que je veux avoir laissé? Si j'ai à crever, qu'est-ce que je veux avoir fait?

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