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Le basketball, un outil de travail social dans cette école du Plateau

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Un entraîneur de basketball, vêtu de bleu et portant le masque, supervise un entraînement dans un gymnase aux murs colorés.

Martin Dusseault dirige un entraînement des Dragons

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

Depuis 20 ans, les murs colorés du gymnase de l’école secondaire Jeanne-Mance, dans Le Plateau-Mont-Royal, décorent en quelque sorte le bureau du travailleur social Martin Dusseault.

Le coordonnateur du programme Bien dans mes baskets se sert du basketball comme outil de travail social. Dans les neuf équipes parascolaires des Dragons, ses collègues et lui entraînent et conseillent près de 130 élèves qui, dans bien des cas, vivent de multiples problèmes sociaux, souvent des troubles de comportement, d'apprentissage ou encore de langage.

Après un arrêt forcé, le programme a reçu une autorisation spéciale de la santé publique pour reprendre ses activités, même si tout le reste du sport parascolaire est à l’arrêt dans les zones rouges, à l’exception des programmes sport-études.

Or, le retour dans le gymnase a permis aux travailleurs sociaux de retrouver leurs liens avec les élèves. C’est dans le gymnase qu’ils vont déceler des dossiers cliniques qui demandent un suivi plus poussé.

Il arrive qu’un jeune se présente en pleurs à un entraînement, ce qui mène les spécialistes à creuser pour voir la nature profonde de la douleur.

Dans certaines familles, ils sont six dans le même petit appartement et en confinement, ils sont en train de s'arracher les cheveux, explique Martin Dusseault. On a des jeunes qui ont commencé à vivre de nuit parce qu'ils n'étaient plus capables de vivre de jour avec le reste de la famille. Ça génère d'autres problématiques. Ramener le sport nous a permis de donner une autre option à ces jeunes-là.

Sans le sport, on avait complètement perdu notre outil de travail social avec les jeunes, ajoute l’entraîneur. Pour nous, ça devenait une priorité de faire reconnaître que c'était surtout important pour nos adolescents. On sentait le malaise et la démotivation des jeunes qui avaient perdu leur sourire. On voyait aussi beaucoup plus d’anxiété. C’était triste.

Un entraîneur de basketball à la barbe grise prend la pose avec un ballon.

Martin Dusseault, entraîneur de basketball et travailleur social

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

Quand les entraînements ont repris, Martin Dusseault avait parfois l’impression de s’adresser à des robots. Petit à petit, les sourires sont revenus, la vie aussi. Les Dragons peuvent s’entraîner en petits groupes, selon un protocole sanitaire très strict. Ils ne jouent bien sûr pas de matchs, mais ils avancent.

Mes gars recommencent à penser à l'après-pandémie, dit le travailleur social. Sans le sport, les jeunes vivaient très négativement le moment présent. Là, les jeunes commencent à préparer leur transition vers le collégial et pensent à entreprendre des démarches pour se faire recruter par les meilleures équipes. On avait perdu cette source de motivation quand ils étaient loin des gymnases.

C’est le cas de joueurs comme Bradley Mahuta. À 18 ans, il est inscrit à l’école aux adultes, mais garde toutefois sa place au sein des Dragons. Pour lui, le confinement a été difficile, et il admet qu’il s’est laissé aller. Il s’est déjà repris en main.

L’école sans le basket, je pense que j’aurais déjà arrêté, affirme le jeune homme. Ce serait tout un défi. Martin est comme un deuxième père pour moi. C’est grâce à lui et aux Dragons que je suis encore ici. Sans eux, je ne sais pas où je serais en ce moment.

Bradley osait à peine parler lorsqu’il s'est joint aux Dragons. Martin Dusseault cachait mal son émotion en le regardant accorder une entrevue à la caméra. Le jeune espère poursuivre son développement dans une école américaine l’an prochain. Mais déjà, il représente une victoire.

Plusieurs jeunes viennent de familles où la vie n’est pas simple et on veut juste leur donner un tremplin pour rêver à poursuivre leurs études au-delà du secondaire, mentionne Dusseault. On veut qu’ils pensent que c’est possible de jouer au collégial ou dans la NCAA. Dans les milieux où c'est plus difficile, la réponse aux besoins primaires va se faire de façon différente et le rêve est souvent la première chose qui peut s’envoler. On ne veut pas enlever ça, on veut être capable de leur donner une poussée.

Recette draconienne proposée aux élèves en classe de francisation

Le programme, mis sur pied en 1999, fait des petits, malgré la pandémie.

Le CIUSSS du Centre-Sud et la Fondation Santé Urbaine, grâce à un financement de 271 000 $ du gouvernement fédéral, ont repris la recette des Dragons, mais avec des classes de nouveaux arrivants au pays depuis quelques mois ou quelques années.

Un travailleur social vêtu de vert donne des consignes à un groupe d'élèves lors d'une activité sportive dans un gymnase.

Le travailleur social Sébastien Pavia avec des élèves en francisation du Centre Gédéon-Ouimet

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

Sébastien Pavia est travailleur social. Il a longtemps oeuvré aux côtés de Martin Dusseault avec les Dragons de Jeanne-Mance. Depuis quelques semaines, il travaille avec des élèves des classes de francisation du Centre Gédéon-Ouimet. Ici, on ne parle pas de sports de compétition, mais bien d’intégration avec des jeux de basketball, le soccer et le football drapeau.

Le jeu met tout le monde sur un même pied d’égalité, fait tomber les barrières, fait sourire et amène de l’ouverture chez les gens, explique doucement Sébastien Pavia. Quand les gens sont ouverts, les apprentissages se font mieux et il y a une prise de conscience.

Son objectif est à la fois simple et complexe. Il veut utiliser le sport pour entrer en contact plus en profondeur avec ces élèves de 16 à 20 ans. Après quelques semaines seulement d’action, certains jeunes ont commencé à se confier à lui.

Un travailleur social vêtu de vert discute avec un grand joueur aux cheveux longs.

Le travailleur social Sébastien Pavia avec le basketteur Elie Karojo

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

Je pense que c'est une approche qui a été éprouvée à Jeanne-Mance. Et en l'adaptant à d'autres réalités et contextes, je pense qu'il y a de grandes et de belles possibilités, dit-il. On n’en est qu’au début du projet.

C’est une belle fierté de voir que notre programme est adapté à de nouvelles clientèles, confie Martin Dusseault, fondateur du programme. J’y crois depuis le début. Ce n’est pas une recette miracle, mais je crois que si on arrive à répondre à un certain besoin, la combinaison du sport et travail social, c’est un mélange extraordinaire. De voir qu’on réussit à combler un besoin, chez un groupe qui a des besoins extraordinaires, on ne peut pas être plus fiers de ça.

Sébastien Pavia a déjà remarqué que les jeunes avaient encore un peu de mal à socialiser entre eux. Ils se côtoyaient sans se connaître. Pourtant, ils ont tous un point en commun, celui d’avoir un parcours de migrant.

Il y a des parcours migratoires qui se sont faits en douceur et d’autres dans la douleur. Ils ont rencontré des noeuds, petits et grands, et c’est un peu mon rôle de trouver quels sont ces noeuds qui les empêchent parfois d’avancer. Des fois, ils ont seulement besoin d’être validés dans certains aspects de leur vie. Notre champ d’action est vraiment large, conclut-il.

Parce qu’avancer en temps de pandémie représente parfois déjà un défi en soi. Un défi encore plus costaud pour des adolescents parfois seuls au monde, loin de leurs familles et leurs amis.

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