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À l'assaut de l'Everest des mers

Des embarcations amarrées dans une marina.

Des embarcations aux Sables-d'Olonne en France avant le départ du Vendée Globe.

Photo : afp via getty images / LOIC VENANCE

Le Vendée Globe, la course à la voile autour du monde sans escale et sans assistance, s’élance dimanche aux Sables-d’Olonne. Trente-trois navigateurs et navigatrices seront au départ de cette course mythique et impitoyable qui lui a valu d’être surnommée l’Everest des mers.

Entretien avec le directeur de la course, Jacques Caraës.

C’est sans doute une des dernières grandes épopées humaines, explique-t-il, d’entrée de jeu.

Un homme pose dans une marina.

Jacques Caraës, directeur de course du Vendée Globe

Photo : afp via getty images / LOIC VENANCE

Cette course autour du monde a un cachet particulier avec son côté aventureux que l’on ne retrouve pas dans d’autres compétitions. C’est un parcours très long, semé d’embûches. Il faut passer par tous les océans, l’Atlantique, le Pacifique, l’océan Indien pour finalement faire le tour de l’Antarctique avec une zone d’exclusion pour éviter que les marins ne rencontrent des icebergs. D’ailleurs, plus de la moitié ne finiront pas.

Jacques Caraës, directeur de course du Vendée Globe

Pour cette neuvième course, car elle n’a lieu que tous les quatre ans, les organisateurs n’avaient pas prévu un invité surprise, la COVID.

La COVID nous a amenés à changer les plans initiaux. On a interdit au public de venir au départ, ce qui est très douloureux, souligne le directeur de course. On a dû mettre en place des mesures difficiles pour les skippers. Pour être certain qu’ils partent en bonne condition physique, on a dû les mettre en quarantaine durant sept jours minimum. On va perdre aussi de la magie avec l’absence de ce public au départ. Traditionnellement, il pouvait s’installer tout le long du chenal pour voir partir les bateaux. Sur la mer, les plaisanciers qui suivaient les bateaux ne pourront pas non plus être présents. Tout cela est un petit peu triste.

Nouvelles technologies et premières

Cette édition bat tous les records, celui de 33 navigateurs, comparativement à 29 en 2016, mais surtout la présence de 6 femmes. Depuis sa création en 1989, seulement sept femmes ont participé au Vendée Globe.

En 2016, nous n’avions aucune navigatrice et là on a six femmes qui ont pu se qualifier, ajoute Jacques Caraës. Ce sont des femmes qui sont très compétitives, je pense à Samantha Davies et Isabelle Joschke qui ont des bateaux très rapides équipés de foils. Les femmes dans le Vendée Globe ont tout à fait leur place et l’on est très content de voir que leur niveau de compétition est très élevé.

Une femme seule sur son voilier

La skipper Britannique Samantha Davies

Photo : afp via getty images / LOIC VENANCE

À savoir si les femmes naviguent de manière différente, Jacques Caraës souligne l’aspect stratégique de la course.

Je pense que l’avantage de ce sport c’est qu’il n’est pas uniquement physique, il est aussi stratégique, avance-t-il. Quand on parle de la stratégie appliquée au parcours, à la météo, les femmes ont leur façon de faire et sont sur le même pied d’égalité que les hommes. Ce n’est pas qu’un sport de puissance, c’est un sport de réflexion et de mental.

Une autre première fait couler beaucoup d’encre dans les tabloïds anglais, car pour la première fois dans l’histoire du Vendée Globe, des amoureux se feront la lutte.

Samantha Davies et Romain Attanasio sont un couple dans la vie, mais seront adversaires. Ils laissent d’ailleurs sur le quai, Ruben, leur petit garçon de 9 ans aux bons soins des grands-parents.

Une course à la voile ou un vol au-dessus des océans?

Les foils (des ailettes placées sous la coque) dont parle le directeur de course, c’est la nouveauté à ce Vendée Globe. Une technologie qui permet au bateau de surmonter la résistance de l’eau. En clair, cela permet de voler au-dessus des vagues. Cette technologie avait déjà été utilisée en 2016, mais n’était pas encore au point.

S'il y a quatre ans, ils soulevaient entre 20 % et 30 % du bateau, aujourd’hui c’est 100 %. On s’attend donc à des records de traversée. En 2016, le français Armel Le Cléac’h avait bouclé le tour du monde en 74 jours, 3 h 35 min 46 s. Si la technologie est récente, son apprentissage l'est aussi.

Les marins qui vont l’utiliser n’ont pas une grande expérience et devront également adapter en permanence leur navigation. La vitesse du bateau sera certes plus importante, mais elle sera aussi proportionnelle aux dangers.

Comme le disait si justement la navigatrice Alexia Barrier, lors d’une entrevue à Radio-Canada Sports.

C’est comme si tu alignais sur un circuit une deux-chevaux et des formules 1. Mais les petites voitures ont de grandes chances de terminer, alors que les formules 1 ont de grandes chances de finir dans le sable.

Une sécurité renforcée

Le Vendée Globe n’a pas usurpé son surnom d’Everest des mers. Comme la célèbre montagne, la course a déjà eu son lot de victimes. Mike Plant, Nigell Burgess et bien sûr le navigateur québécois Gerry Roufs ont péri.

Gerry Roufs au départ des Sables-d'Olonne le 3 novembre 1996

Gerry Roufs au départ des Sables-d'Olonne le 3 novembre 1996

Photo : vendeeglobe.org/Jacques Vapillon

C’est vrai que l’on a un souvenir douloureux de l’époque de Gerry, que je connaissais très bien, se rappelle Jacques Caraës. Aujourd’hui, les outils ont beaucoup progressé, comme les balises de positionnement. On a aussi des balises de retournement qui en cas de chavirement peuvent déclencher l’alerte. On a des services météo qui sont de plus en plus précis et même des images satellites qui suivent la dérive des glaces et les icebergs potentiels.

Pour ce Vendée Globe, on va demander aux navigateurs d’envoyer régulièrement des vidéos, des photos et des messages. Une initiative qui a créé une certaine grogne chez les navigateurs qui, comme ils le disent, ont d’autres choses à faire que de se mettre en scène et que ces précieuses minutes sont grugées sur leurs heures de sommeil.

Une amende de 5000 euros est prévue pour le navigateur qui ne communiquera pas.

Jacques Caraës en est conscient et sait très bien que certains compétiteurs qui visent le podium feront le minimum demandé.

Des dangers présents au quotidien

C’est vrai que la perte de quelqu’un à la mer c’est pour nous la hantise la plus forte.

Jacques Caraës, directeur de course du Vendée Globe

Le Vendée Globe est une course qui s’échelonne sur plusieurs mois et le suspense est total.

En tant que directeur de course, et avec mon équipe, car j’ai une équipe qui fait des quarts 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, on tourne comme sur un bateau finalement, ce que l’on redoute le plus c’est le risque de perte humaine. Un homme à la mer c’est difficile à détecter. On a des outils pour suivre toutes les 30 minutes les positions des bateaux, qu’on peut aussi augmenter.

Un bateau dans une marina avec un ourson en peluche attaché à l'avant.

Une embarcation aux Sables-d'Olonne, avant le départ du Vendée Globe 2020.

Photo : afp via getty images / LOIC VENANCE

On surveille en permanence leurs trajectoires, leur vitesse et surtout les pertes de vitesse, explique-t-il. Dès qu’on a une alerte à ce sujet, on interroge immédiatement soit le manager de l’équipe soit le bateau lui-même par liaisons satellitaires. C’est vrai que la perte de quelqu’un à la mer c’est pour nous la hantise la plus forte. Ce que l’on souhaite c’est que chacun puisse relier la terre. On sait très bien que tout le monde n’arrivera pas au bout, mais qu’au moins chacun peut trouver son port d’attache.

Il faut avoir un peu de folie pour faire cette course.

Jacques Caraës, directeur de cours du Vendée Globe

Ce n’est pas donné à tout le monde de vouloir s’engager dans un tour du monde sans escale et sans assistance, souligne le directeur de course. Je pense que la réflexion du marin pour se lancer dans une course ne doit pas être prise à la volée. Mais c’est une réflexion de folie malgré tout parce que l’on ne sait pas où l’on va vraiment.

La folie, c’est ce qui fait aussi la belle chose de ces aventuriers-là. Tout n’est pas calculé, rien n’est prévu, il faut avoir un mental un peu particulier et, dans ce mental-là, il y a un petit soupçon de folie, certainement, conclut Jacques Caraës.

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