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Un Montréalais au coeur de l’innovation technologique pour Brooks

Un homme portant des lunettes prend la pose dans un atelier de fabrication de chaussures de course.

Matthieu Trudeau

Photo : Courtoisie : Matthieu Trudeau

Matthieu Trudeau a toujours été fasciné par le corps humain dont il compare le fonctionnement à une machine.

Sportif de talent, il a joué au hockey de haut niveau au cégep en plus de participer aux Championnats du monde des clubs d’Ultimate. Il s’intéresse depuis toujours aux mouvements.

Il combine aujourd’hui ses passions pour le sport et le génie dans la recherche biomécanique pour l’équipementier Brooks à Seattle. À 40 ans, il est directeur de l’équipe Future Concepts et fait le lien entre l’équipe de laboratoire et l’équipe scientifique de l’entreprise spécialisée.

Mon rôle est de me servir de la science de la course pour développer les produits dont pourront profiter les coureurs dans un horizon de 3 à 10 ans, explique Matthieu Trudeau en entrevue à Radio-Canada Sports. Je fais des tests et des études pour développer les produits du futur.

Son parcours académique a de quoi complexer, par exemple, un simple diplômé en journalisme de l’UQAM.

Après un baccalauréat en génie mécanique à l’Université Dalhousie dans les Maritimes, il a enchaîné avec une maîtrise à l’Université de Sherbrooke, un doctorat en ergonomie, biomécanique et statistiques à l’Université Harvard, suivi d’un postdoctorat à l’Université de Calgary.

C’est en Alberta qu’il a commencé à travailler avec des fabricants de chaussures de course, dont Adidas et Mizuno. À Harvard, son champ d’études était fort différent.

À Harvard, j’étudiais la différence entre les différents designs de claviers de téléphones et de tablettes pour voir leur influence sur la performance humaine et aussi sur les risques de blessures générées par les postures pas toujours idéales adoptées par les utilisateurs lorsqu’ils pianotent sur les claviers. J’ai toujours aimé observer comment le corps humain interagit avec son environnement et je retrouve cette relation entre les pieds et les souliers.

Matthieu Trudeau ne prédit pas nécessairement une grande révolution dans le design des modèles de chaussures de course pour le grand public au cours de la prochaine décennie. L’innovation passera surtout par la personnalisation de la chaussure.

Il explique un concept scientifique au tableau devant des collègues de travail.

Matthieu Trudeau

Photo : Courtoisie : Matthieu Trudeau

Dans le futur, comme notre corps est unique, on devrait avoir un soulier qui convient précisément à notre style de course, explique-t-il. Les données d’entraînement vont permettre de mieux comprendre quelle chaussure est optimale pour chaque coureur. La science démontre que chaque individu est unique dans sa biomécanique. Les mouvements de chaque coureur sont uniques, tout comme notre amplitude. On appelle ça la référence individuelle. Avec un bon match, on pourra optimiser les performances tout en minimisant les risques de blessures.

Brooks, qui ne se limite pas à la fabrication de chaussures, a déjà mis sur pied un laboratoire mobile qui a jusqu’ici recueilli les données et mesuré la référence individuelle de milliers de coureurs. L’analyse des informations amassées permet de déterminer si l’athlète a besoin d’un soulier avec beaucoup, peu ou très peu de soutien pour le pied.

Analyser au-delà de la simple foulée

Les souliers des athlètes amateurs ne devraient pas être trop différents dans 10 ans, mais la manière dont les coureurs vont les choisir devrait grandement évoluer.

En ce moment, la meilleure manière d’acheter des chaussures est de se faire conseiller par de vrais spécialistes dans les boutiques qui vont suggérer des modèles après avoir analysé les besoins et la foulée de l’acheteur.

Les données de course prendront de plus en plus de place dans le choix des chaussures, prédit Matthieu Trudeau.

En partageant, par exemple, leur profil Strava, les coureurs vont être en mesure de cibler avec plus de précision le produit dont ils ont vraiment besoin, selon lui. Par données, on parle notamment de cadence de course idéale ou encore de vitesse optimale. Avec des puces dans les chaussures ou encore dans les shorts des coureurs, on pourra bien cerner les habitudes de course, mais aussi la rigidité du corps.

On va minimiser les risques de blessures et on va optimiser la performance en général, dit-il. On développe tout ça en faisant des recherches qu’on publie dans différentes revues scientifiques.

Et l’innovation ne s’arrête pas aux pieds. C’est d’ailleurs l’une des limites des analyses actuelles dans la détermination des besoins des coureurs. Le chercheur estime qu’on s’attarde trop aux pieds depuis des décennies.

On va de plus en plus regarder le coureur dans son ensemble, ajoute Matthieu Trudeau. On va observer le pied, le genou, les hanches et même le haut du corps. On va observer de plus en plus la coordination des mouvements pour bien comprendre comment le corps réagit à différents types de chaussures.

L’innovation dans la course aux records en athlétisme

Un peu comme l’avaient fait les combinaisons de natation en polyuréthane au début des années 2000, la nouvelle génération de chaussures de course a mené récemment à des performances extraordinaires.

Chaussé du modèle Vapor Fly de Nike, Eliud Kipchoge est devenu le premier humain à courir un marathon sous la barre des deux heures. Un exploit extraordinaire, même si le record n’a pas été homologué en raison du contexte dans lequel il a été établi.

Brooks, avec son modèle Hyperion Elite 2, a aussi une chaussure du genre, munie d’une plaque de carbone dans la semelle qui maximise le ressort à l’impact. Si certains parlent de dopage technologique pour qualifier leur efficacité, Matthieu Trudeau préfère parler d’innovation.

Je crois vraiment que les records qui sont établis en ce moment sont légitimes parce que je crois que l’équipement que tu utilises a un rôle à jouer dans ta performance, affirme-t-il. C’est correct qu’on laisse de la place pour l’innovation, mais on devra définir précisément ce qu’est un soulier. Est-ce qu’on peut ajouter des ressorts? Est-ce qu’on peut mettre ce qu’on veut dans une semelle de 10 centimètres de hauteur?

Combien de plaques de carbone peut-on mettre avec de la mousse autour? Il y a tellement de choses qu’on peut faire avec un soulier, et c’est fascinant. C’est mon travail de déterminer ce qu’on fait. Je suis d’accord qu’on instaure des règles, mais j’espère que les règles ne seront pas trop extrêmes parce qu’il faut laisser de la place pour l’évolution de l’équipement.

Matthieu Trudeau rappelle toutefois que cette gamme de chaussures n’est pas nécessairement compatible avec les besoins des coureurs amateurs.

Un homme vêtu de rouge et gris court dans un sentier en forêt.

Mathieu Trudeau à la course

Photo : Courtoisie : Matthieu Trudeau

Les personnes ne vont pas réagir physiologiquement et biologiquement de la même façon en portant un type précis de chaussures. Je vois parfois des coureurs avec ça dans les pieds et je me dis qu’ils vont se blesser. Je pense que de comprendre qui va bien réagir dans un type de chaussures donné, c’est vraiment ça l'avenir.

Et l’avenir de la course à pied s’annonce rose. Le marché de la chaussure est en pleine effervescence. La pandémie, qui a fait fermer bien des gymnases, a aussi poussé bien des gens à ressortir les espadrilles de course.

Matthieu Trudeau, lui, court encore trois ou quatre fois par semaine quand il n’est pas blessé.

La technologie de la chaussure a beau évoluer, personne n’a encore trouvé de vaccin garantissant la jeunesse éternelle.

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