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« Le sport peut apporter beaucoup aux Québécois »

Un garçon botte un ballon en marchant, sur du gazon.

Le sport organisé québécois a été mis à mal par la pandémie.

Photo : iStock

Jean-François Chabot

Au lendemain de la publication des premiers résultats de l'enquête menée par le Pôle sports de HEC Montréal à propos des effets de la pandémie sur l'univers sportif d'ici, Alain Deschamps, directeur général de Sports Québec – un organisme qui regroupe une soixantaine de fédérations –, accueille positivement les constats et les réflexions présentés par Richard Legendre.

Dans un entretien accordé à Radio-Canada Sports, M. Deschamps souligne à quel point l'univers sportif québécois doit profiter de la présente crise pour mieux préparer l'avenir et ainsi répondre à la réflexion créée par les données recueillies auprès des 38 organismes, fédérations sportives, milieux scolaires, universitaires, équipes professionnelles et responsables de grands événements.

Rappelons qu'à partir des renseignements amassés, Richard Legendre, directeur associé du Pôle sports à HEC Montréal, a offert quelques pistes de solution allant de la reconnaissance du rôle essentiel du sport dans la société à un financement adéquat.

Le dirigeant dernier a aussi évoqué la création d'un ministère du Sport et de la Condition physique, pour que le sport soit reconnu comme moteur d'éducation et de santé.


Q. Quelle est votre première réaction face aux révélations de l’enquête?

R. Je vous dirais qu’on n’a pas appris grand-chose, autrement que de se faire confirmer des observations que l’on avait nous-mêmes faites de notre côté. Mais ç’a été confirmé par une entité réellement indépendante. Six ou sept constats y ont été relevés; on va attendre la suite de cette étude pour avoir certains détails. Mais la pandémie est vraiment un choc majeur pour le sport organisé au Québec.

Pour les fédérations sportives, oui, mais ils ont ratissé un peu plus large, jusqu’aux organismes multisports, les unités régionales de loisirs et de sport (URLS) [sous l'égide du ministère de l'Éducation], certains événements majeurs et le sport professionnel. Pour une première étude de HEC, on est très heureux d’y avoir collaboré.

C’est bon de donner ces informations-là pour que le grand public se rende compte de ce que le sport peut apporter aussi aux citoyens québécois.


Q. Êtes-vous d’accord quand Richard Legendre dit que le sport a besoin d’une voix commune pour se faire entendre?

R. On se connaît bien, et il a bien œuvré pour le sport organisé quand il était ministre du Sport. Sports Québec a un mandat de représentation des fédérations sportives. Mais cette voix unifiée, on l’a vraiment vue. Ç’a été un partage de leadership, tout au long de l’été. On a concerté nos membres, mais on a aussi fait affaire avec des gens que l’on concertait peu auparavant, que ce soit l’Association québécoise de loisir municipal, l’Association des régisseurs d’activités aquatiques, etc.

Ça démontre aussi qu’on est très civils dans le sport. On est très élégants. On se referme beaucoup sur nous-mêmes et on ne parle pas assez fort. Je pense que cette pandémie nous a permis de travailler beaucoup mieux ensemble. Dans les fédérations sportives, on s’est entendu pour parler de sport organisé dans lequel il y a les fédés, mais aussi le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) et les unités régionales de loisirs et de sport.

Depuis quelques semaines, avec notre lettre ouverte, notre pétition et des vidéos que l’on sort avec différents ambassadeurs, on essaie de garder en tête le niveau sportif et ses bienfaits pour la collectivité québécoise. Quand on va consentir à déconfiner quelque peu, on voudra être priorisés là-dedans. Ce n’est pas dans notre génétique habituelle d’avoir ce porte-voix.


Q. Sans parler de recommandations, Richard Legendre y est allé de réflexions ou de pistes de solution, notamment sur la question du sous-financement et sur la possibilité de créer un véritable ministère du Sport. Qu’en pensez-vous?

R. On réagit très bien. C’est exactement le langage que l’on utilise depuis les 20 ou 30 dernières années. Je vous dirais qu’en 40 ans, le sport, le loisir et l’activité physique ont été basculés dans près de 21 ministères. C’est pour vous dire si le sport est vraiment pris au sérieux par le gouvernement du Québec.

Je pense que cette année, il n’a jamais été autant pris au sérieux. Dans un de ses comités, Sports Québec a plaidé, cet été, qu’il était peut-être temps de mettre au monde un réel ministère du Sport, du Loisir et de l’Activité physique, et peut-être même y rattacher la Sépaq [Société des établissements de plein air du Québec] et les saines habitudes de vie.

Je pense que le sport organisé apporte tellement de bien pour la santé publique, surtout en mode prévention; on pourrait désengorger beaucoup d’urgences du Québec en adoptant un mode de vie physiquement actif. Le sport organisé joue un rôle pivot en ce sens-là. Il [Richard Legendre] faisait aussi mention de tenir des états généraux du sport. Je trouvais ça très intéressant.

Il y a quelques années, il ne faudrait pas oublier qu’on s’est renouvelé et qu’on a mis au monde une politique nationale du sport, du loisir et de l’activité physique. Il y a encore un bout de chemin à faire de ce côté-là.

Alain Deschamp répond aux questions devant la caméra

Alain Deschamps est directeur général de Sports Québec.

Photo : Radio-Canada


Q. Avez-vous l’impression d’avoir une oreille attentive du côté gouvernemental?

R. Définitivement. Cette année, on n’a jamais été aussi près du gouvernement et du ministère [responsable] du sport, du loisir et de l’activité physique, avec la direction du Sport, la ministre déléguée, madame Charest, et son cabinet. Les relations sont très bonnes. Jusqu’à tout récemment, on avait des discussions avec madame Charest.

Tout ce qu’on a fait comme mobilisation citoyenne, mais aussi à travailler de façon concertée avec le monde du sport, elle nous a dit qu’on lui permet d’avoir des éléments pour qu’elle puisse vraiment informer ses élus et ses collègues ministres. Le sport est vraiment au goût du jour. Le premier ministre lui-même tapait un peu du pied il y a deux semaines. Il a hâte que les jeunes retrouvent une forme de normalité, à l’école bien sûr, mais aussi [du côté] de l’activité physique.

Une femme en tailleur sourit en conférence de presse.

Isabelle Charest, ministre déléguée à l'Éducation et responsable de la Condition féminine

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

On ne pourra pas, d’ici quelques semaines, tenir des championnats québécois. On est très conscients de ça. On fait face à une pandémie mondiale, et le sport n’y échappe pas. On n’est pas déconnectés, mais il y a encore beaucoup d’incohérences. Quand je regarde qu’il y a du patinage libre dans un aréna ou de la natation, pourquoi ne pourrait-on prendre un cadre horaire et offrir des entraînements spécifiques pour le patinage courte piste, en respectant les consignes de santé publique? Il reste encore ces choses-là.

La déconnexion, c’est vraiment avec la santé publique. Il y a une grande méconnaissance de la part de la santé publique. Il y a aussi une incompétence au niveau de la compréhension du système sportif québécois. Ils ont cette fâcheuse perception voulant qu’automatiquement, quand on fait du sport, il y a des rassemblements. Mais on peut y voir. On peut mettre des agents COVID pour s’assurer qu’il n’y a pas de rassemblements, avant et après l’activité.

Durant l’activité, on l’a très bien démontré au cours de l’été, entre le 8 juin et la rentrée des classes. Sur l’ensemble des événements sportifs organisés au Québec, il y a eu 60 cas de COVID. Soixante en six mois... À un moment donné, on n’est pas infaillibles, mais on est loin d’être irresponsables.


Q. Avec la pandémie qui perdure, à quoi Sports Québec et les fédérations sont-ils confrontés?

R. Les fédérations sont toutes des organismes à but non lucratif. Il y a une perception publique qui veut qu’on soit tous des fonctionnaires. Ce n’est vraiment pas le cas. Ce ne sont pas des organisations gouvernementales; ce sont des organisations indépendantes. Bien sûr, on obtient des subventions du gouvernement pour des projets spécifiques et du fonctionnement quotidien (adhésions, sanctions, membership, royautés, commanditaires, etc.). Pas d’activités, pas de revenus. Pas de revenus : il y a un non-lieu au niveau de la fédération.

Présentement, pour bon nombre de fédérations, ce sont des reculs. On était [avant la pandémie] dans un bon momentum, pour la majorité des fédérations sportives, au niveau de l’adhésion, du renouvellement des sports, du développement sportif, de l’échiquier local à l’international en sol québécois.

Ce qu’on essuie présentement, ce sont des reculs de près de huit ans en moyenne pour bon nombre de fédérations sportives sur le plan des adhésions. Il y a aussi cette préoccupation grandissante dans le cas des jeunes sportifs, qui vont peut-être se détacher de leur sport. Comment va-t-on regagner leur confiance pour revenir au sport?

Cette fichue pandémie n’a pas de date butoir. On est en train de se demander : comment pouvons-nous vivre avec elle en ayant une offre sportive sécuritaire, saine et intègre? Voir dans quelle mesure, dans un proche avenir, on pourrait tenir un certain niveau de compétition.

Beaucoup de questions, très peu de réponses et une grande inquiétude.

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