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« Une course qui fait rêver » : le Vendée Globe raconté par un champion

Gros plan d'un homme, de profil

Armel Le Cléac'h a remporté le Vendée Globe 2016-2017

Photo : afp via getty images / FRED TANNEAU

Participer à un Vendée Globe, la course à la voile autour du monde sans escale et sans assistance, est déjà un exploit, alors imaginez le gagner. Armel Le Cléac’h, affectueusement surnommé « le chacal des mers », a fini deux fois 2e avant de connaître la consécration, en 2016-2017. Il a bien voulu répondre aux questions de Radio-Canada Sports.

Quand je suis sur l’eau, j’ai tendance à être quelqu’un de bagarreur, de teigneux, de persévérant, d’accrocheur, répond-il quand on lui demande d'où il tient son surnom. Complètement différent de l’homme que je suis à terre. J’ai donc deux facettes. Le chacal peut être redoutable, car il ne lâche jamais sa proie. Ce n’est peut-être pas l’animal le plus emblématique de la savane, mais c’est un animal malin qui peut s’avérer dangereux.

Ce surnom, le navigateur breton ne l’a pas volé. Armel Le Cléac’h a remporté sa première compétition à l’âge de 9 ans. Depuis, il a enchaîné les victoires avant de s’attaquer à trois reprises à l’Everest des mers, le Vendée Globe.

J’ai eu la chance de vivre pendant plus de 10 ans autour du Vendée Globe et de le terminer trois fois sur le podium. Deux fois à la deuxième place et la victoire il y a quatre ans. C’est surtout une aventure humaine que tu partages avec beaucoup de gens, la famille, les proches, l’équipe qui travaille sur plusieurs années pour relever ce genre de projet, raconte-t-il. Il y a aussi tous ces gens qui nous suivent et quand je suis arrivé il y a quatre ans, j’ai senti toute cette émotion. Même après ma victoire, j’ai continué à recevoir des témoignages de partout dans le monde, et même du Canada.

Armel Le Cléac’h reconnaît que c’est la course la plus difficile qu’un marin puisse faire. Ce n’est pas pour rien qu’on l’a surnommée l'Everest des mers.

C’est une course qui fait rêver beaucoup de marins, surtout parce qu’elle a cette difficulté d’être sans escale et sans assistance. On sait également que 40 à 50 % des bateaux au départ ne termineront pas leur tour du monde et c’est ce qui fait la légende de cette course. D’ailleurs, pour les marins qui partent tous les quatre ans, leur objectif premier, c’est d’arriver. Et ça, c’est déjà une victoire en soi de terminer un Vendée Globe.

Armel Le Cléac’h, vainqueur du Vendée Globe en 2016-2017
Un navigateur sur son voilier lève le poing en signe de victoire

Armel Le Cléac'h à son arrivée aux Sables-d'Olonne, le 19 janvier 2017

Photo : Getty Images / DAMIEN MEYER

On se demande ce que l'on fait là!

Être seul en mer durant des mois à affronter les éléments demande une force mentale et physique de tous les instants. Le marin passe par toutes sortes d’émotions.

Sur un Vendée Globe, c’est finalement un concentré de vie. C’est un tour du monde où l’on est beaucoup confronté à soi-même, à son mental, à ses capacités, à ses limites, explique Armel Le Cléac'h.

Donc, on vit des moments forts. Le départ, c’est une grande émotion avec à la fois le plaisir de partir après de longs mois de préparation, mais aussi la tristesse de quitter ses proches. Ensuite, il y a des moments magiques en mer. La rencontre avec les animaux marins. De belles glissades avec le bateau quand ça se passe bien. Des beaux couchers de soleil en Atlantique ou dans les mers du Sud.

C’est vrai qu’on a cette chance d’avoir cette liberté quand on est en mer, de choisir son cap et de finalement avoir beaucoup moins de contraintes que la vie à terre. Surtout en ce moment avec le confinement et la crise sanitaire qu’on connaît dans le monde. La mer reste ce dernier espace de liberté où l’on peut s’exprimer facilement.

Armel Le Cléac'h

S'il parle des beaux moments vécus en mer, il reconnaît également que la mer peut être impitoyable.

Il y a aussi des moments très durs, car cela ne se passe pas toujours comme on l’imagine, précise-t-il. Il peut y avoir de la casse, une météo difficile. On vit du stress, des mauvaises surprises. Des moments de doute, de la fatigue. On se demande : "Mais qu’est-ce qu’on fait là?" On ne veut plus y retourner.

Quand on termine un Vendée Globe, on dit : "Plus jamais…" Et puis, on y retourne! On passe donc par toutes les émotions dans ce défi personnel et sportif. Le fait de se confronter à toutes ses limites, on en sort un peu plus grandi. On arrive plus vite à l’essentiel quand on a vécu ce genre d’aventure.

Armel Le Cléac'h
Un navigateur avec une lampe frontale la nuit, en mer

Armel Le Cléac'h

Photo : Vendée Globe

Le navigateur breton a aussi une famille qui reste à terre. Aurélie, sa femme, et ses deux enfants, Louise et Edgar. C’est peut-être la partie la plus difficile à vivre de son métier.

Pour moi, c’est le plus dur. La première fois, j’avais ma fille et la famille s’est ensuite agrandie avec les autres éditions. C’est difficile, car on sait se préparer avec le physique, avec le mental, sur le sommeil, l’alimentation, le médical, on a des spécialistes avec nous. Mais savoir quitter ses proches, les préparer à un départ avec les risques potentiels qui existent, il n’y a pas de méthodologie. On discute beaucoup. Ensuite, on a aussi la confiance de ses proches.

Je me souviens qu’après mon premier Vendée Globe, j’avais terminé deuxième derrière François Gabart à seulement trois heures derrière lui, mon sponsor voulait immédiatement que j’y retourne pour un deuxième. J’ai donc demandé à ma femme et à mes enfants s’ils étaient d’accord pour que j’y retourne. Car il y a bien sûr la course, où l’on est absent et où l’on prend certains risques, mais aussi durant plusieurs mois, plusieurs années, on va se concentrer, se préparer pour cet objectif. C’est un peu comme les Jeux olympiques. On va faire des sacrifices pour un objectif qui est très important.

La mission du marin

Malgré les risques et les sacrifices, la mer est une vraie passion pour Armel Le Cléac'h. C’est une amie dont il a besoin à chaque instant.

J’ai grandi avec la mer. En Bretagne, on a les marées, donc on voit la mer partir et revenir. Son visage change tous les jours. Tous ces paysages, ces ambiances, ces odeurs me sont très importants pour ma vie de tous les jours.

C’est vrai qu’être sur l’eau, être sur un bateau, c’est la liberté. C’est une vraie chance et je mesure cette chance. C’est ça qui me donne encore envie de naviguer. Il y a beaucoup de belles choses qui ont été dites sur les marins, sur ceux qui partent en mer. Il y a ce côté aventure, un mythe aussi.

Armel Le Cléac'h

On se rend compte qu’il y a beaucoup de terriens, même ceux qui sont proches de la mer, qui n’ont jamais mis les pieds sur un bateau, car ils ont certaines appréhensions. La peur aussi de savoir ce qu’il y a derrière l’horizon. Pourtant, c’est un domaine de liberté, d’aventure qu’il faut respecter énormément. Aujourd’hui, on voit les effets du réchauffement climatique. Et nous, les marins, on a aussi ce rôle de témoigner de ce que l’on vit, de ce que l’on voit. Notamment auprès des jeunes générations. Il y a énormément d’écoles qui suivent le Vendée Globe et on a cette responsabilité de partager nos valeurs, notamment, au niveau de l’environnement et comment protéger cet espace de liberté.

Les records sont faits pour être battus

Lors de la dernière édition, Armel Le Cléac’h a battu le record de Jules Verne et de son tour du monde en 80 jours. Il ne lui a fallu que 74 jours 3  h 35 min pour franchir la mythique ligne d’arrivée. S’attend-il à ce que son record soit battu?

C’est tout à fait possible, même si aujourd’hui, les marins qui sont au sud de l’Équateur ne sont pas en avance [...] Mais la route est longue, ils ont des bateaux beaucoup plus rapides. Cela dépendra aussi de la météo. Maintenant, l’objectif des favoris, c’est de finir premier. Le record reste la cerise sur le gâteau, dit-il.

Je me souviens il y a quatre ans, quand je suis arrivé, je ne me souvenais même pas du nombre de jours depuis que j’étais parti. Vingt-quatre heures avant de franchir la ligne d’arrivée, c’est un journaliste qui m’a dit que j’allais battre le record de quatre jours. Je voulais plus rester concentré sur le fait de franchir la ligne d’arrivée en tête que de savoir si j’allais battre le record.

Armel Le Cléac'h

Même s’il regarde la course du quai, l’appel de la mer est encore présent.

Ses adversaires n’ont qu’à bien se tenir, le chacal est encore prêt pour la chasse au large.

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