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Courir, même quand le cœur n'y est plus

Luc Angers

Luc Angers

Photo : Gracieuseté de Luc Angers

Christine Roger

Luc Angers était à quelques mois de sa retraite lorsque sa vie a basculé. Cancer, arythmie cardiaque, dépendance à la médication. Il a touché le fond du baril. Il a voulu tout abandonner, mais jamais il n’a cessé de courir. Jusqu’au jour où il a vu la lumière au bout du tunnel.

Ce texte est le troisième d'une série de témoignages de sportifs atteints du cancer. Vous pouvez aussi lire :

Enseignant au primaire et au secondaire pendant une trentaine d’années, Luc Angers avait commencé à planifier son après-carrière. À 56 ans, il prévoyait de quitter tranquillement le milieu de l’enseignement pour réaliser certains de ses rêves avec son épouse.

Je le caricature un peu, mais je rêvais d’aller dans le sud, de faire du surf le matin, de jouer au golf l’après-midi et de participer à des activités communautaires le soir, raconte-t-il. 

Le père de deux enfants n’aura pas eu la retraite qu’il espérait. Lors d’un rendez-vous de routine, son médecin de famille a été alarmé par certains résultats. Après de nombreux examens approfondis, le diagnostic est tombé : Luc Angers souffrait d’une leucémie lymphocytique chronique.

Le choc a été brutal. Comment était-ce possible? Non seulement il était asymptomatique, mais aussi en excellente forme physique.

Je faisais régulièrement de sept à huit kilomètres par jour. Je me suis toujours entraîné. J'ai commencé à courir vers l'âge de 15 ans. Plus jeune, j'ai fait un peu de compétition. J'ai fait des demi-marathons. Ç'a toujours fait partie de mon style de vie.

Quand on reçoit un diagnostic de cancer, c'est vraiment comme si on se faisait knocker à la boxe. J'étais sonné. Sous le choc. Pas au point de vue physique, mais au point de vue émotionnel, poursuit-il.

Son oncologue lui a dit que la progression de son cancer était, pour le moment, plutôt lente. Ses globules blancs allaient finir par augmenter, et il a été décidé de faire des suivis tous les six mois.

Pendant cette période de latence, Luc Angers a vécu avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Chaque fois qu’il revoyait son médecin, il se demandait quelles mauvaises nouvelles il allait recevoir.

J’ai décidé de donner des cours à l’Université d’Ottawa et une chance que je l’ai fait, ajoute-t-il. Ça m’a distrait. J’ai aussi continué à courir. C’était essentiel pour mon équilibre.

Comme prédit, son taux de globules blancs a augmenté. En 2018, des examens ont montré que le cancer commençait à l’envahir. Il a donc entamé des traitements de chimiothérapie et d'immunothérapie en décembre, processus qui devait durer six mois.

Le premier traitement d’immunothérapie a été très violent, se souvient-il. J'ai réagi fortement. J'ai eu une atteinte neuropathique. Mon corps était en tremblements. J'avais fait de la fièvre. Je n'avais jamais vécu ça. Ç'a duré une vingtaine de minutes. J'étais dans tous mes états. Par contre, ç'a été efficace parce que dès le premier traitement, mes globules blancs ont commencé à descendre.

Les traitements de chimiothérapie n’ont pas été de tout repos non plus. Envahi par les nausées pendant quelques jours, il n’était certainement pas en mesure de courir huit kilomètres, mais il s’assurait tout de même de sortir marcher.

J’essayais du mieux que je pouvais de ne pas briser ma routine, même si la nuit avait été bouleversante. Quand on vit une douleur, on dirait que le corps s’y habitue. Ça provoque une résistance qui m'aidait à aller un peu plus loin.

En janvier, il a développé une arythmie cardiaque, un effet secondaire lié aux traitements. C’est à ce moment que le cauchemar a réellement commencé.

J'étais quelqu'un qui était en forme, et là, tout d'un coup, mon cœur commençait à battre dans tous les sens. Il était à 120, 130 battements par minute. J'étais habitué à avoir ça quand je courais, mais pas quand j'étais au repos. Il a fallu que je me rende à l'urgence pour avoir une cardioversion.

Luc Angers

C'est arrivé l'un après l'autre. Je ne combattais pas seulement le cancer, mais je combattais l'arythmie. J'avais plus peur de l'arythmie. Je ne savais pas ce qui se passait, continue-t-il.

Malgré tout, il n’a pas arrêté de courir. On lui a prescrit des comprimés à prendre pendant les épisodes d’arythmie. Pendant deux à trois mois, il a pris du Sotalol. Ce qui devait d’abord l’aider s’est avéré être son pire ennemi.

Ça m'a rendu insomniaque, j'étais anxieux, j'avais des spasmes musculaires. Ç'a été tellement difficile. J'ai même eu des pensées suicidaires. Je m'en allais en auto, j'avais le goût d'accélérer et de foncer sur les murets dans la voie d'accotement. Pour la première fois, je comprenais un peu ce que peuvent vivre les personnes qui sont toxicomanes. J'étais devenu un toxicomane. J'étais accroc à cette pilule-là. Je ne pouvais plus m'en débarrasser.

Il ne se reconnaissait plus. Malgré la souffrance et le désespoir, il n’a jamais cessé de travailler et de s’entraîner. C’est probablement, en partie, ce qui l’a sauvé.

Mon cardiologue voyait bien que je ne pouvais pas être sur ces médicaments-là. Il m'a dit de les arrêter drastiquement et m'a proposé de subir une chirurgie (Nouvelle fenêtre).

Comme c’est le cas pour bien des gens, la COVID-19 est cependant venue retarder le processus. Pendant ce temps, les épisodes d'arythmie se sont aggravés et pouvaient durer près de huit heures.

Luc Angers a finalement subi une opération au cœur en juillet dernier. Depuis, il n’a pas eu d’autres épisodes d’arythmie. Depuis un an, il est maintenant en rémission de son cancer. Il a recommencé à courir et court même plus vite qu'avant sa maladie. Et surtout, il est en vie.

Je n’avais plus la force de continuer, dit-il. Il y a eu une intervention divine pour que je puisse me sortir de tout ça par mes propres forces.

J'ai levé les yeux au ciel. J'ai demandé de l'aide. Il me restait juste ça.

Il a encore du mal à expliquer comment il a fait pour s’en sortir. Il y a évidemment eu l’appui inconditionnel de sa famille. Il y a eu sa foi. Il y a eu son travail, la course à pied, le golf…

Quand on court de longues distances, peu importe notre niveau d'entraînement, on aura des douleurs. On frappe un mur. On se dit que peut-être que dans deux ou trois kilomètres, ce mur va disparaître parce qu'on dirait qu'on a un second souffle. Ma mentalité pendant ce cauchemar, c’était ça.

Luc Angers

Il n’a jamais abandonné. Même quand son corps, son cœur et sa tête voulaient tout lâcher.

Il a attendu son second souffle.

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