•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Le Tournoi des maîtres et les bombes de Bryson DeChambeau

Un golfeur serre le poing après un bon coup.

Bryson DeChambeau a pris beaucoup de masse musculaire en 2020.

Photo : Getty Images / Jamie Squire

Au cours des 86 dernières années, le fabuleux parcours du club Augusta National a été défié sans relâche par les plus habiles golfeurs de la planète. Or ceux qui sont véritablement parvenus à le dompter sont rarissimes. À compter de jeudi, l’Augusta National sera toutefois attaqué de manière différente par l’Américain Bryson DeChambeau. Et tout le monde a hâte de voir comment il pourra se défendre.

Près de 600 jours se sont écoulés depuis la dernière présentation du Tournoi des maîtres, qui s’était soldée par une fabuleuse victoire de Tigers Woods, à l’âge de 43 ans. Ce fut d’ailleurs, pour un très grand nombre d’amateurs, l’événement sportif le plus marquant de l’année 2019.

Un golfeur exulte après un beau coup.

Tiger Woods a mis fin à une disette personnelle de 14 ans au Tournoi des maîtres en récoltant un 5e veston vert

Photo : The Associated Press / David J. Phillip

Les meilleurs golfeurs de la planète s’élanceront à nouveau sur les impeccables allées d’Augusta à compter de jeudi. Mais curieusement, malgré son statut de champion défendant, Woods est loin d’être au centre des conversations. Les observateurs de la scène du golf n’en ont que pour la fabuleuse, soudaine et mystérieuse puissance de Bryson DeChambeau.

En mars dernier, DeChambeau a profité de la pause forcée par la pandémie pour s’isoler en gymnase et travailler sur sa musculature. Lorsqu’il en est ressorti, trois mois plus tard, il avait pris 18 kg (40 lb) et était méconnaissable.

Son jeu aussi.

Entre mars et juin, DeChambeau a vu la distance moyenne de ses coups de départ passer de 322,1 à 344,4 verges, une statistique qui le situe désormais dans une classe à part, loin devant les autres têtes d’affiche de la Professional Golfers Association (PGA). Ce n’est pas anodin. DeChambeau a réussi à faire autant de progrès en trois mois que les golfeurs de la PGA en ont réalisés au cours des 16 dernières années. Entre 2004 et 2021, la longueur moyenne des coups de départ des joueurs de la PGA a modestement augmenté d’année en année, passant graduellement de 286,5 à 298,2 verges.


Dans n’importe quelle autre discipline sportive, une telle transformation physique et une amélioration aussi draconienne des performances auraient suscité bien des questions. Après tout, il y a à peine trois ans, DeChambeau cognait la balle à seulement 305,7 verges en moyenne à partir des tertres de départ. Ce dernier attribue toutefois ses progrès rapides à son approche scientifique de l’entraînement (il est diplômé en physique) ainsi qu'à l’utilisation de la technologie pour transformer et maximiser son élan.

Ce n’est pas impossible.

Dans le baseball majeur, par exemple, le nombre de coups de circuit a littéralement explosé au cours de la dernière décennie, parce que les frappeurs, avec l’aide de la technologie, se sont mis à modifier leur élan afin de soulever davantage la balle pour lui permettre de franchir de plus grandes distances. Tout cela parce que les statistiques avancées démontraient qu’au cours d’une saison, un nombre X de circuits procurent plus de victoires à une équipe qu’une bonne moyenne au bâton.

Mais revenons-en à DeChambeau.

Avant sa transformation physique, il revendiquait cinq victoires en quatre saisons dans le circuit de la PGA, et il n’avait pas remporté de tournoi depuis 2018. Or, dès son retour au jeu, DeChambeau a décroché deux titres, dont celui de l’Omnium des États-Unis, qu’il a remporté en septembre dernier par une confortable avance de six coups sur le cauchemardesque parcours de Winged Foot.

Sa puissance a assurément joué un rôle important dans sa première conquête d’un tournoi majeur, et ce, même s’il n’a atteint que 23 des 56 allées avec ses coups de départ. Il a quand même été le seul participant à terminer le tournoi sous la normale.

Au mois d’août, DeChambeau a aussi brièvement détenu le premier rang durant la ronde finale d’un autre tournoi majeur, le Championnat de la PGA.

Il semble donc avoir inventé une nouvelle formule gagnante.


Après sa victoire à l’Omnium des États-Unis, Bryson DeChambeau a remballé ses affaires et annoncé qu’il retournait à l’entraînement afin d’accroître davantage sa puissance. Au cours des dernières semaines, sur les réseaux sociaux, il a notamment annoncé qu’il avait réussi à soulever la balle sur une distance de plus de 400 verges.

Un golfeur lève les bras en triomphe.

Bryson DeChambeau à l'Omnium des États-Unis

Photo : Getty Images / Jamie Squire

Et cette semaine, ses rondes d’entraînement à Augusta ont énormément fait jaser. L’une de ces rondes a été disputée en compagnie de Sandy Lyle, un ex-champion du Tournoi des maîtres. Et, par curiosité, ce dernier a systématiquement noté les bâtons utilisés par DeChambeau après ses coups de départ.

Sur les normales 4 qui surpassent les 440 verges, DeChambeau entrait au vert à l’aide de... son cocheur de sable. Par ailleurs, sur une normale 5, comme le deuxième trou (long de 575 verges), DeChambeau n’a eu besoin que d’un fer 8 pour atteindre le vert.

Pour les raisons que l’on sait, le Tournoi des maîtres est exceptionnellement présenté en automne cette année. Les joueurs disent que les conditions de jeu sont différentes et que le parcours est plus mou qu’à l’habitude, ce qui devrait favoriser les longs cogneurs en général, et Bryson DeChambeau en particulier.


Bien entendu, frapper la balle avec force ne suffit pas pour remporter un tournoi de la PGA, et encore moins le Tournoi des maîtres.

Quand Tiger Woods a établi le record du tournoi avec un pointage cumulatif de 270 (18 sous la normale), en 1997, la longueur moyenne de ses coups de départ était de 294,8 verges. Et cette marque tient toujours, bien qu’elle ait été égalée en 2015 par Jordan Spieth. Celui-ci n’apparaissait alors qu’au 78e rang des cogneurs de la PGA, avec une moyenne de moins de 292 verges.

Mais pour un joueur comme DeChambeau – qui excelle sur les verts, mais dont le jeu avec les fers est très ordinaire –, le fait de pouvoir raccourcir le terrain en y allant de retentissants coups de départ procure certainement une meilleure marge de manœuvre. Et il semble en avoir pleinement profité depuis qu’il s’est réinventé.

La table est donc mise.

Jusqu’à présent, DeChambeau n’a jamais fait mieux qu’une 21e place au Tournoi des maîtres. Il s’agissait toutefois d’un autre Bryson DeChambeau.

En fin de semaine, un grand nombre d’amateurs le suivront de près pour voir s’il est effectivement possible de dominer l’Augusta National en y dispersant des bombes aux quatre vents et en atteignant les allées seulement la moitié du temps.

Si DeChambeau parvient à poursuivre sur sa lancée de l’été dernier, il finira inévitablement par être copié. Et ça pourrait considérablement changer la face du golf.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !