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Une critique « qui fait mal » - Geoff Molson, au sujet du peu de Québécois repêchés

Le Tricolore repêche moins de Québécois depuis le départ de Pierre Boivin, mais ce n'est pas nécessairement la faute de Geoff Molson.

Marc Bergevin et Geoff Molson.

Marc Bergevin et Geoff Molson

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Pourquoi le Canadien repêche-t-il si peu de Québécois? Une critique qui retombe souvent sur le propriétaire de l’équipe, Geoff Molson. En entrevue avec Diane Sauvé, il a accepté de commenter la situation.

Au dernier encan, son équipe a complètement escamoté le bassin de joueurs québécois disponibles. Elle a préféré se tourner une fois vers la Ligue de l’Ouest, une fois vers la Ligue de l’Ontario, une fois vers la Russie et cinq fois vers les rangs américains, la mine d’exploitation favorite de Trevor Timmins, responsable du recrutement et directeur général adjoint.

C’était la troisième fois en cinq ans qu’un tel scénario se répétait.

Cette disette est perçue par certains comme une sorte de déracinement, un détachement de l’organisation envers son territoire. Elle contribuerait à faire perdre l’identité du CH qui a, historiquement, laissé beaucoup de place aux joueurs de la province.

Après chaque repêchage, le directeur général Marc Bergevin doit répondre à des questions sur le sujet et défendre ses recruteurs. Parfois, c’est carrément le propriétaire Geoff Molson qui est montré du doigt. Est-ce que cela l’affecte personnellement?

Oui, ça me fait mal. Parce que si on regarde les chiffres de nos deux équipes, à Laval et à Montréal, on constate que nous sommes parmi les organisations qui comptent le plus de Québécois.

Les Québécois à Montréal :

  • Jonathan Drouin (obtenu par échange en 2017)
  • Phillip Danault (obtenu par échange en 2016)
  • Xavier Ouellet (signé comme joueur autonome en 2018)
  • Alex Belzile (signé comme joueur autonome en 2019)

Ce ne sont pas tous des joueurs repêchés, mais on a beaucoup de francophones dans notre entourage. C’est juste qu’on n'a pas eu la chance depuis 2014 de repêcher un Québécois dans ces premières rondes.

Une donnée relevée par Stéphane Leroux, de RDS, est assez éloquente. Depuis 2014, le Tricolore est la seule équipe de la LNH à ne pas avoir repêché de joueurs issus de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) dans les quatre premiers tours.

Faut-il interpréter cela comme un désaveu du Canadien envers les produits locaux? Ou s’agit-il d’une simple anomalie statistique? Selon Geoff Molson, il s'agit surtout de malchance.

Nous avons une liste de joueurs de partout dans le monde et ça inclut des joueurs québécois. On les place dans des catégories : première, deuxième, troisième ronde. Si un Québécois qu’on veut est disponible à ce stade-là, on va le prendre.

Geoff Molson

Mais parfois, un Québécois sur notre liste est repêché juste avant notre tour. Quand on ne réussit pas à repêcher un Québécois, ce n’est pas parce qu’on n’en avait pas sur notre liste. C’est parce qu’on n'a pas eu la chance de le repêcher au bon moment.

Certains amateurs réclament plus d'actions de la direction. Par exemple, on pourrait faire un échange pour grimper de quelques échelons et obtenir le joueur convoité. Mais ce n’est pas dans les pratiques usuelles de l’organisation, peu importe la nationalité du joueur ciblé.

La dernière fois que le Tricolore est monté au repêchage de façon importante, ç'a été pour sélectionner Jarred Tinordi en 2010.

Au dernier repêchage, l’administration a essayé de négocier avec une autre équipe pour mettre le grappin sur Jacob Perreault. Une tentative qui a échoué, a rapporté Renaud Lavoie, de TVA Sports.

Comparer les récoltes sous Molson et sous Boivin

Est-ce une simple impression ou est-ce que le Canadien accueille effectivement moins de Québécois à sa table depuis que Molson a succédé à Pierre Boivin?

L’influence des présidents à la table de repêchage est minime. La responsabilité de dessiner l’avenir d’une formation incombe davantage au directeur général et à son équipe de recruteurs.

Il est quand même possible de s’adonner à un exercice comparatif pour vérifier.

Molson est devenu président et chef de la direction du Groupe CH en juin 2011. Il est officiellement entré en fonction le 30 juin 2011. Le repêchage, tenu les 24 et 25 juin, marquait officieusement les débuts de Molson comme grand patron.

Depuis, le Bleu-blanc-rouge a participé à 10 repêchages sous sa gouverne. Durant cette période, l’équipe a sélectionné 75 espoirs. Du lot, 11 avaient joué leur hockey junior dans la LHJMQ et 8 étaient nés au Québec.

Pierre Boivin s'adressant aux partisans sur le podium.

Pierre Boivin au repêchage de la LNH en 2009

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Le prédécesseur de Molson, Pierre Boivin, a œuvré de 1999 à 2011. Si on veut jouer au jeu des comparaisons, on peut regarder comment son équipe s’est comportée au repêchage lors de ses 10 dernières années en poste.

L’échantillonnage est assez représentatif puisque, lors de ces 10 repêchages, le Tricolore a profité de 74 choix, soit un de moins qu'à l’ère Molson. Les recruteurs de Boivin ont alors visé un joueur de la LHJMQ avec 14 de leurs 74 fléchettes : 11 étaient des Québécois, et les autres venaient des provinces maritimes. En 2005, l’équipe de dépisteurs a aussi jeté son dévolu sur Philippe Paquet, qui jouait pour l’Université Clarkson, ce qui porte le compte à 15.

Sous Geoff Molson (2011-2020) :

  • 14,66 % de joueurs venant de la LHJMQ
  • 10,6 % de joueurs québécois

Sous Pierre Boivin (2001-2010) :

  • 18,9 % de joueurs venant de la LHJMQ
  • 20,2 % de joueurs québécois

Le grand manitou des repêchages, Trevor Timmins, a travaillé avec les deux hommes. Il s’est joint au programme de recrutement du Canadien, dans d’autres fonctions, en 2003.

Ce n’est donc pas qu’une impression : sous le régime précédent, le club sélectionnait plus souvent des Québécois et plus souvent des joueurs issus de la LHJMQ. Toutefois, il y a d’autres facteurs à prendre en considération que la simple préférence des dépisteurs.

La régression de la LHJMQ

Ces dernières années, des nations émergentes comme l’Allemagne ou la Suisse ont commencé à produire plus d’espoirs qui attirent l’attention des formations de la LNH. L’arrivée massive de joueurs européens et la popularité croissante du hockey aux États-Unis ont restreint l’accès des Québécois à la ligue.

De 2001 à 2010, pas moins de 259 joueurs de la LHJMQ ont réussi à convaincre un club de la LNH de miser sur eux. De 2011 à 2020, ce nombre a chuté à 207, malgré le fait que plus d’équipes montent sur le podium aujourd’hui qu’il y a 15 ans.

Sous Pierre Boivin, le Tricolore a repêché 14 des 259 candidats de la LHJMQ, soit 5,4 %. Sous Geoff Molson, c’est plutôt 11 sur 207, soit 5,3 %

En valeur absolue, il est donc vrai que le Canadien a pigé un peu moins souvent dans le bassin québécois ces dernières années. Mais au volume, depuis 20 ans, l’organisation porte à peu près la même attention aux jeunes qui se développent dans sa cour arrière, peu importe le directeur général ou le président en poste.

C’est simplement que la LHJMQ produit moins d’espoirs du calibre de la LNH.

Un élément qui a néanmoins changé au fil du temps, c’est la confiance dont l’équipe témoigne envers la LHJMQ dans les premiers tours. De 1995 à 2005, le CH a repêché sept joueurs dans les deux premiers tours; de 2006 à 2020, seulement trois.

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