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Nicolas Fontaine a ravivé les braises de son sport

Un homme regarde ses athlètes à l'entraînement.

L'ex-champion de ski acrobatique Nicolas Fontaine et son fils Miha

Photo : Radio-Canada

Michel Chabot

Nicolas Fontaine s'est consacré corps et âme à l'épreuve des sauts en ski acrobatique. Et après son illustre carrière, le quadruple champion de la Coupe du monde s’est employé à garder le sport qui l’a rendu célèbre en vie.

Son combat n’a pas été de tout repos. Sans la passion intense qui l’anime, la discipline des sauts n’existerait probablement plus au Canada.

Celui qui a célébré ses 50 ans en octobre est l'entraîneur de l’équipe du Québec et supervise le développement de la relève dans les clubs de la province, très prometteuse après des années de vache maigre.

Moi, j’ai été dans la vague des frères Laroche, des Rozon, des Langlois, de la Québec Air Force. Nous étions un bon groupe d’athlètes. Puis, entre 1985 et 1990, les rampes d’eau étaient toutes artisanales et elles se sont mises à tomber les unes après les autres.

Nicolas Fontaine

Avec quelques athlètes, nous avons alors commencé à aller nous entraîner aux États-Unis, à Lake Placid, et là, un creux s’est créé parce que les jeunes n’avaient plus de centres d’entraînement, dit-il pour expliquer la perte de popularité de son sport.

Le skieur acrobatique en plein envol

NIcolas Fontaine lors d'une compétition en 2000

Photo : La Presse canadienne / MIKE RIDEWOOD

Le moment décisif survient en 2005 quand les rampes d’eau sont inaugurées au lac Beauport, projet dans lequel il s'est impliqué. Et l’avènement de sports plus attrayants pour les jeunes a également miné la popularité des sauts.

Le slopestyle a commencé à percer et bien des gens disaient que si nous voulions une nouvelle discipline aux Jeux olympiques, il fallait qu’il y en ait une qui sorte, relate Fontaine. Le saut en ski acrobatique a quand même été malmené à cette époque. Certains pensaient que c’était pas mal fini.

Il y a aussi eu une grosse récession au milieu des années 90 qui a fait que les fédérations de ski ont été sous-financées, poursuit-il. Et beaucoup de fédérations en Europe, où le ski alpin est très fort, ont décidé de couper dans le ski acrobatique. Des pays comme la France, l’Autriche et l’Italie, qui avaient beaucoup de sauteurs, ont tous arrêté en même temps.

Depuis, c’est la Chine, la Russie, le Bélarus, l’Ukraine et le Kazakhstan qui dominent, bien que le Suisse Noé Roth ait enlevé le titre mondial en mars dernier.

J’ai essayé de copier ces pays-là qui recrutaient beaucoup de jeunes qui venaient de la gymnastique, explique celui qui a triomphé aux mondiaux de 1997. Ce n’est pas une mauvaise méthode, mais ça coûte relativement cher parce qu’il faut aller chercher des athlètes et leur donner des entraîneurs privés en ski.

Passage à vide

Olivier Rochon, en 2012, est le dernier Canadien à avoir décroché le titre de champion de la Coupe du monde des sauts. Il succédait à Steve Omischl, couronné en 2004, 2007, 2008 et 2009 et à Fontaine lui-même, titré quatre fois de suite de 1997 à 2000, un exploit encore inégalé.

Deux skieurs sourient après leur compétition.

Nicolas Fontaine (à gauche) et Steve Omischl, en 1999

Photo : La Presse canadienne / CHUCK STOODY

Nicolas Fontaine empruntait le chemin tracé par les frères Yves et Phillipe Laroche, Lloyd Langlois et Jean-Marc Rozon, qui ont presque tout remporté entre 1984 et 1994. Craig Clow, Jean Corriveau et John Eaves sont d’autres Canadiens qui ont mis la main sur le titre au début des années 80.

Bref, les athlètes du Canada ont longtemps régné sur cette discipline. Mais depuis plus de huit ans, c’est la panne sèche.

Dimitri Kavunov, un de mes mentors, qui entraîne maintenant en Chine, m’avait dit qu’il croyait que le Canada ne redeviendrait jamais plus compétitif. Ça m’a fait réfléchir.

Nicolas Fontaine

Tout ce qu’on a fait par la suite, c’est de regarder ce qui faisait la force de Québec Air Force dans le temps et c’était tous des athlètes passionnés, qui avaient l’amour pour le sport, ajoute-t-il. C’est ça qu’on est en train de recréer et on se rend compte que ça fonctionne. On n’est pas obligé d’avoir un système militaire avec des punitions: "Si tu ne t’entraînes pas, tu risques de perdre ta place au sein de l’équipe."

Une affaire de famille

Aujourd’hui, après des années d’efforts, c’est en partie grâce à son fils de 16 ans Miha, à qui il a transmis le feu sacré, que les sauts sont de retour au Québec. D’ailleurs, les quatre membres de l’équipe nationale, Marion Thénault, Catrine Lavallée, Félix Cormier-Boucher et Lewis Irving, sont tous Québécois.

Miha Fontaine, lui, cogne à la porte. Il fait partie de l’équipe de développement (Next Gen) en compagnie, notamment, d’Émile Nadeau, d'Evan Dermott, d'Alexandre Duchaîne, de Nicolas Martineau et de Victor Primeau.

Ils sont rendus les modèles, dit avec fierté Nicolas Fontaine. Beaucoup de jeunes des environs de la ville de Québec gravitent autour de la rampe d’eau et voient toute la nouvelle génération de sauteurs qui s’en vient. Ils les regardent et veulent faire comme eux. Et tous ces jeunes-là ont débuté dans les clubs de ski acrobatique en faisant des compétitions de bosses et de sauts et sont devenus des athlètes très complets.

Cette passion-là fait en sorte qu’ils se poussent entre eux. Ils sont 10 ou 12 et ils rivalisent entre eux. Mais comme avec la Québec Air Force, ce sont les meilleurs amis. Et à la fin de la journée, ils partent tous ensemble en vélo de montagne.

Nicolas Fontaine

Les jeunes prodiges québécois se sont envolés pour la Finlande au cours du week-end dernier et prendront part aux Coupes du monde du début décembre, à Ruka. Fontaine souhaite qu’ils puissent se comparer à la crème des sauteurs des autres pays.

En Europe, beaucoup d’athlètes en Coupe du monde en sont encore à apprendre à skier à 19 ou 20 ans parce qu’ils viennent d’autres disciplines, indique-t-il. Ce sont des athlètes très forts en acrobaties, mais tout le côté ski est encore à travailler.

N’empêche, le calibre est fort au niveau international. Miha et ses amis ont besoin de ce genre de compétition pour hausser leur niveau. Les compétitions nord-américaines sont rendues trop faciles pour eux.

J’en ai gagné des compétitions à ce niveau-là. J’étais l’un des athlètes qui avaient les plus hauts degrés de difficultés à l’époque, mais je n’avais pas de stress. Quand j’arrivais aux Jeux olympiques, le niveau des autres athlètes se rehaussait, alors je sentais que mon avantage n’était plus là. Ça me mettait beaucoup de pression. C’est peut-être là que j’ai eu de la difficulté aux Olympiques à avoir plus de succès.

Nicolas Fontaine
L'athlète s'adresse aux médias en conférence de presse.

Nicolas Fontaine, en 2003, lorsqu'il annonce sa retraite.

Photo : La Presse canadienne / ANDRE FORGET

Le natif de Magog avoue s’être senti bien seul parfois à souffler sur les braises de son sport. Aujourd’hui, la flamme brûle plus que jamais et sa fille Charlie, qui aura bientôt 15 ans, a également l'intention de faire des étincelles.

Il y a quelques années, elle avait peur de faire des inversés sur la rampe et subissait beaucoup de pression de la part de ses coéquipières, se rappelle-t-il. Elle était sur le point de décrocher jusqu’à ce qu’elle voit une amie faire un saut périlleux. Ça lui a donné le coup d’envoi et elle est partie. Elle a fait son saut périlleux. Elle est tombée sur le ventre, mais elle est repartie en haut et a réussi. Depuis ce temps-là, elle est en pleine progression. Aujourd’hui, elle fait des sauts périlleux arrière avec vrille, et elle est prête pour faire des doubles sauts sur neige.

La relève du côté féminin n’est pas encore au niveau des garçons, mais c’est un autre dossier auquel Nicolas Fontaine se consacre d'ailleurs. Les noms de Charlie et de sa coéquipière au sein de l'équipe du Québec Alexandra Montminy deviendront peut-être célèbres un jour.

Et Nicolas Fontaine sera le premier à s'en réjouir.

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