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Il y a 40 ans, cette Québécoise était des premiers mondiaux féminins de judo

Des judokas s'affrontent.

Échauffement pendant les premiers Championnats du monde féminins de judo, à New York, en 1980

Photo : IJF

Les premiers Championnats du monde féminins de judo ont eu lieu il y a 40 ans, en novembre 1980. Un petit groupe de Canadiennes, dont deux Québécoises, y a participé. Radio-Canada Sports a rencontré l'une d'entre elles, Lorraine Méthot.

La Fédération internationale de judo (IJF) a souligné à la fin novembre les 40 ans de cette compétition, qui avait eu lieu les 29 et 30 novembre en 1980.

Les 40 ans des premiers Championnats du monde féminins de judo, à New York

Les 40 ans des premiers Championnats du monde féminins de judo, à New York

Photo : IJF

Lorraine Méthot, originaire de Sept-Îles, a eu le privilège d'y participer.

L'aboutissement d'un cheminement pas toujours facile à cette époque. Elle a commencé le judo à 10 ans, parce que son frère en faisait, et elle allait le voir s'entraîner.

La jeune fille a dû le faire en cachette de son père, qui a fini par accepter son choix en échange d'une promesse.

Si tu commences ça, il faudra que tu me promettes que tu n’arrêteras jamais. J'ai dit : "OK." Mon père pensait que j’allais me décourager, et que je n’aurais plus à lui demander de faveurs, explique-t-elle à Radio-Canada Sports.

Elle ne s'est jamais découragée. Et chaque fois que son père tentait de la convaincre d'arrêter, elle lui répondait: Je ne peux pas, je t'ai fait une promesse!

L'ancienne judoka ne se souvient pas avoir reçu de commentaires déplacés des garçons. Mais au début des années 70, au Québec, pour le judo féminin, il n'y avait rien. Tout le monde s'entraînait ensemble.

Les premières fois en compétition, je pense que je gagnais parce que les garçons étaient surpris, se souvient-elle. Surtout s’ils n’avaient pas pratiqué avec des filles. Le temps qu’ils réagissent, j’avais eu le temps de faire mes mouvements et puis d’avoir fini le combat.

C'est en 1976, année des Jeux olympiques à Montréal, qu'ont eu lieu les premiers Championnats canadiens de judo. Garçons et filles étaient séparés à l'entraînement depuis quelques années à peine.

Lorraine Méthot voue une reconnaissance éternelle envers Martineau Bouchard (Académie de judo de Sept-Îles) et Raymond Damblant (du dojo Hakudokan de Montréal, fondé en 1959) qui l'ont encouragée à ses débuts et lui ont donné tout le soutien technique nécessaire.

Puis il y a eu Hiroshi Nakamura, l'entraîneur de Nicolas Gill au Shidokan du quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal. C'est sensei Nakamura, arrivé au Canada en 1968 et installé au Québec en 1972, qui a vu le potentiel international de la jeune judoka.

Une photo en noir et blanc d'une judoka souriante

Lorraine Méthot

Photo : Judo Canada

Lorraine Méthot a été sept fois championne canadienne. Et c'est en vertu de ce titre, en 1980, qu'elle a pu participer dans la catégorie des moins de 66 kg aux premiers Championnats du monde féminins à New York.

Aux Championnats du monde, nous étions deux Québécoises, précise-t-elle. Il y avait aussi Mme Andrée Barrette qui est décédée. Les autres venaient de l’Ontario et une de l’Alberta.

C'est grâce à une Américaine, Rusty Kanokogi, que la compétition a pu avoir lieu. Mais il s'en est fallu de peu.

Si ça s’est passé à New York, c’est probablement en raison du dévouement de Rusty qui a tellement fait pour le développement du judo féminin, tient à dire Mme Méthot. C’était son projet, son bébé, c’était chez elle.

À quelques jours des mondiaux, il manquait du budget, et Rusty Kanokogi, née Glickman, a vu débarquer le président de la Fédération internationale de judo, le Japonais Shigeyoshi Matsumae, qui lui a accordé la somme nécessaire pour boucler son budget.

Le sport n’existerait pas sans la politique, et il y a dû avoir de grandes pressions pour que des gens changent d’idée à la dernière minute, croit Lorraine Méthot.

Une accréditation turquoise avec la photo d'une athlète

L'accréditation de Rusty Glickman Kanokogi pour les Championnats du monde féminins de judo de 1980

Photo : IJF

Lorraine Méthot se souvient avoir été impressionnée par la qualité de l'organisation et par l'atmosphère qui régnait au Madison Square Garden.

L’ambiance au MSG était très énergisante. Je me souviens qu’il y avait beaucoup de gens et beaucoup de sécurité. Étant Québécoise, et étant habituée de bouger quand et où je voulais, ça m’a surprise, même ça m’a irritée un peu. Mais quand on sait que, dans certains pays, il n’y a pas la même liberté, on comprend mieux pourquoi il y avait de la sécurité, rappelle-t-elle à juste titre.

Elle s'était préparé du mieux possible, mais une grosse surprise l'attendait à son premier combat.

J’étais toute prête, concentrée. Je salue avant mon combat, je lève la tête, et qui je vois? Mon père, ma mère, une de mes sœurs et son mari dans le stade, et j’ai figé. C’était à élimination directe, et j’ai perdu mon combat par décision.

Pourquoi est-ce que je les ai vus dans le stade? Si je ne les avais pas vus... C’est certain que ça m’a déconcentrée. Une seule fois, mon père était venu me voir en compétition, révèle Lorraine Méthot. Une de mes sœurs était à l’hôpital. Et quand je l’ai vu, je me suis dit : "Ma sœur est morte, papa est rendu ici."

À New York, elle a aussi participé au tournoi toutes catégories à ces mondiaux féminins. Elle a dû affronter en premier combat une adversaire beaucoup plus lourde qu'elle et a perdu par décision.

Quel beau combat. Je l’ai perdu par décision quand même. Tous les gens dans le stade, même les Américains, criaient pour moi, se souvient-elle. C’était tellement drôle. C’était vraiment un bon combat. J’aurais aimé être capable de marquer, mais… J’ai tout fait pour!

Elle sourit à la caméra numérique.

Lorraine Méthot en entrevue à Radio-Canada

Photo : Société Radio-Canada

Après cette expérience extraordinaire vécue en présence de ses parents, la vie a repris chez les Méthot.

C’est certain que quelqu’un a convaincu mon père d'aller à New York. Mais comme il adore l’histoire, le fait que je faisais une marque dans l’histoire du judo, ça a dû l’aider à vouloir être là, croit-elle. Après, on n’en a jamais reparlé, mon père et moi.

Le rêve d'aller aux Jeux olympiques

Le judo féminin n’arrivera aux Jeux olympiques que huit ans plus tard, en démonstration en 1988 à Séoul, et comme sport à part entière en 1992 à Barcelone.

C’est certain que c’était mon rêve. J’ai eu le privilège de faire les premiers championnats provinciaux, les premiers championnats canadiens, les premiers Jeux panaméricains, les premiers Jeux du Commonwealth, tout ce qui me manquait, c’était les premiers Jeux olympiques. Je me suis dit : "Faut pas être gourmande, j’en ai fait pas mal."

Lorraine Méthot a fait partie des athlètes canadiennes sélectionnées pour les Championnats du monde jusqu'en 1984.

Il fallait que je prenne soin de ma vie autrement. Financièrement, je n’étais plus capable de continuer, précise-t-elle. J’ai fait partie de l’équipe canadienne pendant 10 ans et j'ai fait 10 ans de compétitions internationales. Il était temps que je passe à autre chose. Mais j’aurais adoré faire les premiers Jeux olympiques.

Et un jour, je vais me payer un voyage aux Olympiques... si je peux, a-t-elle conclu les yeux brillants.

Le message est lancé. Judo Canada a intronisé Lorraine Méthot au Temple de la renommée du judo canadien en 1998.

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