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Chronique

La revanche de Sergio Pérez ou l'ironie de Bahreïn

Il baisse la tête et s'accroupit, son trophée à ses pieds.

Sergio Pérez se recueille sur le podium de Sakhir.

Photo : Getty Images / Pool

La F1 est un sport où les plus talentueux se font parfois piéger. C'est le cas de Sergio Pérez qui risque de se retrouver au chômage même s'il a brillé de mille feux au Royaume de Bahreïn.

Il a cette faculté rare de ressusciter. Comment se sent Pérez après une telle démonstration? Je suis en paix avec moi-même, a-t-il dit après le Grand Prix de Sakhir qu’il a remporté contre toute attente dimanche.

Permettez-moi d’en douter. Il doit trépigner d'impatience de trouver un volant en 2021. Il n'en reste qu'un bon. Son agent doit travailler fort pour tenter de convaincre Red Bull de l’engager, avec de bons arguments pour muscler sa plaidoirie.

Pérez est aujourd'hui 4e au classement général, avec 51 points de plus que Lance Stroll (10e). C’est pourtant lui, et non le fils du patron, que Racing Point laisse tomber en 2021.

Au Grand Prix de Bahreïn, le 30 novembre, il a vu sa 3e place partir en fumée, tout comme son moteur, à trois tours de l’arrivée.

Une semaine plus tard, il se fait sortir par l‘impatient Charles Leclerc au premier tour, ce qui l’oblige à repartir des puits de la dernière place.

Le Mexicain a effectué une chevauchée fantastique dont il a le secret pour remonter de la dernière à la première position. Il a repoussé l'impossible.

Il a su se faufiler dans des trous de souris, bien servi par son expérience, comme le prouve son dépassement sur Alex Albon (Red Bull) au 21e tour pour prendre le 9e rang.

Il a fait mal paraître son coéquipier Lance Stroll quand il l’a mis sous pression au 56e tour.

Revenu dans les échappements de la Racing Point no 18, Pérez a poussé le Québécois à la faute.

La voiture jaune d'Esteban Ocon roule devant la voiture rose de Lance Stroll.

Esteban Ocon devant Lance Stroll à Sakhir

Photo : Getty Images / Bryn Lennon

Stroll a raté son freinage et a ouvert toute grande la porte au Mexicain qui n’en demandait pas tant pour se retrouver au pied du podium.

Pérez a ensuite laissé Stroll sur place, comme si le Québécois n’avait pas la même voiture. Deux tours plus tard, il s’est facilement débarrassé d’Esteban Ocon pour se retrouver en 3e place.

La gaffe de Mercedes-Benz

C’est à ce rang qu’il aurait dû conclure la course et, déjà, il aurait parfaitement mérité le titre de pilote du jour, que seul le Britannique George Russell pouvait lui disputer.

Mais il y a eu au 63e tour le cafouillage monumental de Mercedes-Benz aux puits lors de la neutralisation de la course et la crevaison dont a été victime Russell au 79e.

De superbes cadeaux que Sergio Pérez a attrapés au vol. C’était Noël dans le désert pour le Mexicain dimanche.

Il a obtenu sa première victoire en F1 à son 190e grand prix au terme d'une performance lumineuse. Stroll, au contraire, avait l’air éteint à l’arrivée. Frustré par ses errances. Gêné d'être sur la mauvaise marche du podium.

Ils portent un masque.

Sergio Pérez regarde au ciel, Lance Stroll est perplexe sur le podium de Sakhir.

Photo : Getty Images / Bryn Lennon

Son manque de panache face à Ocon et à son coéquipier lui vaut des critiques sévères, malgré sa place sur le podium.

Cette voiture mérite un meilleur pilote, peut-on lire lundi dans la presse spécialisée.

Quand Lawrence Stroll a été interviewé par la télé britannique après la course, sur la performance de son fils, il ne s’y est pas attardé et a préféré parler du résultat d’ensemble de l’équipe.

Il sait que Lance n’est pas du calibre de Pérez, mais père et fils ont clairement fait le choix de poursuivre l’aventure en F1 ensemble. Pour le meilleur et pour le pire.

Lawrence Stroll et son fils, Lance, en arrière plan

Lawrence Stroll et son fils, Lance, en arrière plan

Photo : Getty Images / Charles Coates

Cette saison, Lance Stroll avait enfin la voiture pour s’exprimer. Il savait qu’il devait en 2020 s’améliorer en qualifications, sur un tour lancé. Mais il s'est fait damer le pion par son coéquipier qui a été meilleur que lui en qualifications (10-3) et en course (8-4). Surtout en deuxième moitié de saison.

C’est un exercice qu’il ne maîtrise toujours pas, à sa quatrième saison en F1. Il n'a brillé que deux fois : en Hongrie avec la 3e place sur la grille et, surtout, en Turquie quand il a su enfin tirer le maximum de la voiture sur un tour parfait pour obtenir… la pole position.

Sergio Pérez a montré tout au long de 2020 qu'il possède tous les trucs du métier et qu'il sait les utiliser. Pourtant, c’est lui qui perd son volant en 2021. Cherchez l'erreur.

Si le Mexicain est sacrifié, c’est purement par intérêt commercial, avec le retour d’Aston Martin en F1, la célèbre entreprise britannique que Lawrence Stroll a sauvée de la faillite en 2020 en la rachetant.

L’homme d’affaires canadien espère que la présence de Sebastian Vettel, quadruple champion du monde, lui permettra de percer le marché allemand dans la catégorie des sportives de luxe.

Sebastian Vettel salue Lawrence Stroll dans le paddock de Silverstone.

Sebastian Vettel salue Lawrence Stroll dans le paddock de Silverstone.

Photo : Sky Sports / ESPN / TSN

En clair, Stroll père veut vendre beaucoup, beaucoup d’autos à des Allemands fortunés en utilisant Vettel comme ambassadeur de la marque.

Sur la piste, le tandem Stroll-Vettel suscitera-t-il l'enthousiasme? Lance pourra-t-il progresser aux côtés d'un pilote qui ne semble plus le même depuis 2018? On fait la grimace.

Lawrence Stroll se croise les doigts que ses pilotes auront l'envie de repousser l’impossible, comme l’a fait Sergio Pérez à Bahreïn.

Le Mexicain a très sportivement salué Lawrence Stroll après sa victoire. C’est lui qui lui a permis de remporter sa première victoire en F1.

Sergio Pérez de dos salue Lawrence Stroll à Sakhir.

Sergio Pérez (de dos) salue Lawrence Stroll à Sakhir.

Photo : Getty Images / Bryn Lennon

Il lui a peut-être aussi ouvert la porte de l’équipe Red Bull, qui cherche un bon coéquipier pour Max Verstappen.

Comme l’a dit le directeur sportif du championnat, Ross Brawn, après la performance du Mexicain dimanche, « ce serait une tragédie s’il n’était pas en F1 l’an prochain ».

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