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Courir 100 kilomètres pour la lutte contre la toxicomanie

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Un coureur sourit dans un stationnement

Samuel Trudel pose une main sur son cœur après avoir terminé les 100 kilomètres de sa course au profit d'Uniatox.

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

Samuel Trudel était exténué à l'arrivée de sa course de 100 kilomètres. Pendant 7 heures et 33 minutes, il a couru à une vitesse moyenne d'un peu plus de 13 km/h, parcourant 20 fois la même boucle de 5 kilomètres dans les rues de Mascouche. Il ne s'est accordé que quelques secondes de pause pour se ravitailler.

Il l'a fait seul, ou à peu près. Distanciation physique oblige, il a été accompagné par quelques amis à vélo ou à la course, en rotation. Tel un métronome, il a avalé les kilomètres sans jamais flancher, malgré les murs physiques et psychologiques.

Au bout de l'effort, applaudi par quelques proches, il avait les larmes aux yeux.

Ça faisait deux ans que je n'avais pas couru un 100 km et je me suis souvenu à quel point ça faisait mal un 100 km, a raconté Trudel à l'arrivée. J'ai fait un marathon récemment, et ça n'avait pas fait aussi mal que ça.

Cette année, Trudel aurait dû représenter le Canada pour une deuxième fois au Championnat mondial de 100 kilomètres sur route, prévu aux Pays-Bas. L'épreuve, comme à peu près tout le reste des compétitions sportives, a été balayée par la pandémie.

Il s'est donc mis en tête de courir les 100 kilomètres en solo. Il l'a fait pour lui, mais aussi pour une cause qui lui tient à cœur, la prévention et l'intervention en toxicomanie.

Il a profité de l'occasion pour amasser plus de 3500 $ pour Uniatox, un organisme de prévention, d'intervention et d'action en toxicomanie établi à Mascouche, où il habite.

L'organisme communautaire est plus sollicité que jamais. Avec l'isolement lié aux mesures sanitaires, certains freins naturels à l'excès de consommation ont disparu.

Ça fait 29 ans que je travaille ici et je n'ai jamais autant de détresse, autant de rechutes et autant de décès, explique Manon Massé, directrice d'Uniatox. La consommation de drogues légales et d'alcool a augmenté dans la population en général et c'est dangereux chez ceux qui sont plus vulnérables.

Samuel Trudel s'identifie particulièrement à cette cause.Il a lui-même abusé de l'alcool et des drogues jusqu'au début de la vingtaine. Il a même été expulsé de son école secondaire des Laurentides parce qu'il était un revendeur.

Un coureur sur une route

Samuel Trudel pendant sa course de 100 kilomètres au profit d'Uniatox

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

Jeune adulte, écœuré de cette vie de vices, il s'est repris en main, en partie grâce à l'entraînement.

Depuis sa première course à obstacles organisée, un événement de la série Tough Mudder, Trudel n'a jamais cessé de progresser et est devenu un coureur émérite. Il a remporté trois fois le marathon de Longueuil et trois fois celui de Magog. 

Sa balade dominicale de 100 kilomètres et son partenariat avec Uniatox étaient d'autant plus significatifs.

Quand tu luttes contre la toxicomanie, tu vis des hauts et des bas, et c'est ce que j'ai vécu aujourd'hui dans ma course, a dit Trudel. C'est correct d'avoir des bas, mais c'est possible de passer au travers des obstacles de la vie, comme j'ai réussi à passer au travers des miens aujourd'hui.

Parfois, quand tu es consommateur, tu dois trouver des alternatives aux drogues ou à l'alcool, ajoute Manon Massé. Il faut accorder de l'importance à ce qu'on veut voir grandir. Pour nous, ce que Samuel fait, c'est de voir grandir l'espoir. Il est en train de semer l'espoir pour des jeunes.

Même s'il ne consomme plus comme avant, Samuel Trudel a encore en lui un côté festif. Dimanche, comme lors des grandes occasions, il arborait fièrement sa généreuse moustache, pour se rappeler qu'au-delà de la performance et de la douleur, il se faisait aussi plaisir.

Il comptait célébrer en mangeant une bonne pizza en famille, et il prendra une petite pause d'entraînement. Son entraîneur lui a interdit de s'entraîner pour trois semaines.

Parce que si ce n'était que de lui, son côté excessif le pousserait à enfiler de nouveau ses chaussures bien avant cela.

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