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Vendée Globe virtuel : un tour du monde dans son salon

la course virtuelle

Le vendée globe virtuel

Photo : vendée globe

Pendant que les navigateurs de la course autour du monde en solitaire et sans escale font face aux pires tempêtes, d’autres font la course dans leur salon.

Confortablement installés, ils affrontent à leur manière les éléments dans un Vendée Globe virtuel, surnommé par les Français Virtual Regatta.

Près de 20 % d’étrangers de plus de 150 nationalités participent à cette course virtuelle. Le Québec n’est pas en reste. Axel Galpy Massé est un passionné de voile, tellement qu’il a créé en 2019 l’organisme à but non lucratif (OBNL) Voile ArcticStern, qui veut partager passion pour la voile et respect de l’environnement.

L’instructeur de voile veut profiter de cette course virtuelle pour se préparer pour l’Ocean Globe Race en 2023, un tour du monde en équipage sur le seul voilier qui battra pavillon canadien.

Je viens d’une famille de marins et très vite j’ai eu la piqûre. J’ai déjà participé à des courses virtuelles, mais cette fois, c’est sérieux, raconte-t-il. Je fais carrément des quarts comme si j’étais en mer. Il n’est pas rare que je me lève plusieurs fois par nuit pour changer les voiles, faire un empannage ou des virements de bord. Il y a des manœuvres qui ne peuvent pas attendre et j’ai donc mes alarmes.

Axel est conscient qu’il est dans le confort de son salon et qu’il ne vit pas la confrontation avec les éléments de la même manière que les marins du Vendée Globe. Mais il apprend beaucoup durant cette course.

Nous, on n’a pas ces vagues effroyables, on ne connaît pas tous ces phénomènes météorologiques, mais lorsqu’on compare notre position virtuelle et celle des vrais skippers, on apprend beaucoup sur nos choix. Bien sûr, on n’a pas à composer avec la fatigue physique et mentale. Mais ce qui est vraiment intéressant, c’est tout l’aspect stratégie.

Je suis en ce moment en 5000e position et toute erreur est maintenant fatale.

Une citation de :Axel Galpy Massé, passionné de voile

Chaque jour, le Québécois a des choix à faire, tout comme les marins du Vendée Globe. Il comprend de mieux en mieux les choix de route ou de changements de voile effectués par les skippers. Il veut tellement apprendre qu’il surveille aussi les choix des professionnels qui font la course virtuelle.

Je surveille des grands navigateurs comme Armel LeCleac’h (le vainqueur de la dernière édition) ou Loïc Perron (trois participations au Vendée Globe). J’essaye de voir quelle est leur stratégie. Par exemple, [il y a quelques jours] ces deux navigateurs ont pris une stratégie qui va à l’encontre de tous. J’attends de voir quelle est l’idée qu’ils ont derrière leur tête.

Galpy Massé a voulu préciser que l’Ocean Globe Race, la course pour laquelle il se prépare pour 2023, est quand même différente du Vendée Globe. Si le parcours est sensiblement le même, la manière de naviguer, elle, est aux antipodes des marins actuels. Une course en équipage qui se fait à l’ancienne : sextan, pas de GPS, lecture des cartes manuelle, pas de routage, pas de simulateurs.

Un homme sourit devant son ordinateur.

Axel Galpy Massé prêt pour sa course

Photo : axel Galpy Massé

Une histoire de famille

Renaud Azières est à Francfort, en Allemagne, et travaille au développement des affaires. Tous les matins et tous les soirs après le travail, il surveille l’évolution de sa course et s’active aux différentes manœuvres. En plus de se battre contre les éléments, il se bat contre sa famille du Québec, aussi engagée dans la course.

Je regarde quotidiennement comment ils sont positionnés. Mes deux oncles en ce moment ont seulement 10 kilomètres qui les séparent en ayant parcouru déjà 10 000 kilomètres. C’est comme s’ils avaient une demi-seconde de distance sur un circuit de formule 1, c’est incroyable! Il y a aussi mon cousin qui suit, et ma sœur qui est à une centaine de kilomètres. Et moi, je suis 1000 kilomètres derrière. Je ne suis plus dans le même groupe, je suis déclassé, mais on va essayer de suivre et de s’accrocher, explique-t-il en souriant.

La voile pour Renaud, c’est naturel. Dès l’âge de 7 ans, il naviguait sur de petits voiliers pour ensuite s'adonner à quelques compétitions étudiantes. Même s’il vit la course virtuellement, il se sent proche de tous ces marins et de leurs luttes quotidiennes.

Quand malheureusement un des compétiteurs frappe un objet flottant non identifié (OFNI) et qu’il doit abandonner, ça me fait un petit pincement au cœur. Je me dis : "Moi, je suis bien confortable dans mon salon et mon bateau virtuel ne peut pas frapper quelque chose." En faisant cette course virtuelle, je me sens vraiment plus proche de ceux qui le font en vrai que si je devais seulement le suivre aux nouvelles.

Des Fêtes enflammées en perspective

Pandémie oblige, les rassemblements familiaux ne seront pas autorisés pendant les Fêtes. Qu’importe, pour Renaud Azières, la compétition familiale continue.

C’est certain qu’ils vont bien me narguer, compte tenu que je traîne de l’arrière. Ils vont me dire : "Quand est-ce que tu nous rattrapes?" Ce qui est certain, c’est que ce ne sera pas triste! C’est sûr que, pendant les Fêtes, je vais y aller plus fort.

La question à savoir s’il fera des quarts, des tours de garde sur son bateau virtuel pour rattraper son retard, a fait beaucoup sourire le navigateur amateur qui nous invite à suivre son bateau, le Montréal751.

Une image de bateaux qui se font la course virtuellement.

Les bateaux en course dans le Vendée Globe virtuel

Photo : vendée globe

Je n’ai pas hérité des talents de navigateur de mon père ou de mon frère.

Une citation de :Michel Marois, journaliste

Un autre passionné de voile, c’est le journaliste nouvellement retraité de La Presse Michel Marois. Il participe lui aussi à cette course. Il n’espère certes pas l’emporter. Mais en ces temps de pandémie, c’est un bon moyen de se retrouver entre amis, virtuellement bien sûr.

On est un petit groupe à participer, mais j’avoue que je ne suis pas le meilleur. Participer au Vendée Globe virtuel permet de mieux comprendre les choix que font les vrais navigateurs. Quand ils se déroutent, on ne comprend pas toujours pourquoi. En faisant cette course, on saisit mieux leurs choix et leurs stratégies, surtout quand ils veulent éviter certains systèmes dépressionnaires qui pourraient les ralentir.

Michel Marois avoue humblement qu’il lui arrive de se lever certaines nuits pour voir l’état de son bateau, corriger sa route, faire des virements de bord et même étudier les vents. Même s’il n’est pas vraiment compétitif, il reconnaît que l’on peut rapidement se prendre au jeu.

Même si l’inscription est gratuite, il y a la possibilité d’acheter des équipements pour être plus compétitif, c’est aussi comme cela que l’organisation fait de l’argent. Il y a plusieurs participants qui vont s’acheter des pilotes automatiques, des ensembles de voiles, toutes sortes de choses qui permettent d’aller plus vite, explique-t-il. Moi, je préfère y aller avec la version de base. Malheureusement, ça donne le résultat que ça donne!

Virtuellement, ce sont les mêmes conditions de vent, de tempêtes, de météo et c’est là que réside l’intérêt, explique Michel Marois.

Les meilleurs de la compétition virtuelle vont faire beaucoup de planification météo tout comme les marins. Ils peuvent faire des recherches en ligne et même aller vers des sites spécialisés ou des plateformes beaucoup plus sérieuses pour voir les dépressions qui s’en viennent, voir comment les vents vont évoluer, car la sélection d’une route ne se fait pas seulement en fonction de la vitesse, c’est aussi de penser où l’on sera dans trois jours et comment éviter les mers démontées.

Avant d’écrire ces lignes, ils étaient 982 000 à participer à ce Vendée Globe virtuel et ce n’est pas fini, car l’on peut toujours s’inscrire. Sur le plan pédagogique aussi c’est un succès, car ce sont 4354 classes scolaires qui sont inscrites.

Alors, si l’air du grand large, les sensations fortes ou l’appel des sirènes se font sentir, n’attendez pas!

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