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LNH : de la tension dans l’air

Il s'adresse aux journalistes lors d'une conférence de presse.

Le commissaire de la LNH Gary Bettman

Photo : Associated Press / Charles Krupa

Un agent a parlé de « fin de non-recevoir ». Un joueur évoque « la colère » parmi les siens. D’autres ont préféré garder le silence dans un contexte jugé sensible. Il y a de la tension dans l’air entre la LNH et les joueurs à quelques semaines du coup d’envoi espéré de la saison.

En pleine pandémie, la ligue et l’association des joueurs ont négocié une prolongation de quatre ans à la convention collective l’été dernier. Un contrat de travail qui tiendra au moins jusqu’à la fin de la campagne 2025-2026 et probablement un an de plus.

Quatre mois plus tard, les informateurs les mieux branchés du circuit ont révélé cette semaine le désir de la LNH de revoir certaines clauses de l’entente pour, tout simplement, se maintenir à flot et être en mesure de présenter une saison.

D’un côté, l’on dit que la baisse majeure des revenus découlant de ce mal qui afflige le monde entier et plombe le dynamisme de nombreux secteurs d’activités avait été prise en considération lors de cette négociation et qu’il n’y a donc pas lieu de rouvrir le débat.

Quand c’est signé, c’est signé, tu ne peux pas revenir sur ta parole, a dit Marc-Édouard Vlasic, lundi, de passage au balado Tellement Hockey.

De l’autre, les propriétaires en mal de liquidités demandent des concessions salariales aux joueurs, ce qui a été très mal reçu.

Dans la nouvelle convention, les joueurs ont accepté de prêter 10 % de leur salaire aux propriétaires lors de la prochaine saison. Un paiement différé qui leur reviendra dans quelques années. Le pourcentage placé en fidéicommis (communément appelé l’escrow), destiné à équilibrer le partage des revenus à la fin de l’année, sera de 20 % en 2020-2021, 18 % en 2021-2022, 10 % l’année suivante et baissé à 6 % pour les trois dernières saisons que couvre l’entente.

Voilà les paramètres de base.

Mercredi, le réseau Sportsnet rapportait les nouvelles demandes des propriétaires, déclinées en deux options, présentées aux joueurs en début de semaine.

Première option : un paiement différé des salaires de 20 % (au lieu de 10) et un montant en fidéicommis de 25 % (au lieu de 20). Ces modifications seraient valables uniquement la saison prochaine et feraient en sorte que les joueurs toucheraient 60 % de leur salaire.

Deuxième choix : une retenue sur le salaire de 26 % la saison prochaine à payer en différé et une augmentation lors des saisons de 4 à 6 (2023-2026) qui passerait de 6 % à un taux entre 8,5 et 9 %.

C’est un non catégorique. Les joueurs sont fâchés. Tout ça a été négocié il y a quatre mois […] Ce n’est pas comme si ces clauses avaient été négociées avant le début de la pandémie. Tout ça a été négocié sachant qu’il y avait une chance qu’on jouerait sans spectateurs une bonne partie de la saison. Différents scénarios (du pire au meilleur) ont été pris en compte pendant les négociations. Alors, que la ligue dise : "Oui, nous avons conclu cette entente, mais nous ne l’aimons pas, on en voudrait une autre et on voudrait que vous fassiez d’importantes concessions", alors que l’encre n’est pas encore sèche, ce n’est pas très approprié, laisse tomber un agent qui préfère que l’on taise son nom.

Lundi, déjà, avant même que cette mésentente devienne publique, Vlasic n’était pas enchanté que l’on demande à ses pairs de retourner à la planche à dessin. Il concède, toutefois, que les joueurs ne font pas nécessairement front commun, n’ont pas tous les mêmes priorités et que la ligue a, historiquement, appuyé sur ces différences pour faire tourner le vent en sa faveur.

Les joueurs à qui j’ai parlé, en dehors de mon équipe ou dans mon équipe, sont en colère. Mais il y a toujours des joueurs qui disent : "Je veux jouer pareil." Tous les joueurs, toutes les deux semaines, regardent leur chèque de paie et se disent : "J’en donne trop en fiducie." Là, ce serait le temps de dire ce que tu as à dire au lieu de dire que tu veux jouer. Ça ne règle pas le problème. Tu es fâché, mais quand c’est le temps d’en parler tu te dis, c’est pas grave, a indiqué le défenseur des Sharks de San José.

C’est le principe. Si j’achète une voiture, qu’on est d’accord à 30 000 $ et, trois heures plus tard, tu me reviens et tu me dis : "Tu me dois 3000 de plus", tu vas être assez en tabarnouche […] C’est un manque de respect.

Une citation de :Marc-Édouard Vlasic

Au bout du compte, selon l’agent consulté, tout ce dont il est question ici, c’est le moment où la dette des joueurs sera remboursée aux propriétaires. Si la LNH dispute sa saison à huis clos, il y aura une perte importante de revenus et les joueurs devront davantage d'argent. Le remboursement s’échelonnera dans le temps selon les termes de la présente convention.

Le montant que les joueurs reçoivent qui dépasse leur part des revenus de 50 %, ce sera une dette que les joueurs auront et qui se transposera l’année suivante. Et ce sera encore transposé l’année d’après, et encore l’année d’après, jusqu’à ce que les propriétaires se soient tout fait rembourser.

Mais voilà, les propriétaires semblent avoir besoin d’argent dès maintenant. Visiblement, il en manque.

Querelle publique

Les discussions entre la ligue et l’association des joueurs étaient demeurées derrière les portes closes avant ce récent accroc. Ces disputes comptables ont rarement bonne presse dans la population.

Entre des gens riches et d’autres, très riches, l’idée générale est que tout le monde devrait s'échiner à trouver un terrain d'entente et profiter de ses privilèges. Les joueurs sont parfois perçus comme des enfants gâtés qui se plaignent le ventre plein de billets verts.

Ils revendiquent simplement leur part du gâteau, mais lorsque la tarte est aussi grosse, que vous empochez vos deniers pour jouer au hockey, une diminution salariale, si substantielle soit-elle, n’émouvra pas beaucoup la dame de la rue Panet, par exemple, qui peine à joindre les deux bouts et se morfond en cette période de confinement.

Le partisan typique ne veut pas entendre parler de ça […] Nous sommes en pandémie. Des gens perdent leur emploi et sont inquiets de ne pas pouvoir payer leur appartement ou leur hypothèque pendant que les propriétaires et les joueurs se disputent à propos de 10 % de salaire. Ça, c’est la vraie vie. Et cette dispute apparaît insignifiante par rapport à ce qui se passe dans le monde.

Une citation de :Un agent de joueurs dans la LNH

En dépit des nombreuses chicanes publiques et des lock-outs dans les 16 dernières années, les partisans sont toujours rentrés au bercail et la ligue gonflait ses revenus d’année en année avant la propagation de la COVID-19.

La bataille de l’opinion publique n’a jamais empêché l’un ou l’autre camp de manœuvrer à sa guise. Cette fois, le terrain est plus glissant. Les cotes d’écoute des séries l’été dernier ont chuté de façon draconienne. Si le sport est une valeur refuge en ces temps difficiles, c’est davantage par sa pratique qu’en tant que divertissement.

Se mettre à dos les partisans dans ce contexte apparaît risqué. La discrétion semble être le mot d’ordre transmis aux joueurs. Bon nombre d’entre eux, dont des représentants syndicaux, ont refusé de nous accorder une entrevue justement pour que ces questions soient réglées discrètement. Bref, laver le linge sale en famille.

La reprise

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que ni la ligue ni les joueurs n’ont intérêt à annuler complètement la saison. Certains propriétaires, probablement, mais pas la majorité.

Maintenir sa présence à l’écran, sa pertinence, à moins d'un an de la négociation du nouveau contrat national à la télévision américaine devient fondamental.

Les propriétaires devront vraisemblablement s’endetter pour disputer la saison, mais les conséquences d’une absence seraient pires. Il faudra donc régler ces disputes salariales et, surtout, s’entendre sur le modèle à privilégier pour le retour au jeu.

Ce serait très cher de mettre en place des bulles temporaires, dit l’agent. Il y a une préférence marquée pour que les équipes jouent dans leur domicile. Si la santé publique régionale accepte les partisans, tant mieux. Si elle accepte 10 %, 25 % de partisans, ce sera ça. Il y en aura sans partisans. Je pense que ce sera le plan. En espérant qu’avec la distribution du vaccin et un contrôle de la pandémie, il y aura plus de partisans dans les gradins vers la fin de l’année et pendant les séries éliminatoires.

Un début de saison pour le 1er janvier semble de plus en plus précoce. Le 15 alors? Ou le 1er février peut-être?

J’aimerais ça passer Noël à Québec. Voir de la neige à Noël, ça ne m’arrive pas souvent, a rétorqué Vlasic.

Chacun ses priorités.

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