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Encore du chemin à faire pour les femmes à la direction d'équipes sportives

Une femme dans un bureau regarde par une grande fenêtre.

Les femmes sont toujours peu nombreuses à occuper des postes influents au sein des grandes ligues sportives professionnelles.

Photo : Getty Images / PeopleImages

2020 aura été une année où quelques femmes ont réussi à s’imposer à des postes influents dans le monde du sport et à faire éclater des plafonds de verre.

Becky Hammon est devenue mercredi la première femme à diriger une équipe de la NBA.

On pourrait aussi rappeler l'histoire de Cherie Pridham qui est devenue la première femme directrice sportive d’une équipe du WorldTour, plus haut niveau du cyclisme professionnel masculin.

Ou de Kim Ng, nommée directrice générale des Marlins de Miami, une première pour une femme dans le baseball majeur, mais aussi pour tous les grands circuits professionnels en Amérique du Nord.

On pourrait poursuivre avec Alexandra Mandrycky ou Kendall Coyne au hockey. Mais une fois que le plafond de verre est brisé, est-ce que les vannes sont ouvertes pour les autres?

Radio-Canada Sports en a discuté avec une femme qui a l’habitude d’être une pionnière.

Une femme rit devant un micro.

Liza Frulla

Photo : Radio-Canada / Thomas Lafontaine

Liza Frulla est directrice générale de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec. Elle a été la première journaliste sportive à la radio de CKVL dans les années 1970.

Tout au long de sa carrière, elle a occupé des postes de direction au sein de plusieurs entreprises privées ou d’organisations publiques, en plus d’avoir été ministre au provincial et au fédéral. Les milieux de travail majoritairement masculin. Elle connaît.

Sa réaction lorsqu’elle voit ces nominations ponctuelles de femmes à des postes influents dans le monde du sport?

Bravo!

Celle qui a choisi d’être journaliste sportive après avoir travaillé à l’organisation des Jeux de 1976 reconnaît qu’une fois que la première femme ouvre la porte, ce n’est pas nécessairement facile pour les suivantes.

Quand je suis arrivée, j’étais regardée comme une espèce d'anomalie, se rappelle Liza Frulla. Une anomalie, tu ne sais pas trop, tu regardes ça avec respect d'une certaine façon. J'ai été acceptée dans le vestiaire du Canadien, mais j'y ai été invité, je ne me suis pas imposée.

Mais j'y étais invité probablement parce que ça fait différent (une femme), ça fait rafraîchissant. Je n'ai pas vécu l'implantation. J'ai ouvert la porte. Après ça, il y en a une, il y en a deux, il y en a trois. Ce qui peut amener la réaction : elles ne sont quand même pas pour venir prendre nos jobs, prendre nos places!

Une réaction qui est très humaine selon elle, et c’est la raison pour laquelle elle félicite celles qui réussissent à défricher un peu plus le sentier.

Commenter c'est une chose, suivre le Canadien, c'est une chose. Mais entrer dans l'organisation pour coacher et dire aux athlètes comment patiner, comment faire, c'est autre chose. On se retrouve vraiment à un autre niveau et c'est là que je dis bravo!

Une citation de :Liza Frulla

L’argent, le pouvoir et les honneurs riment rarement avec altruisme

À la question pourquoi les femmes au sein des organisations sportives sont encore bien souvent l’exception qui confirme la règle, elle répond sans hésiter : les chasses gardées.

En politique, c’était pareil, lance l’ex-ministre. La minute où l’on parle de pouvoir et d'argent, ceux qui ont le pouvoir et l'argent ne les laissent pas aller facilement. Et si tu ajoutes les honneurs, il n'y a personne qui va laisser aller ces trois valeurs-là facilement.

C'est sûr, quand d'autres arrivent, on commence à parler de partage. Pouvoir, argent et honneur, difficile à partager. C'est pour ça. C'est tout simplement pour ça.

Liza Frulla en gros plan

Liza Frulla est la directrice générale de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec.

Photo : Radio-Canada

Il y a un autre groupe (les femmes) qui est là et qui se dit : "Là, c'est mon tour et on partage, tu ne feras pas ça tout seul, on va partager."

Encore aujourd’hui, certains stéréotypes demeurent, même s’ils sont utilisés pour promouvoir la candidature des femmes. L’un d’entre eux est que les femmes ont un style de gestion différent, qu’elles sont plus à l’écoute, plus maternelles. Liza Frulla croit toutefois que ces croyances s’estompent.

Ça s'amenuise surtout avec les grandes écoles de gestion. Maintenant, ce que l’on enseigne, ce sont de grands principes qui s'appliquent à tout le monde, croit-elle. Après, c'est ta personnalité qui rentre en ligne de compte beaucoup plus que les stéréotypes.

Lorsque je pense à des gens qui ont eu de beaux succès, et je pense à des gars aussi, la qualité première c'est d’être profondément humain et à l'écoute. Le bully, il va faire son temps, fille ou gars.

Fine tacticienne et grande stratège

Liza Frulla est une femme avec du cran et du caractère, mais elle n'a pas fait carrière en défonçant les portes. Sa stratégie était beaucoup plus subtile. Elle a fait une partie de sa maîtrise en psychologie, et les connaissances qu’elle a acquises lui servent encore aujourd’hui.

Il y a une chose que je comprenais, explique-t-elle. Il faut qu'ils soient psychologiquement à l'aise de voir une femme entrer dans leur bulle et dans leur intimité. Dans un vestiaire, pas évident. Il faut qu'ils soient assez à l'aise avec moi pour qu'ils ne me voient pas, c'est une journaliste, une fille, un gars, qu’ils ne voient pas la différence.

Honnêtement, ça m'a beaucoup servi, autant là que chez Labatt, poursuit-elle. Moi, j'ai toujours travaillé à ce que l'autre soit totalement à l'aise et ne voit pas la différence entre les sexes, et j’ai travaillé dans un monde d'hommes toute ma vie.

Lors de toutes ces expériences, dans les médias, en politique, à des postes de direction, la femme de tête affirme n’avoir jamais été harcelée.

Faut quand même le dire, j'ai toujours été traité avec beaucoup d'amitié, mais aussi beaucoup de respect au quotidien.

Une citation de :Liza Frulla

Laisser un héritage

Chaque étape de la longue carrière de Liza Frulla comporte son lot de petites et grandes victoires. Lorsqu’elle porte un regard sur son parcours, elle admet que la politique lui a permis de laisser, en quelque sorte, un héritage.

Ce qui me rend le plus fière, c'est quelque chose que j’ai fait, en équipe toujours, mais qui fait évoluer la société, explique l'ex-ministre. Et c'est la politique qui m’a permis ça. La première politique culturelle du Québec, j'en suis particulièrement fière parce qu'elle est encore appliquée aujourd'hui. J'en suis plus fière aujourd'hui que je l’étais à l'époque. Ce qui est important, c'est la pérennité.

Une femme sourit, un homme se tient derrière elle et plusieurs personnes applaudissent autour.

Liza Frulla en 2002 alors qu'elle fait son entrée à la Chambre des communes à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / FRED CHARTRAND

Un autre fait d’armes qu’elle aime bien citer s’est produit lorsqu’elle était ministre du Patrimoine au fédéral. Elle avait encore une fois usé de stratégie pour que le Canada négocie et soit le premier à signer la Convention sur la diversité des expressions culturelles.

Lorsqu’on lui fait remarquer qu’elle semble aborder les défis comme un jeu d’échecs, Liza Frulla éclate de rire et cite la série diffusée sur Netflix, The Queen’s Gambit (Le jeu de la dame), où une jeune femme fait son chemin dans un autre milieu très masculin, celui des échecs.

I’m the queen!, lance-t-elle.

Au-delà de la stratégie, ce qui a fonctionné pour Liza Frulla dans les milieux de travail dominé par les hommes, c’est l’humanisme, la confiance et la patience.

Faut que tu sois patient. Et si un chemin ne fonctionne pas à droite, il faut que tu prennes le chemin à gauche. Mais tu ne perds jamais de vue ce que tu veux. Jamais, jamais.

Une citation de :Liza Frulla

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