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Chronique

Hockey Québec : un emploi de rêve qui s’est vite détérioré

Une joueuse de hockey patine avec la rondelle.

Laurie-Anne Ménard avec les Patriotes du Cégep Saint-Laurent

Photo : Laurie-Anne Ménard

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Laurie-Anne Ménard avait l’impression d’avoir réalisé un rêve en 2016 lorsqu’on l’avait embauchée pour occuper un poste à Hockey Québec. À peine deux ans plus tard, elle a toutefois remis sa démission par crainte d’y laisser sa santé.

La semaine dernière, nous avons publié une enquête révélant qu’un climat de travail toxique règne dans les bureaux de Hockey Québec.

On y apprenait entre autres que la moitié des 22 employés syndiqués et non syndiqués de la fédération avaient quitté leur emploi depuis l’arrivée en poste du directeur général Paul Ménard, le 26 août 2016.

Une quinzaine de témoignages, recueillis sous le couvert de l’anonymat auprès d’anciens employés et d’employés actuels de HQ, révélait aussi que plusieurs avaient souffert d’épuisement professionnel ou avaient recours à de l’aide professionnelle pour essayer de composer avec des problèmes reliés au travail.

Cette histoire a fait grand bruit parmi les quelque 100 000 membres de la fédération. Nous avons reçu de nombreux appels et courriels de plusieurs régions du Québec de la part de parents, d’entraîneurs, de dirigeants d’associations locales et même d’anciens membres du conseil d’administration de HQ qui s’inquiètent de la façon dont leur fédération est dirigée.

En lisant ce texte, Laurie-Anne Ménard a reconnu sa propre histoire. Et elle a décidé de la raconter au grand jour, sans taire son identité.

J’espère ainsi donner une voix à des employés qui ne peuvent parler publiquement parce qu’ils sentent que leur carrière est en jeu [...] Personnellement, j’ai pris la décision de quitter Hockey Québec pour préserver ma santé, et ça me fait de la peine de constater qu’il y a encore des gens qui sont là et qui vivent la même situation après tout ce temps. Ce n’est vraiment pas sain, explique-t-elle.


Laurie-Anne Ménard était pourtant très enthousiaste quand elle avait décroché un poste de secrétaire à Hockey Québec. Affectée aux dossiers de l’initiation et des officiels, elle avait l’impression de se retrouver en famille après avoir grandi au sein de cette organisation.

Après avoir disputé son hockey mineur au Saguenay et en Estrie dans des équipes masculines jusqu’au niveau midget double lettre, elle avait été sélectionnée par Équipe Québec et avait fait partie du programme d’Équipe Canada chez les moins de 18 ans. Elle avait aussi porté les couleurs des Stars de Montréal (qui sont devenues les Canadiennes) avec qui elle avait remporté la Coupe Clarkson en 2009, le jour de son 17e anniversaire.

Laurie-Anne Ménard avait raccroché ses patins quelques années plus tard après avoir disputé deux saisons au niveau collégial.

En travaillant chez Hockey Québec, j’avais l’impression de continuer un parcours que j’avais entrepris depuis l’enfance. Je trouvais ça incroyable de pouvoir me retrouver dans ce milieu et de côtoyer des collègues avec qui j’avais interagi à titre de joueuse quelques années plus tôt. J’étais vraiment contente d’être là.

Une joueuse de hockey tient son bâton et patine au centre de la glace.

Laurie-Anne Ménard avec les Stars de Montréal

Photo : Laurie-Anne Ménard

Embauchée par le précédent directeur général de HQ, Sylvain Lalonde, Laurie-Anne Ménard se souvient d’avoir mentionné lors de son entrevue d’embauche que la qualité de l’ambiance de travail était essentielle à ses yeux parce que ce genre d’environnement l’amenait à se dépasser. Et elle ajoute qu’elle n’avait pas été déçue.

Hockey Québec était alors un milieu de travail très ouvert. Tout le monde se parlait et personne ne faisait attention à qui entendait quoi. Nous avions l’habitude de rire entre collègues. Parfois, les gens se jouaient même de petits tours inoffensifs. C’était une méchante belle gang, se souvient-elle.


Sylvain Lalonde a toutefois quitté son poste quelques mois plus tard et le changement de direction s’est rapidement fait sentir, témoigne Laurie-Anne Ménard.

Personnellement, j’ai vécu des expériences qui n’étaient pas agréables avec le nouveau DG. À au moins deux reprises, il s’était posté derrière moi et il avait posé ses mains sur mes épaules en me regardant travailler. Je ne savais pas quoi faire avec ça. C’était malaisant au point où je m’étais sentie obligée d’en parler à un collègue.

En cas de récidive, ce collègue m’avait suggéré de réagir assez fortement pour attirer l’attention d’autres personnes dans le bureau. Il croyait que cette attention allait faire cesser ce comportement. Heureusement, il n’y avait pas eu de suite.

Il parle à une assemblée devant un micro.

Paul Ménard, directeur général de Hockey Québec

Photo : Courtoisie / Hockey Québec

Un autre incident marquant, dit-elle, est survenu quand Paul Ménard l’a conviée à son bureau pour discuter de sa tenue vestimentaire.

Il m’avait alors dit qu’il fallait éviter de porter des jeans au bureau, sauf peut-être le vendredi. Et il avait ajouté que ce serait bien que je porte une jupe et des talons hauts. Il n’y avait pas de code vestimentaire à HQ et j’avais trouvé ce commentaire dégueulasse. Ça n’avait pas rapport.

Au-delà de ces incidents, c’est le nouveau climat de travail qui s’est installé dans les bureaux de HQ qui a fini par anéantir la passion qu’elle ressentait pour son emploi. Son témoignage recoupe ainsi ceux de plusieurs de ses anciens collègues.

C’est difficile d’expliquer ça, de décortiquer ça et de dire précisément ce qui minait l’ambiance générale. C’était une accumulation de petites affaires qui allaient chercher chaque employé dans ses journées de travail et qui finissaient par faire en sorte que personne ne se sentait bien.

C’était tellement rendu gros dans le bureau que ça prenait toute la place. Tout le monde avait des problèmes avec Paul et tout le monde s’en parlait. C’était de la frustration sans arrêt.

Laurie-Anne Ménard confie avoir sombré dans une dépression et avoir éprouvé des problèmes d’anxiété qui l’ont obligée à s’absenter du travail durant plusieurs mois.

Je n’étais plus capable de me rendre au bureau. Je faisais des crises de panique, dit-elle.

Durant une tentative de retour progressif, elle s’est mise à ressentir les mêmes symptômes, ce qui l’a convaincu une fois pour toutes qu’il lui fallait choisir entre son emploi et sa santé.

J’ai donc pris rendez-vous avec Paul Ménard pour lui remettre ma démission. Je ne lui ai pas révélé les véritables motifs de mon départ parce que je voulais avoir de bonnes références pour décrocher un autre emploi ailleurs.

Après avoir remis sa démission, elle a demandé la permission de saluer individuellement ses collègues avant de quitter les bureaux de HQ. Ce qui lui a été accordé.

Quelques minutes plus tard, alors que je discutais avec les collègues, j’ai entendu un cri de joie surgir du bureau de Paul Ménard. Sans même attendre que j’aie quitté les lieux, il venait de donner mon poste à quelqu’un d’autre. J’ai trouvé qu’il s’agissait d’un abominable manque de respect.


Laurie-Anne Ménard est maintenant à l’emploi du Terminal Comedy Club, où elle coordonne l’organisation de soirées d’humour. Ces fonctions la comblent au plus haut point, dit-elle, en espérant que la pandémie s’essouffle et que la vie et les affaires reprennent leur cours.

Son témoignage s’ajoute à celui des nombreux employés et ex-employés de HQ qui nous ont accordé des entrevues au cours des dernières semaines.

Et aussi à celui de la conjointe d’un employé de HQ, qui dit avoir vu la santé mentale de ce dernier se dégrader considérablement (dépression, anxiété, insomnie, perte de confiance) au cours des dernières années.

En lisant votre texte, il a ressenti du soulagement. Il a compris qu’il n’est pas fou et que ce n’est pas lui le problème, a-t-elle écrit.

Le nombre de témoignages recueillis, qui vont dans le même sens, atteint un niveau fort préoccupant.

Le 1er décembre, Hockey Québec a annoncé l’embauche d’un avocat à la retraite pour piloter un comité indépendant chargé de faire la lumière sur les relations de travail. En embauchant lui-même la personne chargée de se pencher sur un style de gestion qu’il cautionne, le conseil d’administration de la fédération est toutefois devenu juge et partie.

Mme Charest s'adresse aux médias lors d'une conférence de presse.

La ministre Isabelle Charest

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Dans le même communiqué, le président du conseil d’administration de HQ, Yve Sigouin, déclarait que ces préoccupantes allégations ne remettent aucunement en question notre confiance envers le directeur général Paul Ménard, et notre appui aux décisions difficiles qu’il a dû prendre.

Lundi dernier, la Centrale des syndicats du Québec, qui représente les employés syndiqués de Hockey Québec, a demandé à la ministre déléguée aux Sports Isabelle Charest de nommer des experts indépendants pour se pencher sur la gouvernance de HQ.

Un vice-président de la CSQ Mario Beauchemin a, par ailleurs, demandé que des excuses publiques soient faites par Yve Sigouin.

Ce dernier avait déclaré que les employés de HQ étaient habitués à travailler en pantoufles et d’être gérés comme les professeurs d’une école publique.

Au Québec, beaucoup de gens se demandent comment HQ parviendra à se sortir de ce marasme.

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