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Chronique

L’Augusta National était sans défense et Dustin Johnson était trop fort

Il essuie une larme.

Dustin Johnson a laissé libre cours à ses émotions en entrevue après sa victoire au Tournoi des maîtres, dimanche.

Photo : Getty Images / Patrick Smith

Des conditions de jeu inhabituelles ont permis à Dustin Johnson de fracasser le record du Tournoi des maîtres et de quitter Augusta avec son tout premier veston vert. À l’âge de 36 ans, le numéro un mondial vient ainsi d’illustrer, une fois de plus, que les plus grandes victoires sont souvent l’aboutissement logique de plusieurs expériences frustrantes.

Johnson a conclu une semaine de rêve en remettant une carte de 68, ce qui lui a valu un pointage cumulatif de 268 (-20). Il a ainsi éclipsé le record de 270 que détenait Tiger Woods depuis 1997, marque qui avait été égalée en 2015 par Jordan Spieth.

Cette marque devrait-elle être affublée d’un astérisque? On pourrait en débattre.

Habituellement présenté en avril durant le week-end de Pâques, le Tournoi des maîtres a été reporté à la mi-novembre cette année pour le raisons que l’on sait. Et tout le monde s’est rapidement rendu compte que le légendaire parcours d’Augusta, moins ferme, n’était pas en mesure de se défendre aussi efficacement face aux meilleurs golfeurs de la planète.

Durant les deux premières rondes, et même durant la première partie de la troisième, les redoutables verts de l'Augusta National étaient tellement réceptifs que la plupart des balles s’y incrustaient à moitié, mourant ainsi sur place. Les ondulations et les bonds capricieux qui avaient l’habitude de faire damner les compétiteurs ont ainsi été rayés de l’équation pour une bonne partie du tournoi.

Johnson a profité de ces conditions en plaçant sa balle à l’ombre des fanions toute la semaine. Il a atteint 83 % des 72 verts en coups réglementaires comparativement à une moyenne de 66 % pour le reste du plateau. Il a par ailleurs doublé cette précision d’un jeu impeccable avec son fer droit, ce qui lui a valu un total de seulement quatre bogueys durant le tournoi.

Le gendre de Wayne Gretzky a ainsi remporté son deuxième tournoi majeur en égalant la marque (-20) du plus bas pointage sous la normale de toute l’histoire des tournois majeurs. Ce n’est pas un mince exploit.

Un golfeur est félicité par son cadet vêtu d'une salopette blanche.

Dustin Johnson, félicité par son frère, après un oiselet lors de la 3e ronde au Tournoi des maîtres.

Photo : AP / Charlie Riedel

Par ailleurs, son avance de cinq coups sur ses deux plus proches poursuivants, l’Austalien Cameron Smith et le jeune Coréen Sungjae Im, constituait le plus grande marge de victoire à Augusta en 23 ans. Tiger Woods avait alors semé la compétition par un hallucinant total de 12 coups.

Smith et Im ont ainsi eu l’honneur de signer les meilleurs pointages de l’histoire du tournoi (273, -15) ne donnant pas accès à la victoire. Voilà un autre signe indéniable de la plus grande vulnérabilité du parcours de l’Augusta National cette année.

Cameron Smith, 27 ans et qui en était à sa quatrième présence au Tournoi des maîtres, pourra par ailleurs se vanter d’avoir établi un record tout aussi prestigieux et remarquable que celui de Johnson. Il est en effet devenu le premier joueur de l’histoire à réussir quatre pointages sous la barre des 70 durant ce tournoi vieux de 86 ans.

La recette de Smith? Il a maîtrisé son fer droit mieux que quiconque en maintenant une moyenne d’au plus 1,5 coup roulé par trou dans chacune des quatre rondes.

Et que dire du bon vieux Bernhard Langer qui, à 63 ans, est devenu le plus vieux joueur de l’histoire à franchir la coupe.

En 37 présences à Augusta depuis 1982, l’Allemand détenteur de deux vestons verts a raté les rondes du week-end seulement deux fois. Il a conclu le tournoi à -3, au 29e rang, ce qui est absolument remarquable.

Peu de sports permettent à des athlètes de deux ou trois générations de s’affronter ainsi lors des plus grandes compétitions. C’est ce qui rend le golf aussi romantique.

Le plus incroyable, c’est qu’il n’y ait pas eu de spectateurs sur le terrain pour assister à ces exploits sans précédent.

***

Cela dit, peu importe les conditions du parcours, aucun autre joueur ne méritait plus de remporter ce tournoi que Dustin Johnson.

Compte tenu de son fabuleux palmarès et du nombre de fois qu’il a occupé le sommet du classement mondial, le fait qu’il ne revendiquait qu’une seule victoire en tournoi majeur (Omnium des États-Unis en 2016) constituait l’une des grandes énigmes du sport professionnel contemporain.

Au Tournoi des maîtres, Johnson avait été quatre fois de suite parmi les 10 premiers avant cette année et avait plusieurs fois eu le cœur brisé. Il avait terminé à égalité au second rang en 2019 malgré une poussée spectaculaire durant la ronde finale. Il avait aussi conclu à la 4e place en 2016 et à la 6e en 2015.

Il tient la pose après son élan.

Dustin Johnson lors de la deuxième ronde du Tournoi des maîtres

Photo : Getty Images / Rob Carr

L’année suivante, il s’était présenté à Augusta à titre de numéro un mondial, après trois victoires de suite. Tout le monde le considérait comme favori. Il avait toutefois dû déclarer forfait quelques minutes avant le début du tournoi parce qu’il s’était blessé au dos en trébuchant dans un petit escalier dans la maison qu’il avait louée.

Ajoutons cela au fait que Dustin Johnson traînait un autre lourd passif. Avant la ronde finale d’hier, il revendiquait le triste honneur d’avoir laissé filer quatre victoires alors qu’il détenait l’avance après 54 trous dans un majeur. Beaucoup de gens s’attendaient donc à le voir trébucher de nouveau à Augusta.

Johnson a rendu les choses intéressantes en commettant deux bogueys dès le départ dimanche, ce qui a permis à Sungjae Im de se rapprocher à seulement un coup de la tête. Pendant ce temps, Cameron Smith réalisait un menaçant 33 sur le neuf d’aller. Mais Johnson a calmement et méthodiquement remis la machine en marche, et cinq oiselets réussis entre les 6e et 15e trous lui ont permis de se creuser une très confortable priorité.

***

Dustin Johnson a grandi à environ une heure d’Augusta. Depuis toujours, il comprenait parfaitement ce que signifie une victoire au Tournoi des maîtres.

Aux abords du 18e vert, il était touchant de voir son jeune frère Austin, qui porte son sac, essuyer des larmes. Cette victoire historique était dans les cartes depuis longtemps, mais il commençait à se faire tard pour la concrétiser.

Malheureusement, malgré son record et sa très longue attente, Dustin Johnson savourera son titre de champion moins longtemps que tous ceux qui l’ont précédé. Le tournoi en 2021 sera présenté en avril, dans seulement cinq mois, et tout sera déjà à recommencer.

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