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Chronique

Diego Maradona n'était pas censé mourir

Un joueur porté par ses coéquipiers soulève un trophée.

Diego Maradona avec le trophée de la Coupe du monde en 1986

Photo : bongarts/getty images / Bongarts

Olivier Tremblay

Vers la fin du documentaire d’Emir Kusturica sur sa personne, Diego Maradona se penche vers le cinéaste : « Emir, sais-tu quel joueur j’aurais été si je n’avais pas pris de cocaïne? Nous sommes passés à côté de tout un joueur! »

Diego Maradona est mort, mercredi, après 60 années d’une vie de réussites et de travers. Le plus grand joueur de son époque, peut-être de tous les temps, un footballeur magnifique qui a couché des milliers d’œuvres d’art sur les pelouses du monde. Un Van Gogh qui a osé penser qu’il aurait pu peindre le ciel s’il n’y avait pas eu l’absinthe.

C’est sur les terrains vagues de la banlieue défavorisée de Buenos Aires qu’El Diego s’est lié d’amitié avec le ballon rond. Il y est resté rigoureusement fidèle toute sa vie. S’il a acquis au cours de sa jeunesse un certain dédain des règles, il n’a jamais voulu tromper le foot. Le jeu, comme il l’avait dit en 2001, ne devait pas payer pour ses fautes.

Il saute avec sa main gauche près de sa tête.

La fameuse main de Dieu de Diego Maradona lors du quart de finale de la Coupe du monde de 1986 entre l'Argentine et l'Angleterre.

Photo : Getty Images

Même sa plus belle création était imparfaite. Cette Coupe du monde de 1986, ce match contre les Anglais, ces deux buts entrés dans l’histoire pour des raisons tout à fait différentes. Son but inscrit de la main de Dieu, suivi du but du siècle marqué en passant à travers toute l’équipe anglaise ou presque.

Quatre ans après la victoire britannique contre l’Argentine dans la courte guerre des Malouines, Maradona, provocateur, rappelait à l’adversaire qu’il pouvait le battre à sa manière. En se moquant des règles, qu’elles soient écrites ou non. On n’est pas censé toucher le ballon de la main. Mais on n’est pas non plus censé jouer comme un gamin plus futé que les autres sur un terrain vague en plein quart de finale d’un Mondial, et encore moins gagner de la sorte.

Les entorses aux règles plus fondamentales de l’existence – la sobriété, la fidélité, l’épargne, les bonnes fréquentations – ont nécessairement contribué à son déclin. La carrière internationale de Maradona prend fin dans la tourmente avec un test antidopage positif à la Coupe du monde de 1994.

C’est la suite logique de problèmes de consommation qui le hantent alors depuis une dizaine d’années. D’autres seraient cloués au pilori pour de telles frasques. Maradona provoque plutôt le chagrin d’une nation, ce jour de l’été 1994. Ça n’empêchera en rien la création, quatre ans plus tard, d’une Église de Maradona.

Il aura fourni au peuple argentin certaines de ses plus grandes émotions, à commencer par ce titre de champion du monde de 1986, et c’est bien ce qui explique l’ampleur de son désarroi aujourd’hui.

Le pibe de oro aurait pu se décrire en statistiques ou en termes techniques. Ses deux improbables championnats à Naples, tous ses buts avec Boca Juniors ou Barcelone, ses dribles, ses changements de direction. Mais il se décrivait d’abord et avant tout en sentiments et en sensations.

Quel joueur aurait-il pu être? Est-il si important de chercher une réponse à cette question quand il a déjà procuré à des millions de personnes les émotions les plus fortes possible?

Jusqu’à la fin, à tort ou à raison, il aura été ce jeune garçon impétueux pour qui les conventions ne sont que des suggestions. Jusqu’à la toute fin. N’en déplaise à Nietzsche, Dieu n’est pas censé mourir, après tout.

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Un joueur en bleu s'apprête à tirer

Diego Maradona meurt à 60 ans

Photo : afp via getty images / STAFF

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