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Chronique

Retour au jeu dans la LNH : un problème simple qui tourne au vaudeville

Ils sont assis l'un à côté de l'autre.

Le commissaire de la LNH, Gary Bettman, et le directeur de l'Association des joueurs, Donald Fehr

Photo : Reuters / ACI Project AI

La plupart du temps, il vaut mieux crever l’abcès d’un coup quand un problème majeur se présente. Les négociations qui se corsent entre les joueurs et les propriétaires de la LNH en sont un fort bel exemple.

Depuis le lock-out de la saison 2004-2005, les joueurs et les propriétaires de la LNH orchestrent toutes leurs relations de travail autour d’un plafond salarial et d’un partage des revenus. En 2012, à la suite d’un autre lock-out, les parties ont décidé que tous les revenus reliés à la présentation de matchs de hockey allaient dorénavant être partagés dans une proportion de 50-50.

Une fois qu’on a établi ce principe, tout est censé être facile.

Les dirigeants de la ligue n’ont qu’à établir des prévisions de revenus réalistes en vue de la saison suivante pour déterminer le plafond salarial des équipes. Pour s’assurer que le partage des revenus se réalise au dollar près, il suffit ensuite de prélever un petit pourcentage du salaire des joueurs, qu’on place en fidéicommis.

Et quand l’heure du bilan financier arrive, on détermine si l’argent mis de côté revient aux joueurs ou aux proprios, ou si cette cagnotte doit être partagée entre les deux.

NDLR : Au fil des ans, ce système n’a pas été bien géré par la LNH et l’Association des joueurs (AJLNH). Des prévisions de revenus exagérées, à répétition, ont fait en sorte que les joueurs ont fini par se révolter contre les pourcentages élevés qu’on prélevait sur leur salaire et qui ne leur étaient pas remis.

Quand la pandémie a frappé en mars dernier, les revenus de la LNH ont été amputés d’environ 1,2 milliard. Et les joueurs se sont retrouvés aux prises avec une dette de quelque 600 millions envers leurs employeurs. Soudainement, le concept du partage des revenus 50-50 leur est apparu moins intéressant.

Les joueurs ont renoncé à leur dernière paie de la saison 2019-2020 (140 millions) pour effacer une partie de leur dette. Durant l’été, ils se sont enfermés dans les bulles d’Edmonton et de Toronto pour permettre à la LNH d’encaisser les revenus des droits de télédiffusion, remboursant ainsi une autre partie de la somme due aux proprios.

À la fin des séries, les joueurs traînaient encore une dette de quelque 300 millions. Et à la fin de la saison 2020-2021, qui sera vraisemblablement disputée à huis clos, leur dette s’élèvera à environ 1 milliard.

***

Pour dénouer cette crise, l’AJLNH et la LNH ont négocié une nouvelle convention collective en juin dernier.

La solution la plus simple aurait été de crever l’abcès immédiatement. Pour cela, il aurait fallu que les joueurs acceptent de disputer la saison 2020-2021 en tenant compte des revenus réels de la ligue. Cela aurait provoqué pour eux une chute de salaire d’environ 60 %.

En lieu et place, les joueurs ont choisi d’étaler leur dette jusqu’en 2026, refilant ainsi une partie de leur facture aux joueurs qui leur succéderont au cours des prochaines années. En 2020-2021, il a été prévu que les montants prélevés sur le salaire des joueurs et placés en fidéicommis soient plafonnés à 20 %. Ce pourcentage devait ensuite descendre à 18 % en 2021-2022, à 10 % en 2022-2023 puis à 6 % lors des trois saisons suivantes.

Il y a donc des joueurs aujourd’hui âgés de 14 ou 15 ans qui verront leur salaire être amputé à leur arrivée dans la LNH pour permettre aux joueurs actuels d’empocher plus d’argent. Voilà une belle clause de disparité de traitement, communément appelée clause orphelin!

Pour s’assurer de toucher le plus d’argent possible, les joueurs ont aussi accepté de reporter 10 % de leur salaire de la saison 2020-2021 à plus tard. Ils ont donc consenti un prêt sans intérêt de 250 millions à leurs patrons.

Cet argent leur sera remis en trois versements égaux, en 2022, 2023 et 2024. Encore là, il s’agit d’une prise de position bien égoïste de la part des joueurs. Ce prêt leur permettra de toucher du salaire auquel ils n’auraient pas eu droit compte tenu du fait que les revenus chuteront à environ 2 milliards au lieu des quelque 5 milliards prévus en temps normal.

Pire encore, quand ces 250 millions seront remboursés par les propriétaires, ils seront comptabilisés dans le 50 % de revenus des joueurs de 2022, 2023 et 2024. Des joueurs actifs durant ces années verront donc leur bassin de revenus diminuer pendant que des retraités ayant joué en 2020-2021 encaisseront des chèques.

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Tout cela pour dire qu’il faut en prendre et en laisser quand les joueurs se disent fâchés et trahis, par les temps qui courent, parce que les propriétaires viennent de leur soumettre de nouvelles demandes.

Il est vrai que lorsqu’un contrat de travail est signé, chaque partie devrait en principe honorer sa signature. Toutefois, il est aussi vrai que ce contrat a été conclu en pleine période de crise et que les parties, compte tenu du haut niveau d’imprévisibilité qui régnait, y avaient prévu la possibilité de faire des ajustements.

Tel que mentionné plus haut, on sait maintenant que la dette des joueurs totalisera au moins 1 milliard à la fin de la prochaine saison. Et les propriétaires demandent aux joueurs de placer davantage d’argent en fidéicommis pour éviter que leur dette se perpétue jusqu’aux calendes grecques. Si la correction n’est pas faite, ce sont les futurs joueurs de la LNH qui assumeront une plus grande part, plus longtemps, de la dette pandémique des joueurs d’aujourd’hui.

Les propriétaires demandent aussi aux joueurs de leur prêter une autre tranche de 325 à 350 millions, l’équivalent de 13 à 16 % de salaire. Tel que mentionné plus haut, il s’agit d’argent auquel les joueurs n’auraient normalement pas droit compte tenu de la chute des revenus.

Si les joueurs acceptent cette dernière proposition, c’est plus d’un demi-milliard qui sera retiré de la part de revenus des joueurs (leur 50 %) lors des trois prochaines années et ça créera d’autres iniquités au sein de l’association.

***

Bref, un problème qui était grave, mais simple au départ est en train de tourner au vaudeville.

Quand, pour la dernière fois, a-t-on entendu parler d’une entreprise sérieuse qui empruntait de l’argent à ses employés? Les banques n’existent-elles pas justement pour remplir ce rôle? En plus, les taux d’intérêt sont ridiculement bas.

Au point où ils en sont, les joueurs devraient prendre les choses en main en décidant d’éponger leur dette rapidement, d’un seul coup. La douleur s’estompera rapidement. Ils pourront ensuite récolter leur juste part des revenus normaux de la LNH à compter de la saison 2021-2022, alors que des vaccins permettront de remplir les gradins et qu’un nouveau contrat de télévision national entrera en vigueur aux États-Unis.

Et que les propriétaires s’arrangent seuls avec leur problème de liquidités! Comme je le mentionnais quand cette convention collective avait été conclue, il est assez ridicule de payer pour travailler.

À chacun son fardeau, et les vaches seront bien gardées.

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