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Le vaccin ne sort pas encore la LNH du pétrin

Un plan large d'un aréna de hockey bondé de spectateurs, avec un drapeau canadien à l'écran géant.

L'aréna des Flames de Calgary

Photo : Getty Images / Derek Leung

Pendant que la LNH tergiverse toujours derrière les portes closes avec l’Association des joueurs sur la reprise du hockey, la découverte de vaccins contre le coronavirus annonce l’espoir d’un retour des partisans dans les arénas de la ligue, une condition vitale à sa survie. À quoi s'attendre?

De prime abord, les trois experts en santé publique que nous avons consultés ont insisté : la récréation n’a pas encore sonné.

Gary Bettman a assuré, mercredi, maintenir le cap vers un début de campagne le 1er janvier quoique cette date apparaisse de plus en plus précipitée au fur et à mesure que les jours passent. L’idée de la LNH est de retarder son début de saison (et de prolonger sa conclusion) afin de pouvoir accueillir des partisans dans les gradins au printemps et, surtout, pendant les séries éliminatoires.

Selon le site spécialisé Statista, la ligue a tiré 36,6 % de ses revenus aux guichets en 2018-2019. Impossible d’effacer l’encre rouge en tentant de maximiser les autres sources de revenus, sans compter que certains commanditaires qui s’affichent normalement dans les amphithéâtres pourraient être bien plus frileux en 2021.

La logique de la LNH est donc implacable. Sans partisans, point de salut. Le vaccin ouvre une porte vers une sortie de crise, certes, mais l’ouverture est ténue.

Pour Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), ça va prendre un certain temps après la vaccination avant que les spectateurs soient autorisés.

Avant le milieu de l’année prochaine, je ne vois pas comment les choses pourraient changer, a-t-il ajouté.

Benoît Mâsse est un peu plus optimiste que son confrère. Le professeur de médecine sociale et préventive à l'École de santé publique de l'Université de Montréal estime que, sous certaines conditions, il n’est pas impossible que les arénas se remplissent un peu plus rapidement.

Il ne faut pas penser que, pour ouvrir les stades, il faut avoir vacciné 80 ou 90 % de la population. Il faut vacciner ceux qui sont vraiment à risque de se retrouver à l’hôpital, a précisé l'épidémiologiste.

Justement, à quelles conditions? Quelles sont les grandes inconnues? Car il y en a.

Les points d’interrogation

Ils sont nombreux et gâtent la fiabilité des prévisions. Les scientifiques ne sont pas très enclins à se prononcer dans l’incertitude. Mais, parfois, quand on insiste un peu…

Il y a tout d’abord l’efficacité du vaccin. Pour l’instant, les résultats, bien qu’encourageants selon les pharmaceutiques, sont préliminaires et aucune revue scientifique n’a pu les passer au crible.

Quelle sera la durée de l’immunité? Quand arriveront les doses? Y en aura-t-il suffisamment? Les campagnes de vaccination seront-elles au point? Trop de gens refuseront-ils l’injection? Et la liste continue.

Le point d’interrogation que bien des personnes ont c’est, est-ce que ça va prévenir la transmission de l’infection? Est-ce que quelqu’un pourrait être infecté de façon asymptomatique à cause du vaccin, parce que s’il n’avait pas eu le vaccin, il aurait été symptomatique? Et là, il pourrait le transmettre à d’autres, a expliqué Gaston De Serres.

Il y a tellement de points d’interrogation à ce moment-ci que, oui, il y a une lumière à l’horizon, mais on est encore loin du hockey.

Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l'INSPQ

On n’a pas les usines [au Canada], du moins pour [le vaccin de] Pfizer, et Justin Trudeau a donné une fenêtre de trois mois en disant que ça pourrait commencer début janvier, comme ça pourrait commencer début mars. Ça pourrait faire une grosse différence pour le hockey, a expliqué M. Mâsse.

Le problème de la LNH est unique parmi les sports professionnels majeurs en Amérique du Nord. Le baseball et le basketball ont envoyé leur seule équipe canadienne au sud de la frontière pour tenir leur saison, mais la LNH en compte sept. De ce qu’on entend, elle les rassemblerait en une division canadienne pour la saison 2021.

Le second souffle de la pandémie a des effets catastrophiques aux États-Unis, mais bien des ligues poursuivent leurs activités et, dans certains cas, avec des spectateurs. Les différentes autorités locales auront le dernier mot sur la question. Au Canada, le retour risque d’être plus progressif.

Une fois la vaccination entamée, le processus ne fait que commencer. Le plan de vaccination doit être intrinsèquement lié au plan de déconfinement. Un jeu d’équilibriste selon le professeur de l’UdeM.

Aussitôt qu’on saura ce qui est disponible [comme doses], on va voir le plan de déconfinement, mais on ne peut pas commencer à déconfiner en même temps qu’on commence à vacciner. Il va falloir maintenir les mesures qu’on a en place. Il y a un danger à déconfiner trop vite parce qu’on pourrait créer une autre vague d’infections, a prévenu Benoît Mâsse.

Il estime toutefois qu’on saura assez rapidement si le vaccin est sécuritaire et efficace puisque d’autres pays comme le Royaume-Uni, qui amorce la vaccination, et les États-Unis auront à tout le moins six ou sept semaines d’avance sur le Canada. Peut-être davantage.

Tout dépendra donc de la vitesse à laquelle cet exercice hautement complexe se déroulera, en tenant pour acquis, bien sûr, que les doses seront suffisantes et le vaccin, efficace.

Après, les avis divergent. Pour M. Mâsse, les partisans pourront commencer à revenir lorsque le quart de la population aura reçu ses doses.

Si tu as vacciné les 60 ans et plus et les gens vulnérables, tu peux ouvrir. On n’a pas fini, mais on ne va pas attendre d’avoir vacciné tout le monde. C’est de ça que je parle par déconfinement progressif. Si on réussit à vacciner ces gens-là, on vient de prévenir beaucoup de cas graves, de désengorger les hôpitaux et ça devient comme la grippe annuelle.

Benoît Mâsse, professeur de médecine à l'UdeM

Alan Cohen, de l’Université de Sherbrooke, est demeuré un peu plus prudent.

L’immunité collective, ce n’est pas oui ou non, tout ou rien, a expliqué le professeur en médecine. Disons qu’on a 60 % de gens vaccinés, ce ne sera peut-être pas suffisant pour arrêter la transmission. Par contre, ça pourrait de beaucoup diminuer le risque et le nombre de cas. Peut-être qu’on sera prêt à accepter ces risques pour avoir des matchs.

Ce n’est pas impossible, a renchéri M. De Serres. Je pense qu’il reste tellement de points à élucider. Je ne vois pas ces questions résolues à court terme. C’est vraisemblable qu’on va avoir à garder les mesures en place pendant un bon bout de temps, malgré la vaccination. Le temps qu’on voit quel est l’impact, est-ce que la COVID est bien contrôlée. Plus les résultats seront forts et rapides, plus les changements seront faciles à mettre en place.

Exigences

Un récent sondage Ipsos commandé par Radio-Canada démontrait que près du deux tiers des Canadiens entendaient se faire vacciner, mais que, parmi eux, une majorité souhaitait attendre un brin avant de le recevoir.

Pour les hockeyeurs comme pour la plupart des citoyens, s’il y en a qui doutent, la question risque de se régler d’elle-même, selon Benoît Mâsse.

Quelques pays ont commencé à évoquer une éventuelle obligation de vaccination pour entrer sur leur territoire et le président de la compagnie d’aviation australienne Qantas a annoncé que les voyageurs étrangers ne pourront pas monter à bord de ses avions sans preuve de vaccination contre le SRAS-CoV-2.

Imaginez le capharnaüm en perspective pour une ligue de sport professionnel. Les joueurs de hockey dans la fleur de l’âge et en bonne santé seront bien loin dans la liste des priorités gouvernementales.

Ça pourrait prendre sept ou huit mois [pour qu’ils reçoivent le vaccin] après le début de la campagne. Si c’est une exigence pour voyager, ils ne sont pas dans les priorités. Pas sûr qu’on va pouvoir s’acheter des vaccins dans le privé non plus, a conclu M. Mâsse.

Oubliez alors les allers-retours Montréal-Las Vegas en finale de la Coupe Stanley, pour des raisons médicales surtout, mais aussi sportives, avouons-le.

Gary Bettman espère revenir à son canevas habituel dès l’automne 2021. On constate toutefois que cette capacité à voyager est encore loin d’être garantie.

Avant de retrouver la vraie normalité, de chasser ces sombres nuages, il y a de bonnes chances que le commissaire de la LNH se contente de quelques éclaircies. On nous les annonce, sous peu, mais les experts en appellent à un peu de circonspection. De toute façon, qui se fie à la météorologie pour élaborer ses plans?

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