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Les sportives d'élite et la conciliation travail-famille

L'athlète enceinte marche sur une piste d'athlétisme.

Alysia Montano se prépare pour le 800 m d'une compétition, à Sacramento, en Californie.

Photo : Getty Images / Ezra Shaw

Christine Roger

La semaine dernière, la FIFA annonçait l'instauration de congés de maternité pour les joueuses enceintes. Ailleurs dans le monde du sport, qu'a-t-on fait pour faciliter la conciliation travail-famille des athlètes de l'élite? Quelles organisations en ont fait un cheval de bataille? Tour d'horizon.

Dans plusieurs cas, il aura fallu que des athlètes de pointe choisissent de fonder une famille à l’apogée de leur carrière pour qu’un changement de culture s’amorce. Au soccer, on pense notamment aux Américaines Alex Morgan et Sydney Leroux, qui ont renoué avec la compétition après avoir eu des enfants.

Il y a aussi eu plusieurs joueuses de tennis qui ont eu des enfants pendant leur carrière, mais les changements réels sont arrivés avec les grossesses de Victoria Azarenka et, surtout, de Serena Williams.

Williams était enceinte de huit semaines lorsqu’elle a remporté les Internationaux d’Australie en 2017. Rien ne lui garantissait alors de retrouver sa place à son retour. La WTA a annoncé en juin 2018 que les joueuses auraient dorénavant une période de deux ans pour revenir au jeu tout en conservant le classement qu’elles détenaient.

C’est ce classement spécial qui leur aura finalement permis d’obtenir des places dans le tableau principal de tournois du grand chelem (Roland-Garros pour Williams, l'Australie pour Azarenka).

L’Union cycliste internationale (UCI) a aussi adopté des mesures de conciliation travail-famille. Depuis le début de l’année 2020, une clause pour congé de maternité figure dans les contrats unissant les coureuses aux différentes équipes du WorldTour. Les athlètes peuvent notamment être payées durant huit mois, dont trois à plein salaire. Il s’agit d’une progression majeure dans un sport historiquement dominé par les hommes.

C’est aussi en 2020 que la WNBA a choisi (Nouvelle fenêtre) d'améliorer de façon importante les conditions de ses joueuses. Pour la première fois, leur salaire moyen se situe dans les six chiffres, à environ 130 000 $. De plus, les congés de maternité sont entièrement payés et un appartement de deux chambres à coucher est aussi garanti par la ligue pour les joueuses ayant une famille.

En triathlon, la Professional Triathletes Organisation (PTO) a été créée en 2019 et, déjà, elle a adopté une politique en matière de congés de maternité. Les professionnelles peuvent maintenant prendre jusqu’à 15 mois de congé, du début de la grossesse jusqu’à six mois après la naissance. Elles sont payées chaque mois et leur classement demeure inchangé pendant leur absence.

L’organisation a aussi implanté un congé parental permettant à tout athlète de s’absenter jusqu’à quatre mois sans que son classement ou ses bonis soient touchés.

Certains événements ont aussi choisi d’adopter leurs propres mesures de conciliation travail-famille, indépendamment des instances sportives dont ils relèvent. C’est le cas notamment de deux ultramarathons, le Western States Endurance Run et le Hardrock 100, qui permettent maintenant à des femmes qui seraient tombées enceintes après s'être qualifiées de reporter leur participation pendant un maximum de trois ans.

Les commanditaires

Les organisations, fédérations et ligues sportives appuient de plus en plus les athlètes dans leur désir de fonder une famille, mais les choses se compliquent parfois avec les commanditaires, dont elles dépendent souvent pour poursuivre leur carrière.

Une femme sur une piste d'athlétisme en compétition

Alysia Montano lors des Championnats américains en 2014.

Photo : Getty Images / Andy Lyons

En 2019, la spécialiste du 800 m Alysia Montano a signé une lettre ouverte dans le New York Times (Nouvelle fenêtre) afin de dénoncer le manque de protection dans les contrats de commandites. Son message était limpide : les athlètes sont punies pour être tombées enceintes.

Elle a été surnommée la coureuse enceinte après avoir participé aux Championnats américains d’athlétisme à son huitième mois de grossesse en 2014.

Je tentais de me remettre de ma grossesse afin de revenir à la compétition lorsqu’Asics m’a menacée de cesser de me payer. J’étais en furie. J’étais fâchée du fait qu’il n’y avait aucune politique en place pour me protéger, mentionnait-elle dans la vidéo publiée sur le site du New York Times.

Dans cette vidéo, elle révélait que lorsqu’elle avait annoncé à son commanditaire Nike qu’elle voulait un enfant, l'entreprise lui avait dit qu’elle cesserait alors de la payer. Elle a donc quitté Nike afin de se joindre à Asics. Afin de respecter son contrat, elle a notamment dû mettre des bandages adhésifs afin de rapprocher ses abdominaux.

Une vague de dénonciations s’en est suivie. Plusieurs athlètes, dont la marathonienne américaine Kara Goucher, ont avoué avoir subi le même traitement de la part de Nike. Rapidement, d’autres équipementiers, comme Nuun, Altra, Brooks et Burton, ont affirmé publiquement qu’ils ajouteraient de nouvelles clauses à leurs contrats.

La sprinteuse sextuple médaillée d’or aux Jeux olympiques Allyson Felix a aussi publié une lettre dans le New York Times (Nouvelle fenêtre) afin de dénoncer les pratiques de Nike.

Sous pression, Nike finalement a annoncé que des clauses protégeant les athlètes féminines seraient renforcées dans les contrats et que celles qui décideraient d’avoir un enfant seraient admissibles à une aide financière de 18 mois, pendant la grossesse et après la naissance de l’enfant.

Force est d’admettre qu’il y a encore du chemin à faire en matière de conciliation travail-famille pour les sportives. En mai dernier, CBC Sports révélait (Nouvelle fenêtre) que parmi 20 fédérations canadiennes contactées, six seulement affirmaient avoir des politiques basées sur le modèle de Sport Canada. Les autres fédérations n’ont pas voulu émettre de commentaires.

Encore aujourd’hui, de nombreuses athlètes ont l’impression que grossesse et sport de haut niveau demeurent des incompatibles. La majorité choisit donc de mettre son rêve de fonder une famille en veilleuse, jusqu’à leur retraite.

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