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LNH : les défis d’une saison écourtée

On voit M. Allard, de profil, près du banc. Il surveille les joueurs. Devant lui, un ordinateur portable affiche des données.

Pierre Allard, le préparateur physique du Canadien de Montréal, lors d'une séance d'entraînement

Photo : Radio-Canada

Les détails sortent au compte-gouttes. Les enjeux financiers seraient réglés entre la Ligue nationale (LNH) et le syndicat. Une saison de 56 matchs. Un départ à la mi-janvier. Il faut maintenant s’assurer que les joueurs sont prêts, et ça, au sein du Canadien, c’est le problème de Pierre Allard.

C’est aussi celui des joueurs et de l’état-major, s’entend. Disons, alors, qu’Allard en est le grand responsable.

Pour ceux qui seraient moins familiers avec le nom, Pierre Allard est officiellement le directeur de la science du sport et des performances du Tricolore. Un titre pompeux, d’accord, un rôle capital néanmoins.

Il termine son doctorat en sciences de l’activité physique à l’Université de Montréal. Une science de données, précise-t-il, dont le sujet de thèse porte sur l’étude du mouvement chez les gardiens de but.

Avec le grand club, il accumule des données sur chacun des joueurs grâce à des accéléromètres enroulés autour de la poitrine de ses cobayes pendant les entraînements et autres outils technologiques lui fournissant quantité d’informations sur la vitesse, l’accélération, la fatigue, la récupération, la force des impacts, la résistance, etc.

Il compulse le tout, interprète l’information recueillie et bâtit des programmes d’entraînement personnalisés, avec l’aide du préparateur physique Patrick Delisle-Houde, en fonction des capacités physiologiques de chacun.

Le grand manitou de la confection du camp lors du retour au jeu l’été dernier, c’était… Claude Julien. Plaisanterie. On voulait voir si vous suiviez. C’était bien Pierre Allard.

Ç’avait été, dans l’ensemble, couronné de succès. Le CH avait amorcé les séries avec une formation complète, y compris Xavier Ouellet et Brett Kulak, qui avaient pourtant raté une semaine du camp en raison d’un test positif à la COVID-19. Max Domi était aussi au rendez-vous malgré une semaine de retard. Brendan Gallagher s’est rapidement blessé à la hanche, mais, l’un dans l’autre, le plan ébauché par Allard avait fonctionné.

Il faudra donc répéter l’expérience, derechef, dans un contexte biscornu avec des joueurs qui ont patiné, mais ont dû s’arrêter en chemin, d’autres qui n’ont pas sauté sur une glace depuis la fin de l’été, d’autres qui n’ont jamais arrêté, certains qui s’entraînent dans une cour avec trois trombones et deux mouchoirs et d’autres, encore, qui ont des gymnases dernier cri dans leur sous-sol.

Entre coordonner ça et s’attaquer au satané casse-tête de 3000 morceaux servant d’arrêt de porte depuis trop longtemps, le choix est difficile.

La quarantaine

Américains et Européens mettront bientôt le cap vers le Canada et devront se terrer dans leur résidence ou, pour les plus malchanceux, dans un condo d’une des tours du CH ou dans une chambre d’hôtel.

Certains y sont déjà comme Alexander Romanov, récemment arrivé dans la métropole québécoise.

Le Canadien s’est empressé de lui fournir le matériel nécessaire pour qu’il garde la forme.

En faisant livrer un vélo, des poids et haltères. Aujourd’hui, on n’a pas besoin d’avoir des poids de 5 à 100 livres, on peut avoir des poids sélectifs, des blocs de poids où on peut choisir la résistance qu’on veut. Des élastiques aussi. Beaucoup d’élastiques. C’est très agréable de travailler avec ça. En résistance, en explosion. On peut les attacher après une patte de lit. Il faut avoir beaucoup d’imagination, a expliqué Pierre Allard en visioconférence mardi.

Ce n’est pas nouveau pour lui, a-t-il ajouté. Il a vécu cette situation à Toronto. Il faut s’ajuster à ce qui est disponible.

Avec un minimum d’équipement, on est capables de faire beaucoup.

Une citation de :Pierre Allard, directeur de la science du sport du Canadien

Ça semble être la nouvelle devise du directeur de la science du sport. Comme vous avez certainement appris à concocter un succulent petit mets pendant la pandémie avec un vieux céleri, de la petite vache, de l’huile d’olive, de la sauce chili et du couscous, les spécialistes du Canadien se sont aussi adaptés.

On a plusieurs scénarios, mais peu importe le scénario, ce sont toujours les mêmes aspects qui reviennent. On a besoin de matériel pour créer rapidement un espace d’entraînement. On l’a vu à Toronto, on est capables de s’adapter. Peu importe l’endroit, ça reste un espace d’entraînement.

Il faudra faire vite. Il n’y aura que peu de temps pour de la mise à niveau. Les camps devraient s’échelonner entre 10 et 14 jours sans aucun match préparatoire, soit un calendrier potentiellement plus expéditif que l’été dernier où les équipes avaient tout de même eu droit à une rencontre avant d’amorcer le tournoi et plutôt comparable aux lendemains du lock-out de 2013 où l’on s’était entraîné pendant six jours avant d’amorcer la saison.

Calendrier compressé

Justement, Pierre Allard s’appuiera sur cette expérience du dernier conflit de travail pour élaborer son plan de match.

Le spécialiste est convaincu que, physiquement, ils vont être prêts ou pas loin de quand ils arrivent au camp d’entraînement [en temps normal].

Allard recommande généralement au moins une vingtaine d’heures d’entraînement sur glace avant de retrouver l’équipe. Tous n’auront pas atteint ce nombre.

C’est là qu’intervient la science.

Comment on s’assure que les joueurs vont être prêts à compétitionner? C’est avec ce qu’on a récolté comme données, a-t-il lancé. En fonction de ça, on recommande aux entraîneurs une certaine charge. On connaît les charges d’entraînement des entraînements d’avant-match ou des entraînements plus intenses. On connaît ces niveaux et comment les joueurs ont réagi à ça par le passé. On a utilisé cette formule-là lors du dernier retour pour ajuster les séances. On réévaluait constamment ce plan pour s’assurer qu’on était vraiment dans la bonne direction.

On a fait des changements mineurs en cours de route. On est beaucoup plus précis dans notre façon de travailler avec les joueurs et pour nos recommandations aux entraîneurs, a raconté Allard.

En 11 ans avec le CH, Pierre Allard affirme avoir été témoin d’une évolution significative des connaissances des joueurs en préparation physique. Il les estime bien mieux informés et souvent plus sérieux, travaillant avec leur préparateur physique personnel pendant les longs mois d’arrêt.

L’expérience réussie de la bulle à Toronto l’encourage. Tout comme ce bruit persistant d’une division canadienne et des probables longs séjours dans une même ville qui permettront de maximiser la récupération et les heures de sommeil de ses sujets.

Tout semble en bonne voie, donc, pour le retour du hockey. À moins que cette pandémie…

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