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Kim St-Pierre, l'immortelle sur le plancher des vaches

La gardienne de but fait flotter le drapeau canadien au-dessus de sa tête. Elle a une médaille d'or autour du cou.

La Québécoise Kim St-Pierre a aidé le Canada à remporter trois médailles d'or aux Jeux olympiques.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Alexandre Gascon

On pourrait croire que devenir immortelle, ça en jette, comme disent les cousins d’outre-mer. Que le café se boit désormais petit doigt en l’air, avec une cuillère en argent, que la vue est belle, là-haut, perchée dans sa tour d’ivoire. Et pourtant…

D’abord, ce serait bien mal connaître Kim St-Pierre. Ensuite, pour les raisons que vous imaginez, l’ancienne hockeyeuse ne s’est pas réveillée dans un hôtel luxueux de Toronto lundi matin, prête à verser une larme pendant son discours d’intronisation au Temple de la renommée du hockey avec tout le faste et le prestige habituels de cette cérémonie.

St-Pierre a virtuellement franchi les portes du temple le 16 novembre, devenant la deuxième Québécoise et la première gardienne à y accéder, mais son petit matin s’est déroulé à l’image des autres.

Elle a glissé du jambon entre deux tranches de pain à l’attention de ses fils – c’est pour l’exemple, on ne nous a pas informés du menu – elle a préparé les lunchs, comme elle le fait chaque matin, avant d’aller les reconduire à l’école. Petite marche au retour et un peu de travail loin du tapis rouge et des célébrations. Comme quoi, devenir immortelle, en 2020, ça ne change pas le monde.

C’est partie remise [...] On va devoir être patient pour la cérémonie officielle, lance-t-elle.

Une attente d’un an. Le président du Temple de la renommée, Lanny McDonald, a préféré remettre les festivités plutôt que de les tenir virtuellement.

Ça fait partie de la réalité de 2020, ça va juste faire durer le plaisir, laisse tomber St-Pierre, sans se départir de sa bonne humeur.

Elle a donc écoulé cette journée spéciale, mais pas tant que ça, en répondant à quelques coups de fil de félicitations, à quelques messages textes, à quelques sollicitations des satanés journalistes tout en travaillant pour Boks Canada, une initiative de Reebok vouée à faire bouger les jeunes en milieu scolaire. Une cause, on s’en doute, qui tient à cœur la médaillée d’or olympique et l’occupe depuis maintenant quatre ans.

Malgré tout, la gardienne voit d’un bon œil ce report parce que c’est la plus grande reconnaissance qu’on puisse avoir dans le hockey.

Je trouve ça bien qu’on nous fasse attendre pour qu’on puisse profiter de ces moments.

Voilà qui lui donne l'occasion de se pencher sur son discours d’intronisation, un moment généralement très attendu et chargé d’émotions. Je suis souvent dernière minute, à l’école comme dans le travail, avoue-t-elle.

C’est sûr qu’avec toutes les entrevues que j’ai faites depuis l’annonce le 24 juin, ça rappelle tellement de souvenirs, de mon premier coup de patin jusqu’à aujourd’hui. J’ai eu la chance d’être entourée de grandes coéquipières et amies, d’entraîneurs aussi. Tous les gens qui ont fait une différence. C’est cinq minutes, ça va être dur de remercier tout le monde. J’ai commencé à prendre des notes, j’ai encore un an pour y penser. Je vais me prendre d’avance, assure St-Pierre.

Parions qu’il y aura une petite place dans ce discours pour Danièle Sauvageau, autre pionnière du hockey féminin au pays qui l’a dirigée avec l’équipe nationale et en a fait la gardienne no 1 en 2002 lors de la conquête de la première médaille d’or olympique des Canadiennes, à Salt Lake City.

Les deux femmes sont restées proches, et Sauvageau n’allait certainement pas oublier sa protégée en cette journée spéciale. L’entraîneuse, toujours aussi passionnée à l’autre bout du fil, s’est indignée du peu d’engouement médiatique autour de St-Pierre en cette journée d’intronisation officielle. Presque terrorisés, nous avons voulu corriger le tir.

Sauvageau n’a d’ailleurs pas hésité à mettre fin à notre entretien pour aller filmer un clip des filles pour Kim pendant qu’elles sont sur la glace.

Les filles, ce sont 28 joueuses de haut niveau, membres de l’équipe nationale ou récentes diplômées d’universités à travers l’Amérique du Nord. Parmi lesquelles, Marie-Phillip Poulin et Lauriane Rougeau.

Danièle voulait célébrer ça avec les filles qu’elle entraîne, explique St-Pierre après avoir confirmé la réception de la vidéo. C’était plus un clin d’œil pour dire : "Kim, on te soutient, on te dit bravo aussi." J’ai reçu le clip, c’était vraiment cute de Lauriane Rougeau et de Marie-Phillip Poulin, avec toutes les joueuses sur la glace qui s’entraînent avec la distanciation. Ça a vraiment fait chaud au cœur de voir que les filles pensaient à moi.

La pionnière

Le mot sonne presque faux à ses oreilles. Quand on lui dit qu’elle a tracé la voie, St-Pierre rappelle que France Saint-Louis, Danièle Goyette et Nancy Drolet, ses idoles de jeunesse, lui ont montré le chemin. Que d’autres étaient là bien avant elle.

Pour la gardienne, c’est même un peu gênant d’avoir autant d’attention.

Je suis une fille d’équipe. Je n’aurais pas pu être au temple sans toutes les coéquipières et les entraîneurs que j’ai eus. C’est aussi une grande fierté pour mes parents et mes deux frères. Ils ont toujours été là pour moi, on a vécu ça ensemble. Sans le soutien familial, tu ne peux pas en arriver là, dit-elle.

St-Pierre rayonne à son tour. Ses anciennes coéquipières l’encensent dès qu’on leur pose la question. Elle a également été nommée parmi les finalistes du gala Mammouth 2020, un prix remis par Télé-Québec à une personnalité qui a inspiré les jeunes.

Son impact est tangible.

Notre génération, je pense qu’on a relevé le défi d’inspirer l’autre génération plus jeune de Mélodie Daoust, de Marie-Phillip Poulin, d'Ève Gascon. Comme disent les Canadiens, on porte le flambeau. Au hockey féminin, au Québec, on a réussi quelque chose de grand. Toutes les initiatives que Caroline Ouellette met de l’avant avec son tournoi de hockey féminin, son équipe pee-wee pour le tournoi pee-wee de Québec. Maintenant, il y a tellement d’opportunités pour les jeunes filles, ajoute St-Pierre.

Bien que les occasions soient plus nombreuses, à la fin du parcours universitaire, pour la crème de la crème, les choix sont limités. C’est l’équipe nationale, une fois aux quatre ans, la NWHL, ou l’espoir d’une ligue professionnelle incarné par la nouvelle association des joueuses, mais qui tarde à voir le jour et pourrait bien être sur la glace pour un bon moment en raison de la pandémie.

St-Pierre aura contribué à cet essor et se dit très fière de l’évolution du hockey féminin dont elle risque de faire le thème central de son discours d’intronisation l’année prochaine, devant famille et amis, l’espère-t-elle.

Pendant ces 14 années avec l’équipe nationale, je n’ai jamais pensé qu’un jour je serais là. Chaque année, au hockey féminin, c’est à refaire. On ne signe pas de contrat à long terme. Je voulais toujours être la meilleure gardienne au monde. Ça a été vraiment un grand plaisir.

Kim St-Pierre

À bien y penser, c’est quand même une journée spéciale.

Malgré que je sois seule à la maison… avec la pandémie.

Seule, avec la pandémie. Comme nous tous. Paradoxalement.

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