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Pat Patterson, le « Yoda » québécois de la lutte professionnelle

Il parle au micro.

Pat Patterson

Photo : Facebook/WWE

Olivier Tremblay

La lutte professionnelle a perdu un géant, mercredi, lorsque le Québécois Pat Patterson a rendu l’âme à l’âge de 79 ans en raison d’une insuffisance du foie.

Patterson, qui a connu une enfance qu’il a lui-même qualifiée d'horrible dans sa biographie Accepted: How the First Gay Superstar Changed WWE (Accepté : comment la première vedette gaie a changé la WWE), a quitté le Faubourg à m’lasse de sa jeunesse avec une valise et un billet de 20 $. Il a transformé cela en un héritage inouï pour le milieu de la lutte, où tout le monde semble profiter, de près ou de loin, de l’influence de Pat Patterson.

Radio-Canada Sports s’est entretenu avec son biographe, Bertrand Hébert.

(L’entretien a été remanié aux fins de clarté et de synthèse.)


Q. On parle beaucoup des qualités de Pat Patterson en coulisses, mais parlons d’abord de Pat Patterson, le lutteur. L’historien Dave Meltzer a affirmé cette semaine qu'il était un des meilleurs lutteurs qu’il avait vus. Est-ce qu’on parle suffisamment de sa carrière dans le ring?

R. La majorité des gens l’ont vu à l’époque où, à la télévision, il jouait les faire-valoir du grand patron Vince McMahon à la World Wrestling Federation (WWF, devenue plus tard WWE pour World Wrestling Entertainment) à la fin des années 1990. Moi, je l’ai vu au début des années 1980 à Montréal, et c’était tout un lutteur. Malheureusement, il n’en reste pas beaucoup d’images. Il reste encore moins d’images de son temps à San Francisco, comme tête d’affiche. Des vidéos de bonne qualité de Pat avec son coéquipier et rival Ray Stevens, il n’y en a pas. Meltzer vivait là-bas. C’est probablement une des personnes vivantes qui a vu le plus de combats de Pat à son apogée. Et c’était un lutteur hors du commun.

Je n’ai jamais discuté avec quelqu’un d’aussi savant que lui. Malgré tout ce que tu pensais connaître de la lutte, avec ses questions et sa vision des choses, il te faisait douter de toutes tes connaissances! Certaines personnes sont talentueuses pour elles-mêmes, pour leur propre personnage, pour leur propre popularité, mais elles n’ont pas nécessairement le talent pour l’enseigner.

Aucun Québécois n’a eu un tel impact sur le monde de la lutte. C’est un personnage qu’on pourra analyser à long terme, parce que le mérite qu’on doit lui accorder pour les succès de la WWE à son apogée, dans les années 1980-1990-2000, c’est énorme.

Bertrand Hébert, biographe de Pat Patterson

La liste de personnes sur lesquelles Pat a eu une grande influence et qui sont devenues des supervedettes, elle est longue, et ce n’est pas n’importe qui. Je ne parle même pas d’un gars comme Hulk Hogan, que Pat a aidé, mais qui avait déjà atteint une certaine notoriété. Tu as Dwayne The Rock Johnson, Shawn Michaels, Bret Hart, Edge, Chris Jericho, Rey Mysterio, Daniel Bryan, ce sont tous des gars que Pat a mis en avant et qu’il a fait, dans une certaine mesure, découvrir à Vince McMahon. Il a pris soin d’eux et leur a montré ce qu’ils avaient besoin de savoir. Jericho l’a surnommé le Yoda de la lutte, d'après le personnage de Star Wars, et, à la lumière de la journée de mercredi, c’est une opinion partagée par tous ceux qui l’ont connu.


Q. Compte tenu de ses antécédents familiaux, à quel point la famille qu’il s’était créée dans ce milieu était-elle cruciale pour lui?

R. Sa relation avec la famille McMahon allait plus loin que le simple rapport employeur-employé. Sur son lit de mort, le père de Vince a demandé à Pat de prendre soin de son fils. Le meilleur ami de Vince, c’est Pat Patterson. Pour la famille, c’est comme un oncle.

Devant un tableau souvenir, il tient un micro.

La WWE a rendu hommage à Pat Patterson lors d'un spectacle à Montréal, en 2015.

Photo : Facebook/WWE

Le monde de la lutte, c’était sa grande famille. Mais il faisait de moins en moins d’événements parce que les déplacements étaient difficiles. C’était dur pour lui d’être loin de ce monde-là. C’est pour ça qu’il allait au bar et chantait au karaoké : il avait un public pour l’écouter et lui donner cette réaction qu’il aimait tant.


Q. Comment naviguait-il entre sa grande éthique de travail et son aussi grande capacité à décrocher dans ses temps libres?

R. Pat n’a jamais été consumé par la lutte comme ça pouvait arriver à certaines autres personnes. Longtemps, c’est Louie, son copain, qui l’a aidé. Quand il était à la maison, il n’était pas une supervedette. C’était un gars bien ordinaire. Louie remettait tout ça en perspective. Les gars, des fois, vont se perdre dans ce vedettariat.

Dans ce monde, la vraie vie peut devenir un peu floue. Mais Pat a toujours gardé la maîtrise de sa vie.

Bertrand Hébert, biographe de Pat Patterson

Il était très fier, à la fin, de la vie qu’il avait eue. Il disait : J’ai commencé dans une famille très pauvre, 11 personnes dans un petit appartement, mon lit était dans le garde-robe, et maintenant, je couche dans les plus grands hôtels du monde. Il trouvait qu’il avait eu une belle vie. Il était prêt à partir. Il ne voulait pas que ça arrive, mais il était prêt.


Q. Patterson a révélé son homosexualité en 2014, puis il en a parlé plus en profondeur dans sa biographie, que vous avez écrite avec lui en 2016. Comment s’est déroulé ce processus?

R. Ça faisait des années qu’on lui poussait dans le dos, à la WWE, pour qu’il écrive son livre. Quand on s’était rencontré au début des années 2010, je lui ai remis un exemplaire de mon précédent livre, À la semaine prochaine, si Dieu le veut : l’histoire inédite de la lutte professionnelle au Québec. Il y a toute une section sur lui, et il a beaucoup aimé ce qu’il a lu. Pour écrire sa biographie, j’avais deux avantages : je pouvais me promener de l’anglais au français, ce que Pat faisait régulièrement, et je connaissais autant Sylvio Samson, son premier promoteur à Montréal, que Dolph Ziggler, qui était lutteur à la WWE à l’époque. Et il a poussé très fort pour qu’on me reçoive en entrevue.

Avant même que j’aie signé quoi que ce soit, on commençait à travailler ensemble. La WWE voulait quelqu’un qui pourrait raconter l’histoire de la vie de Pat, son histoire d’amour de 40 ans avec Louie [qui est mort en 1998], le fait que Pat était gai. Quand tu étais assez proche de Louie et Pat, tu comprenais ce qui se passait, mais jamais ils ne disaient on est gais. Se libérer de ça, dans les dernières années, ç’a été très important pour lui.

Pat voulait parler de lutte, mais il ne voulait pas seulement parler de ça. Il voulait enfin raconter son histoire sans cachette. Mais comme il le disait, il se cachait devant les yeux de tout le monde.

Bertrand Hébert, biographe de Pat Patterson
Deux hommes devant un fond gris

Pat Patterson et son biographe Bertrand Hébert

Photo : Bertrand Hébert


Q. Était-il serein quand il est parti?

R. Oui. Il avait déjà failli mourir, car il avait fait un anévrisme qui était presque de la grosseur d’une balle de baseball. Selon les médecins, il aurait dû être mort. À partir de là, il savait c’était quoi passer proche de la mort, et il profitait de la vie.

Un monsieur de cet âge-là qui ne chiale pas, je n’en connais pas. Il aimait chialer, ça provoquait les conversations. Et avec cette pandémie, le fait qu’il trouvait ça long et plate, c’était un de ses sujets de conversation. Il fallait que ça bouge. Ça prenait de la musique, de la bonne bouffe, de la boisson. C’était ça, la belle vie, pour lui. Si on prend ça sur 79 ans, je pense qu’il dirait qu’au moins depuis l’âge de 20 ans, quand il est parti pour les États-Unis, c’était juste du positif.

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