•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le patron du Vendée Globe raconte un sauvetage épique

Un homme en noir dans son bateau

Kevin Escoffier le 24 octobre, à deux semaines du départ du Vendée Globe

Photo : afp via getty images / LOIC VENANCE

Vingt-quatre heures après l’incroyable sauvetage de Kevin Escoffier au Vendée Globe, tout le monde est soulagé. Comment a-t-on vécu ces heures d’angoisse? Le directeur de course, Jacques Caraës, a bien voulu répondre aux questions de Radio-Canada Sports.

Kevin Escoffier a envoyé une balise de détresse lundi, car son bateau coulait. Le plus proche concurrent, Jean Le Cam, s’est dérouté pour lui porter assistance. Dans une nuit noire et une mer démontée, il a aperçu une lueur sur les vagues, c’était le radeau de survie d’Escoffier. Après quelques manœuvres périlleuses, il a fini par le hisser à bord.

Je suis soulagé. C’est le premier sentiment que nous a confié Jacques Caraës, qui en plus, nous confirme que les deux navigateurs vont bien. On cherche maintenant un moyen de pouvoir débarquer Kevin Escoffier pour que son sauveteur puisse reprendre sa course.

C’était une nuit particulière, se souvient-il. Avec mon équipe, on était dans l’impatience de trouver une solution. Bien sûr qu’on aurait préféré que le sauvetage se fasse de jour. En fait, Jean avait vu une fois le bateau de jour, mais le temps de manœuvrer, il n’a jamais pu retrouver, puis la nuit est tombée.

C’était donc pas mal impressionnant pour nous, on ne savait pas exactement quels moyens il avait pour le localiser. On était uniquement reliés sur une petite balise personnelle, une balise qui n’émet pas très loin et l’on avait en plus une mer de cinq à six mètres de creux.

Grâce aux balises et à leurs liaisons, on a pu dérouter Jean vers un nouveau point, mais il faisait nuit noire et en se déplaçant au sud-est de ce point, il a pu voir une lumière. C’était le radeau de Kevin.

Jacques Caraës avoue avoir vécu des moments d’inquiétude, mais qu’il fallait rester très serein et rester positif, car le plus important était de trouver des solutions. En plus de dérouter le bateau de Jean Le Cam, il a fallu aussi dérouter trois autres bateaux pour donner un maximum de chances aux recherches.

Quand le directeur de course a demandé à Jean Le Cam de dérouter, la réponse a été immédiate. Il faut se souvenir que lors de l’édition du Vendée Globe 2008-2009, la quille du bateau de Le Cam s’était brisée et il avait dû rester 14 heures dans son bateau sans pouvoir donner de nouvelles. Vincent Riou a été son sauveur au large du cap Horn.

L'expérience de Jean Le Cam

Le directeur du Vendée Globe attribue surtout la réussite de ce sauvetage à la qualité des deux marins, surtout celle de Jean Le Cam.

Quand il a été dérouté, avec son expérience, il a pu démontrer une réelle efficacité dans nos échanges, dit-il. Il a toujours suivi ce qu’on lui demandait. Il fallait aussi que nous soyons réactifs, car il ne faut pas non plus mettre en danger quelqu’un qui rentre dans une recherche avec en plus des conditions de mer qui était mauvaises.

Il fallait donc adopter un discours sécurisant et surtout ne pas demander l’impossible pour ne pas faire une surenchère de risques. Il y a eu une belle relation, une bonne complicité qui nous amenait à être confiants.

Jacques Caraës, directeur de course du Vendée Globe
Un homme dans son navire

Jean Le Cam est celui qui a sauvé Kevin Escoffier

Photo : afp via getty images / LOIC VENANCE

Il est clair que dans ce sauvetage, les nouvelles technologies ont eu un rôle prédominant. On est très loin de la première édition en 1989, explique Jacques Caraës.

C’est certain que le fait de pouvoir communiquer rapidement est un plus, c’est indéniable. C’est souvent par manque de communication que l’on n’arrive pas à être efficace. Il y a aussi les téléphones satellites et la mise en place de Skype, qui d’ailleurs était là en permanence entre la direction de course et lui, tant qu’on n’avait pas trouvé de solution.

Quand il a vu que Kevin Escoffier était enfin sauvé, un large soulagement et un sentiment d’accomplissement se sont emparés de Jacques Caraës et de toute l’équipe du Vendée Globe.

Ça, c’est notre rôle prioritaire que d’apporter un maximum d’assistance à ces marins-là. Ils comptent sur nous, on parle le même langage. Ils ont notre confiance. Donc, ce soulagement rend encore plus crédible la confiance qu’on maintient entre eux et nous.

Le Vendée Globe a déjà connu deux abandons, ceux de Nicolas Troussel et, surtout, du grand favori, le Britannique Alex Thomson.

Il faut maintenant ajouter le nom de Kevin Escoffier, qui a vu son bateau se briser littéralement en deux. Devant cet accident aussi spectaculaire qu’inédit, plusieurs questions commencent à se poser sur la dangerosité de ces formules 1 des mers qui vont de plus en plus vite, jusqu’à voler au-dessus des vagues.

On sait effectivement que les bateaux vont de plus en plus vite, reconnaît Jacques Caraës.

Ce sont des bateaux qui sont pourtant très aboutis, qui sont très bien préparés. Après, on ne connaît pas la cause exacte de cette avarie qui est très spectaculaire et imprévue, car ce n’est quand même pas courant de voir un bateau se casser en deux à 90 degrés. Il a peut-être heurté quelque chose dans les fonds et que Kevin n’a pas pu diagnostiquer, car ces bateaux font énormément de bruit.

C’est vrai que la mer était puissante et qu’il y a eu peut-être la vague de trop qui n’a pas pu faire tenir la structure du bateau. Mais c’est vrai que cela pose pas mal de questions, mais qu’il ne faut pas tout remettre en question.

Jacques Caraës

« Savoir laisser sa course de côté »

La course continue. On n'en est d’ailleurs qu’au tiers et le pire s’en vient pour les marins et pour les organisateurs.

On rentre maintenant dans ce tunnel compliqué des terres australes entre l’océan Indien et le Pacifique Sud. Il faut qu’on reste concentré, explique le directeur de la course, qui redoute la prochaine étape.

On sait que c’est le passage le plus délicat où l’assistance est compliquée à mettre en place, reconnaît-il. Il n’y a personne ou quasiment personne. Il va falloir compter sur les coureurs entre eux, car c’est ce qui fait la grande valeur de ces courses-là.

Le premier mot d’ordre, c’est de porter assistance à un marin en danger et savoir laisser sa course de côté. Ça, pour moi, c’est important. L’autre soir, quand j’ai demandé à ces trois autres marins de se dérouter pour venir aider Jean, ç’a été immédiat. Et ça, c’est une grande valeur du milieu maritime.

Jacques Caraës
Un homme pose dans une marina.

Jacques Caraës, directeur de course du Vendée Globe.

Photo : afp via getty images / LOIC VENANCE

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !