•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un virage majeur pour Cyclisme Canada

Il sourit à la caméra, sur son vélo.

Pierre Laflamme, président du C. A. de Cyclisme Canada

Photo : Courtoisie / Cyclisme Canada

Michel Chabot

Cyclisme Canada (CC) dévoilera bientôt son nouveau plan stratégique qui prévoit un virage majeur dans son approche du vélo. Radio-Canada Sports en a discuté avec Pierre Laflamme, président du conseil d’administration de la fédération canadienne, un véritable passionné de son sport.

En poste depuis 2018, Pierre Laflamme est le premier Québécois à occuper ce poste après Marc Lemay 26 ans auparavant. Évidemment, il était impossible de ne pas d'abord parler de la récente sortie d'Hugo Houle qu’il connaît bien, j’étais un coureur quand j’étais jeune pour Jean-Yves Labonté, alors nous venons tous les deux de la même école.

Les deux hommes ont des contacts fréquents et ils ont d’ailleurs échangé vendredi matin quant à ce que Houle perçoit comme un manque de respect pour le vélo de route.

Ma discussion avec Hugo a été franche et honnête, a d’abord répondu M. Laflamme, 62 ans. C’était une discussion transparente sur les enjeux du cyclisme sur route. C’est un gars que je consulte tout le temps parce que je ne veux pas être dans ma tour en haut et ne pas savoir ce qui se passe sur le plancher.

Même si je voulais le blâmer pour cette sortie-là, il avait raison, a-t-il dit. Le communiqué est sorti tout croche. Quand je l’ai vu, j’ai failli perdre connaissance. Moi aussi je me suis dit : "Il ne parle pas de la route, j’espère que personne ne va accrocher là-dessus." Bien entendu, Hugo a accroché là-dessus. Il est capable d’être prime. Mais il y a de la volonté de faire quelque chose avec le vélo de route parce qu’ils sont obligés de m’écouter tant que je serai là.

Hugo Houle

Hugo Houle

Photo : Getty Images / GREG BAKER

Puis, avec une anecdote savoureuse, Laflamme a bien illustré à quel point il se soucie des athlètes et de leur bien-être.

Hugo arrive avec Antoine (Duchesne) aux Championnats du monde en Norvège en 2017. Ils sont tous les deux à l’aéroport et personne n’est allé les chercher. Ils se disent : "On a chacun deux vélos, que veux-tu qu’on fasse? Nous sommes de grands garçons, on se trouve un taxi et on s’en va à l’hôtel." À leur arrivée, les camionnettes de Cyclisme Canada sont stationnées juste devant l’hôtel et à l’intérieur, dans le bar, les gars de la direction sont en train de prendre une bière.

Alors, l’année passée, je suis allé à mes premiers mondiaux, dans le Yorkshire, je me suis fait un devoir d’aller chercher tous les athlètes à l’aéroport. Je faisais ça avec Louis Barbeau à titre bénévole. Ça me donne un contact avec eux. C’était très drôle de voir la face de Hugo quand il a vu que c’est moi qui conduisais.

Pierre Laflamme, président du C. A. de Cyclisme Canada

Situation précaire

Ce comptable agréé de formation a rapidement fait face à un grand défi quand il a été élu à la tête du conseil d’administration de la fédération nationale. Il lui fallait redresser les finances.

C’est une organisation qui était passée de 2 millions de dollars de chiffres d’affaires à 10 millions, mais il n’y avait pas d’états financiers qui permettaient de suivre les opérations de façon précise et rationnelle, a expliqué le président. Ça faisait cinq ans que Cyclisme Canada faisait des déficits et elle était en faillite technique. C’était plus gros que ce que je m’imaginais.

L’année dernière, nous avons fait un surplus de 538 000 $ sans couper les services aux athlètes, mais en faisant attention à nos dépenses. Quand on s’est mis à faire des recherches, on a découvert des endroits où faire des économies substantielles.

Une stratégie fédératrice

Cyclisme Canada entre maintenant dans une importante phase de mutation. Sa philosophie du sport et son approche globale seront complètement transformées dès l’année prochaine. Le nouveau plan stratégique préparé pendant deux ans vient secouer les fondations de l’organisme, mais a été bien reçu par la majorité de ses employés.

D’abord, plutôt que de travailler en vase clos, les dirigeants et les entraîneurs de toutes les disciplines devront maintenant collaborer.

Avant, tout le monde travaillait de son côté, le BMX, le cyclocross, la piste, la route, le vélo de montagne… Il n’y avait pas d’unité, c’était comme si elles étaient toutes de différentes fédérations. Si quelqu’un de la piste trouvait un élément pour être plus rapide, que ce soit un skinsuit ou des essais en soufflerie, ce n’était pas partagé avec les autres disciplines. Alors, c’est ce qu’on met en place, il faut que tout le monde travaille ensemble.

Une telle collégialité peut paraître un concept simple à appliquer. Toutefois, elle ne sera pas facile à implanter. Changer les habitudes d’une entreprise ne se fait jamais sans quelques grincements de dents.

Une fédération sportive c’est une bureaucratie avec de gros ego. Alors, les gens n’aiment pas que quelqu’un d’autre vienne voir ce qu’ils font. Ils n’aiment pas se faire questionner. Là, on essaie de les embarquer dans un système où ils ont avantage à se faire remettre en question l’un et l’autre, à partager les secrets de bonnes performances, de préparation physique et psychologique.

Pierre Laflamme, président du C. A. de Cyclisme Canada

Sur le plan purement sportif, le Canada veut imiter ce qui se fait en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, en Australie ou en Grande-Bretagne, soit d’avoir des athlètes qui prennent part à plus d’une seule discipline.

Il y a une grande similitude entre les athlètes d’endurance sur la piste et ceux de la route. Certains vont faire des compétitions dans les deux domaines. Nous allons embarquer des athlètes de route dans le programme d’endurance, comme ça, À nous le podium nous donne du budget pour les entraîner et ça nous permet de développer un programme de route qui nous coûte moins cher parce qu’on a quelques athlètes pris en charge par le programme d’endurance.

Démocratiser la pratique du cyclisme

Autre pilier majeur de la stratégie canadienne, la démocratisation du vélo. Rendre ce sport plus accessible aura des effets bénéfiques certains, croient les patrons de CC.

Nous voulons avoir des programmes dans les écoles pour former les cyclistes, un peu comme ce que Vélo-Québec fait et l’appliquer dans toutes les provinces canadiennes. En Colombie-Britannique, ils ont lancé ça et ils ont un succès retentissant. Nous voulons avoir un plus gros pipeline parce qu’on sait que 1 % des cyclistes vont percer. Alors au lieu d’avoir 1000 athlètes intéressants, si on en a 10 000, on a plus de chances d’être compétitif à l’international.

C’est un plan de 10 ans, pas de 4 ans. Dans 4 ans, nous allons effleurer les bénéfices de ce plan-là. Kevin Field en a été l’architecte. Il a travaillé en collaboration avec Peter Keen, qui avait élaboré le plan britannique. C’est ce qui s’est fait aussi en Grande-Bretagne, démocratiser le cyclisme pour que tout le monde se sente impliqué. Il y a plus d’adeptes, et la population est derrière les athlètes. Ici, ce qu’on entend, c’est que tout le monde applaudit Hugo, tout le monde trouve que c’est extraordinaire, mais que font-ils pour changer le cyclisme? Absolument rien. Est-ce que les gens font des contributions financières à Cyclisme Canada? Absolument pas. Est-ce qu’ils donnent du temps à leur équipe locale pour aider les jeunes? Absolument pas. C’est cette mentalité-là qu’il faut changer.

Et qu’en est-il de l’approche du programme À nous le podium, chargé de cibler les espoirs de médailles et qui investit 10 fois plus dans le vélo sur piste que sur la route?

Ce qui est un peu tannant avec À nous le podium et que je reproche au système, c’est que nous nous considérons des experts et on sait où on devrait mettre notre argent pour en tirer le plus de bénéfices possible. Eux aussi ont leurs propres experts et les deux groupes ne s’entendent pas toujours sur la façon de dépenser les budgets. Ils nous disent qu’ils ont une approche multidisciplinaire, qu’ils sont capables de comparer, mais ça prendrait une meilleure intégration entre À nous le podium et nos spécialistes. J’aimerais que nos relations soient meilleures. On pourrait travailler plus main dans la main et accomplir plus de choses. Avec notre nouveau directeur de la haute performance, nous allons travailler fort de ce côté-là.

Ce nouveau directeur sera connu, au plus tard, dès le début de 2021.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !