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Marie-Eve Dicaire : un an sans se battre

Une boxeuse et son entraîneur se serrent dans leurs bras sur le ring.

Marie-Eve Dicaire et son entraîneur Stéphane Harnois

Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

Jean-François Chabot

Marie-Eve Dicaire n'a pas boxé depuis un an. La championne des super-moyennes de l'IBF trouve la façon de rester motivée en attendant d'obtenir le combat d'unification tant espéré face à l'Américaine Claressa Shields.

La Québécoise conserve le sourire. Cette grande hyperactive reconnaît avoir connu des moments de doute, au point de se demander si elle remonterait un jour dans un ring.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada Sports lundi, jour marquant le premier anniversaire de son dernier combat, Dicaire s'est livrée sans retenue pour aborder les moments difficiles qu'elle a traversés depuis le début de la pandémie et ce qu'elle a fait pour éviter de se laisser décourager.

Elle nous parle de sa gestion du temps et de l'attitude qu'elle conserve contre vents et marées face aux nombreux reports de son combat contre Claressa Shields, détentrice des ceintures du WBC et de la WBO.


Q. - Un an s’est écoulé depuis ton dernier combat. Comment vis-tu cette longue période d’inactivité?

R. C’est vraiment par période. Il y a des moments où c’est difficile, d’autres où c’est un peu plus facile. Dans mon cas, ce qui est particulier, ce n’est pas comme si on m’avait dit : "Tu vas boxer juste un an plus tard." Ç’a toujours été reporté (le combat contre Shields) à courte échéance.

Je suis en mode camp d’entraînement dans ma tête depuis maintenant presque 12 mois, parce qu’on avait commencé au mois de décembre, l’année dernière. Je vis des hauts, je vis des bas par rapport à ça.

Par contre, ce qui me permet de bien vivre ça, c’est que je m’attache au moment présent. Je suis une fille qui s’implique dans plein de projets. J’ai collaboré à l’écriture d’un livre de la série Raconte-moi, je suis devenue chroniqueuse à la radio et aussi conférencière. Je me promène dans les entreprises corporatives pour parler de persévérance, de réussite.

Ces projets me permettent de continuer et de foncer parce que j’ai l’impression que j’avance quelque part.


Q. - Ton entraîneur Stéphane Harnois dit que le plus difficile n’est pas de te motiver, mais de t’arrêter…

R. Oui (rires). C’est sûr que je suis overachiever dans la vie. Je suis une fille qui doit réussir, qui doit performer, qui doit toujours donner son 100 %. Pour moi, c’est impensable d’arriver au gymnase démotivée, et de ne pas me donner à 100 % à chacun des entraînements.

C’est sûr qu’il y a des fois où je suis dans la voiture et où ça commence à être difficile. Mais, pour moi, il y a comme un déclic qui se fait quand je quitte la voiture et que je commence l’entraînement. Je suis là à 100 %. Je suis concentrée.

Ce qui est dangereux, comme on enchaîne les camps d’entraînement, c’est propice au surentraînement, c’est propice aux blessures. C’est vraiment un travail colossal que font les entraîneurs de me retenir un peu, parce que dans ma tête, dans ma personnalité, je ne suis pas capable de faire ça moi-même.


Q. - Quand on est athlète professionnel, le sport est notre gagne-pain. Si tu ne montes pas dans le ring, les sous ne sont pas là. Comment est-ce que tu t’arranges depuis un an sans revenus?

R. Ce qui est difficile, c’est que comme malheureusement plusieurs entrepreneurs, plusieurs personnes qui ont perdu beaucoup dans la pandémie, on travaille, on économise, on met de l’argent de côté pour réaliser des projets, réaliser des rêves. Dans des situations comme celle que l’on vit, cette banque-là commence à diminuer.

À un moment donné, il va falloir que je remonte dans le ring. Par contre, j’ai la chance d’être bien encadrée et d’être bien structurée. J’avais un peu prévu l’imprévisible. C’est sûr que c’est dommageable parce qu’on ne veut pas que tout cet argent passe dans notre vie quotidienne. On veut vraiment l’utiliser pour des projets. Dans ce cas-ci, ça m’a sauvée un peu.

Comme je le mentionnais, j’ai d’autres avenues. Je réussis à bien m’en tirer comme ça, mais l’athlète en moi a besoin de remonter dans le ring, non seulement sur le plan financier, mais sur le plan de l’émancipation. Je dois être capable de faire ce combat-là. Je ne veux pas avoir travaillé toutes ces heures, avoir fait tous ces sacrifices, pour finalement dire que ça ne me tente plus de faire ce combat. Pour moi, j’ai tout fait ça et c’est le temps que je monte dans le ring.


Q. - Peux-tu donner un exemple de sacrifices ou de compromis que tu as dû faire pour ton entraînement parce que tu n’as pas les ressources pour faire exactement comme d’habitude?

R. J’ai une équipe de professionnels qui travaillent avec moi : ostéopathe, thérapeute, podiatre. Malheureusement, pendant le confinement, pendant que ces services n’étaient pas accessibles, on continuait à s’entraîner. De petits bobos, de petites blessures sont apparus, qui en temps normal ne seraient pas apparus parce que j’aurais eu accès à des traitements, à des soins.

J’ai dû passer par des épisodes de douleur et de blessures que je n’aurais pas eu besoin de faire. On aurait pu prendre quelques jours ou quelques semaines de repos. Mais comme mon combat a toujours été reporté à courte échéance, on se disait qu’on n’avait pas le temps de prendre ça, qu'on le guérirait après le combat.

Deux boxeuses sur une affiche promotionnelle

L'affiche promotionnelle du combat à venir entre Claressa Shields et Marie-Eve Dicaire

Photo : Courtoisie Salita Promotions


Q. - On parle du mois de janvier pour l'affrontement avec Claressa Shields. Showtime est de retour dans le décor pour la télédiffusion. Qu’est-ce qui te fait croire que cette fois-ci pourrait être la bonne?

R. Absolument rien (rires). Je vais être honnête avec toi, je n’ai pas l’impression que cette fois-ci plus qu’une autre va être la bonne, parce que dans le cas de la dernière date, on parlait de décembre et on avait même fait la pesée de 30 jours (avant le combat). J’ai vraiment cru que cette fois-là était la bonne. J’étais vraiment convaincue. Donc, dans ce cas-ci, je me rattache au moment présent. En ce moment, j’ai une tâche à accomplir, en ce sens où je dois rester en forme. Je dois être dans le gymnase. Je dois peaufiner les petites choses.

Ce qui me motive derrière tout ça, c’est que récemment, j’ai pu m’entretenir avec Yvon Michel et Mark Taffett, qui est l’agent de Claressa Shields. Ils ont témoigné leur volonté de faire ce combat-là. Ils étaient avec nous dans tout ça.

Ce qui me faisait peur dans tout ça était que j’avais parfois l’impression que Claressa ne voulait pas ce combat et qu’elle faisait tout pour m’éviter. Ça devenait un peu démotivant. De notre côté, on faisait tout pour que ce combat arrive. De leur côté, ça semblait un peu chambranlant.

Mais il (Taffett) nous a confirmé que Claressa voulait ce combat. Pour moi, ç’a été l’élément déclencheur. Ça m’a permis de regagner ma motivation en disant qu’on avait maintenant deux boxeuses et deux promoteurs consentants. Il s’agit juste de trouver une façon de faire ça, de faire en sorte que ça arrive.


Q. - La situation sanitaire aux États-Unis étant ce qu’elle est, Yvon Michel a laissé entendre que s’il y avait une possibilité de faire ça au Québec, les gens de Showtime n’hésiteraient pas. As-tu eu des échos dans ce sens-là?

R. C’est sûr que ç’a été dans les pourparlers. Ç’a été parmi les choses qui ont été soulevées. Mais j’y ai cru si souvent que je préfère ne pas me faire de faux espoirs. Je ne me fais plus d’attente et j’ai beaucoup moins de déceptions aussi. Par contre, c’est sûr que si ça arrivait de dire que ce combat-là aurait lieu au Québec, ce serait une façon de me récompenser pour toutes mes heures et mes sacrifices et mon attente interminable en vue de ce duel-là.

Elle sourit.

Marie-Eve Dicaire n'a jamais cessé de s'entraîner.

Photo : Associated Press / Courtoisie Marie-Eve Dicaire - Facebook


Q. - Avec la sortie de Raconte-moi Marie-Eve Dicaire, tu dois espérer que le dernier chapitre de ta carrière n’ait pas déjà été écrit.

R. Pour moi, ce livre n’est pas vraiment une biographie. Ce livre est l’histoire de mon parcours, de mes débuts dans les arts martiaux à la conquête de mon championnat du monde. Pour moi, écrire une biographie à 34 ans, ça n'a aucun sens. Je n’ai pas fait le quart de tout ce que je voulais faire dans la vie.

Une biographie, t’en écris une juste une fois. Il n’y a pas 850 tomes à une biographie. Par contre, je trouve que c’est une belle histoire inspirante. Peut-être que plusieurs jeunes, des ados à qui le livre s’adresse, peuvent se rattacher à des modèles, à leur histoire, se retrouver et aller chercher une source de motivation.

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