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Chronique

Hockey Québec et le comité du colonel Sanders

Des chandails de hockey bleus, sur lesquels on retrouve de le logo de Hockey Québec

D'actuels et d'anciens employés de Hockey Québec dénoncent un climat de travail toxique au sein de la fédération

Photo : Hockey Québec

La publication de notre longue enquête sur le climat de travail toxique qui prévaut à Hockey Québec a suscité de nombreuses réactions dans l’ensemble de la communauté sportive québécoise.

Durant la journée de mardi, de nombreux intervenants du milieu du hockey et des représentants d’autres fédérations sportives m’ont appelé ou écrit pour réagir à cette affaire.

Un autre ancien employé de HQ a par ailleurs fourni un intéressant témoignage sur les problèmes internes de la fédération. Nous y reviendrons ultérieurement.

À Québec, la ministre déléguée à l'Éducation Isabelle Charest a réagi dans une déclaration écrite. Elle s’est dite très surprise par les témoignages livrés par les employés de HQ.

Ces travailleuses et travailleurs passionnés et dévoués doivent pouvoir évoluer dans un climat sain, dans lequel elles et ils prennent plaisir à travailler. Nous allons poser les questions nécessaires et obtenir les explications qui s’imposent pour faire la lumière sur cet enjeu, a-t-elle fait savoir.


Au bout du compte, c’était la réaction des dirigeants de Hockey Québec qui était la plus attendue.

Très rapidement mardi matin, HQ a diffusé un communiqué annonçant la mise en place d’un comité indépendant qui sera chargé d’enquêter sur la qualité des relations de travail à Hockey Québec.

Ce comité sera dirigé par un avocat retraité expérimenté en relations de travail, Me Michel B. Fournier, a dit le président du conseil d’administration de HQ, Yve Sigouin.

Me Fournier a notamment été bâtonnier du barreau de Laval au cours de sa carrière.

Sa nomination a été annoncée à une vitesse fulgurante, un peu comme si on avait eu sa carte professionnelle à portée de main. Et surtout, comme si on avait voulu couper l’herbe sous le pied d’une tierce partie (une ministre par exemple) qui aurait eu envie de nommer, justement, des experts indépendants pour découvrir pourquoi un tel chaos existe au sein de l’une des plus importantes fédérations québécoises.


Or, si la ministre Charest a véritablement l’intention d’assainir le climat et le fonctionnement de Hockey Québec, elle n’aura d’autre choix que de lancer ses propres experts indépendants dans la mêlée.

Michel B. Fournier est probablement qualifié pour faire le travail, mais la crédibilité de sa démarche est entachée avant même qu’elle commence parce que, justement, son mandat lui a été donné par le conseil d’administration de Hockey Québec.

Le conseil d’administration de HQ est tout sauf une partie neutre dans cette affaire. On ne peut pas embaucher et choisir soi-même celui qui enquêtera sur nos propres actions. C’est un conflit d’intérêts à la fois flagrant et majeur.

C’est un peu comme si le colonel Sanders choisissait le président d’un comité chargé d’enquêter sur les plaintes des poulets.


Interrogé dimanche dernier dans le cadre de notre enquête, Yve Sigouin a lui-même confirmé qu’il a quotidiennement les deux mains dans les opérations de la fédération.

Il se fait un devoir de parler tous les jours au directeur général Paul Ménard pour savoir ce qui se passe au bureau. Il se décrit comme un homme de terrain qui va jusqu’à prendre les appels des membres de la fédération pour répondre à leurs questions. Il dit consacrer plus de 30 heures par semaine à ses fonctions.

Quand on lui a expliqué l’inacceptable réalité que disent vivre les employés de HQ, M. Sigouin n’a pas sourcillé une seconde. Il a répondu que les employés de HQ sont très bien traités, mais qu’ils sont malheureusement habitués à travailler en pantoufles et d’être gérés comme les professeurs d’une école publique. (Ce qui, en passant, est extrêmement condescendant envers les membres du corps professoral.)

Avouons qu’il est assez fantastique de voir Yve Sigouin arriver 48 heures plus tard, revêtu d’une cape blanche, pour annoncer la création d’un comité indépendant... dont il a lui-même choisi le responsable.

Dès que l’information m’a été communiquée, j’ai informé mon conseil d’administration de cette situation que nous prenons très au sérieux, a écrit M. Sigouin dans le communiqué diffusé mardi.

Après avoir lu les récits d’horreur colligés dans notre enquête, il a tellement pris la situation au sérieux qu’il ajoute deux phrases plus tard : Cela ne remet aucunement en question notre confiance envers le directeur général Paul Ménard, et notre appui aux décisions difficiles qu’il a eu à prendre durant son mandat.

Si ce n’est pas du pur cynisme, ce n’en est pas bien loin.

Et dans le même communiqué, le même Paul Ménard censé faire l’objet d’une enquête indépendante se réjouit du fait que le comité formé par son plus féroce allié permettra de clarifier les événements et d’éviter les malentendus.

Il parle à une assemblée devant un micro.

Paul Ménard, directeur général de Hockey Québec, a été nommé à ce poste en 2016.

Photo : Courtoisie / Hockey Québec

Encore là, un minimum de jugement suffit pour comprendre que lorsque les employés fuient à pleine porte et craignent pour leur santé mentale, le stade du simple malentendu a été franchi depuis longtemps.


Bref, en publiant cet invraisemblable et incroyable communiqué mardi matin, les dirigeants de Hockey Québec ont fait la preuve, par mille, que ce n’est pas un problème de relations de travail qui ronge leur organisme.

C’est clairement un problème de gouvernance. Et que, tout aussi clairement, il s’agit d’un sérieux enjeu qu’ils ne sont pas capables de régler eux-mêmes.

Parmi les dizaines et dizaines d’intervenants auxquels j’ai parlé durant cette enquête et après sa publication, la gouvernance de HQ a d’ailleurs été établie comme la plus criante faiblesse de la fédération.

J’y reviendrai ultérieurement.

En attendant, il faut que la ministre Charest mette fin à cette mascarade et qu’elle nomme elle-même des experts indépendants qui lui dresseront rapidement un portrait de la situation et qui lui proposeront les bons remèdes à apporter.

La raison en est bien simple : il n’y a personne d’autre qu’elle qui puisse le faire.

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