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Solitaire à Noël? Pensez aux marins du Vendée Globe

Il est sur la mer.

Le bateau Initiatives-Cœur de Tanguy de Lamotte et de Samantha Davies

Photo : Mécénat chirurgie cardiaque

Le navigateur français Tanguy de Lamotte a participé au Vendée Globe en 2012 et en 2016. Il raconte la solitude vécue en mer et le Noël passé dans les mers du Sud.

Alors que la pandémie sur terre nous force à une vie monacale et à une certaine solitude au moment de Noël, le Vendée Globe, ce tour du monde en solitaire et sans assistance, oblige les marins à ce style de vie pendant trois mois et à passer les fêtes tout seul.

C’est unique de passer Noël tout seul. Je ne le souhaite à personne, lance Tanguy de Lamotte à Radio-Canada Sports.

C'est ce qu'il a vécu en 2012 lors de son premier Vendée Globe.

En 2016, à son deuxième, la tête de mât casse après une semaine de course et il doit abandonner. Impossible de réparer et de continuer.

Le navigateur de 42 ans a hésité à prendre le départ de cette édition 2020-2021, mais il a plutôt passé son bateau Initiatives-Cœur et la barre à la Britannique Samantha Davies, qu'il a formée, et qui, comme cinq autres femmes, a décidé de relever le défi de compléter ce tour du monde.

Ils sourient à la foule.

Tanguy de Lamotte et Samantha Davies, skippers du bateau Initiatives-Cœur

Photo : Getty Images / AFP Contributor

Aujourd'hui, Tanguy de Lamotte, originaire de Versailles, est installé à San Francisco avec sa famille et travaille comme conseiller technique et commercial sur un projet vert destiné aux bateaux de transport.

Les skippers se sont en quelque sorte autoconfinés en partant sur le Vendée Globe, explique le navigateur avec un sourire. C’est une manière différente de passer Noël, c’est une expérience différente, tout seul dans les mers du Sud.

Le mot est lâché : seul. Le Vendée Globe oblige les marins qui tentent l'aventure du Vendée Globe à une solitude pendant plusieurs mois. Et rien ne peut préparer un homme ou une femme à une expérience pareille.

On ne s’isole pas dans une pièce pendant trois mois histoire de voir ce que ça fait. C’est ça qui est incroyable sur le Vendée Globe, c’est qu’on fait pour la première fois plein de choses qu’on n'a jamais fait. Et ça donne de la force de caractère.

Une citation de :Tanguy de Lamotte
Il lève le bras droit et regarde au loin.

Tanguy de Lamotte

Photo : Société Radio-Canada

Mais on n’arrive pas comme ça à faire le Vendée Globe du jour au lendemain parce qu’on l'a décidé. La plupart des skippers ont fait plusieurs courses sur leur bateau, plusieurs années sur d’autres bateaux.

Moi, avant de partir sur mon Vendée Globe en 2012, mon plus long temps en solitaire, c’était trois semaines, rappelle-t-il. Et là, on part pour trois mois. Et donc, avant de faire le Vendée Globe, il n’y pas vraiment d’entre les deux. Il y a les transats en solitaire et il y a le Vendée Globe. Donc, à un moment, faut faire le pas, et s’y préparer.

C'est faire un pas dans l'inconnu. Encore là, le parallèle avec ce que nous vivons tous collectivement est intéressant. Nous avons tous fait un pas dans l'inconnu en découvrant ce virus qui a provoqué la pandémie mondiale, et en tentant de se protéger pour continuer à vivre malgré tout.

Psychologiquement, c'est très lourd à porter, même si, tous les jours, on peut suivre dans les médias les efforts des gouvernements et des scientifiques.

Visage de Tanguy de Lamotte en très gros plan

Tanguy de Lamotte

Photo : Getty Images / AFP Contributor

Les marins engagés dans le Vendée Globe peuvent eux aussi rester en communication avec l'organisation qui est à terre. Et les moyens techniques aujourd'hui leur permettent d'être suivis en direct.

On est un petit peu plus en connexion avec la terre. Mais au final, on est vraiment tout seul, et on est très loin de tout, et on s’en rend vraiment compte, affirme Tanguy de Lamotte. C’est vraiment dans le fond de notre tête.

En 2012, je n’avais pas la messagerie instantanée comme on peut l’avoir maintenant. Moi, j’avais le téléphone satellite. Mais quand on raccroche, que ce soit avec une personne de notre famille ou avec une personne de notre équipe, une fois qu’on raccroche, on est tout seul, et on retourne à notre réalité de solitaire.

Rappelons que dans cette course en solitaire sans assistance, les marins ont droit à de l’assistance technique et médicale de la terre.

Imaginez quand les marins d'autrefois n'avaient pas tous ces moyens de communication, ils étaient encore plus seuls à affronter les mers. Il n'y avait que la radio.

Le Vendée Globe tel qu'on le connaît est né en 1989. Lors de sa première édition, il n'y avait qu'une seule fréquence radio pour tous les concurrents, qui se mettaient en liste d'attente pour pouvoir parler à quelqu'un à terre. En ce temps pas si lointain, la terre ne pouvait pas appeler les marins.

Le 9 janvier 1990, la fille du navigateur français Loïck Peyron est née pendant qu’il se trouvait au large des îles Kerguelen, au sud de l’océan Indien. Il a entendu les premiers cris de sa fille à la radio.

Puis, le téléphone satellite est arrivé. Depuis l'édition de 2000, la communication est bidirectionnelle et en tout temps. Ce qui pour certains a fait perdre à la course un peu de son mystère et de son charme.

C’est vrai que maintenant, on envoie des vidéos en permanence, par Skype ou autre. Je trouve que c’est bénéfique pour la course, estime Tanguy de Lamotte.

Pour la tête des skippers, quand on sait qu’on peut appeler quelqu’un, ce n’est pas la même chose que quand on n’est pas sûr de pouvoir le faire, donc il y a forcément un côté psychologique moins intense que ce que les anciens ont pu vivre. Mais ça n’empêche que de faire le tour du monde en solitaire, c’est un exploit.

Tanguy de Lamotte en 2013

Tanguy de Lamotte en 2013

Photo : Vendée Globe TV

Les marins perdent très vite la notion des jours qui passent, ils perdent le fil des semaines du calendrier.

Mes repas étaient emballés dans des sacs avec le numéro du jour que je devais ouvrir, et je savais le nombre de jours que j’avais passés en mer, explique-t-il. C’est vrai qu’on ne sait plus si c’est un lundi ou un mardi, mais on sait que c’est le 35e jour de course, et ça nous permet aussi de voir notre progression.

Je suis sûr que si je n’ai pas ces numéros sur ces sacs de nourriture, au bout de trois semaines en mer, je ne sais pas si c’est 14 jours ou 23 jours… et c’est très agréable en fait.

Et c'est grâce à ces sacs préemballés que Tanguy de Lamotte a pu savoir que Noël était arrivé.

Mon sac de Noël, il était un peu différent. J'avais un repas qu’on avait sélectionné à l’avance. Ça permet de se rappeler que les gens ont pensé à nous pour préparer des petites choses, des petites attentions. C’est chouette à vivre.

Une citation de :Tanguy de Lamotte
Il sourit.

Tanguy de Lamotte

Photo : Société Radio-Canada

Des repas un peu plus copieux, avec du vin pour certains, quelques cadeaux embarqués à l'avance par les équipes des skippers. Lors du Vendée de 2016, trois marins ont décidé de se retrouver, ont levé le pied et ont navigué bord à bord le temps de fêter Noël pendant quelques heures.

Je me souviendrai de mon Noël, raconte Tanguy de Lamotte. Je l’avais en fait fêté un peu en décalé parce qu’au moment même, ce n’était pas les meilleures conditions pour en profiter, donc je m’étais dit : "Ce n’est pas grave, je fais ça demain."

C’est vrai que j’ai de super souvenirs de ce passage de Noël dans les mers du Sud.

La protégée de Tanguy de Lamotte, Samantha Davies, navigue hors course depuis le 16 décembre après avoir dû retourner à quai pour faire réparer le bateau, mais elle a choisi de poursuivre le périple pour faire vivre la mission d'Initiatives Cœur qui permet à des enfants de se faire opérer du cœur en France quand leur pays d'origine ne leur permet pas.

À la fin de son périple, Samantha Davies remettra un chèque à l'association Mécénat chirurgie cardiaque grâce à l'argent recueilli sur les réseaux sociaux, Instagram et Facebook, par les trois commanditaires qui sont propriétaires du bateau, Initiatives, K-Line et Vinci Énergie.

Au moment d'écrire ces lignes, le projet avait amassé 744 000 $ CA et 39 enfants pourront se faire opérer. L'objectif est de faire opérer 60 enfants.

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