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Le crachat dans le sport, un geste appelé à disparaître?

Un joueur de soccer crache en l'air.

Kyle Walker, de Manchester City, crache de l'eau pendant un match.

Photo : Getty Images / Michael Regan

Jean-François Chabot

Pendant le déconfinement du début de l’été, plusieurs fédérations et ligues sportives ont interdit à leurs adeptes de cracher pour freiner la propagation de la COVID-19. Le changement d'habitudes perdurera-t-il après la pandémie?

Dans une entrevue accordée au magazine français Le Vif/L’Express en juin 2012, le directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (IRMES) à l'Institut national du sport et de la performance (INSEP), Jean-François Toussaint, précisait que l'exercice physique agit également sur la sécrétion de mucus.

L'augmentation du débit respiratoire lié à l'exercice stimule la muqueuse qui tapisse les bronches et lui fait produire plus de mucus bronchique, mécanisme de défense naturel contre les bactéries, les poussières et les autres éléments présents dans l'air. Le premier réflexe est de cracher ce surplus de mucus lié à l'activité sportive, a-t-il dit.

Ce qui est un réflexe naturel pourrait, dans certains cas, expliquer ce qui devient une manie où l’on répète la chose sans y penser.

La Dre Cécile Tremblay, infectiologue rattachée au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l’Université de Montréal, insiste sur le caractère profondément contagieux du geste.

Cracher, c’est la même chose que tousser fort ou éternuer. Donc, c’est une façon de propager des gouttelettes respiratoires dans lesquelles le virus peut se retrouver.

Dre Cécile Tremblay, infectiologue

Si elle ne se prononce pas sur la pérennité à donner ou pas aux mesures appliquées dans le sport en ce moment, elle souligne ce qui devrait, en tout temps, constituer la base de l’hygiène.

En termes d’hygiène, on ne recommande jamais de cracher par terre. S’il faut cracher, c’est dans un mouchoir. Naturellement, pour les joueurs sur la glace ou sur un terrain, ça devient un peu difficile. Mais c’est une bonne pratique que d’empêcher de cracher en période de pandémie.

Un gardien de but crache au travers de son masque.

Al Montoya durant son séjour avec les Panthers de la Floride

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Changer les habitudes

En temps normal, cracher sur une surface de jeu n’a déjà rien de bien ragoûtant. Au cœur d’une pandémie, le geste devient carrément menaçant.

C’est pourquoi, au moment de la reprise de leurs activités, la plupart des fédérations sportives ont adopté une règle interdisant de cracher dans le but d’endiguer la propagation du virus.

Dans certains cas, pendant un match ou une compétition, l’arbitre peut, après deux avertissements, expulser le fautif. Dans son protocole mis à jour au début d’octobre, Hockey Québec aborde clairement la question :

  • Si un officiel voit un joueur cracher ou cracher de l’eau sur la surface de la glace, il doit en informer l’entraîneur-chef de l’équipe des joueurs fautifs au prochain arrêt de jeu. Les entraîneurs seront avisés de traiter de tels cas avec leur équipe et que cela n’est pas acceptable.
  • Si une équipe a été avisée deux fois au cours d’un match et qu’une troisième occurrence se produit, les officiels sont priés de respecter l’échelle suivante : attribuer au joueur fautif une pénalité antisportive selon la règle 9.2 (a).
  • Après en avoir informé à nouveau l’entraîneur, indiquer que toute autre instance par un ou plusieurs joueurs sera désormais considérée comme une pénalité d’inconduite et signalée à la ligue sur le rapport de match ou le rapport d’incident.

La porte-parole de Hockey Québec Marie-Joël Desaulniers laisse entendre que sa fédération étudie déjà la possibilité d’en faire une mesure permanente.

Pourquoi pas? Nous le souhaitons d’ailleurs. Nous ne pouvons être contre la vertu d’avoir un sport plus propre et sécuritaire en termes de mesures sanitaires. Nous sommes d’ailleurs persuadés que la pandémie actuelle nous amènera à nous questionner sur nos différentes façons de faire et de conserver certaines règles sanitaires comme celle de ne pas cracher, a-t-elle indiqué à Radio-Canada Sports.

Sur le gazon aussi

Du côté de Soccer Québec, le directeur général Mathieu Chamberland souligne que des mesures similaires ont été appliquées pour freiner la propagation de la COVID-19.

Dans notre protocole de retour de matchs, les crachats n’étaient pas recommandés. Cette ligne directrice nous venait aussi de Soccer Canada. Nos règles de jeu sont aussi celles de la FIFA. Les gens ont été bien sensibilisés au début de la saison, a-t-il affirmé. Le message à nos membres était que de jouer au soccer pendant l’été constituait un privilège et qu’il fallait se plier aux consignes.

Au départ, les règles internationales qui régissent la pratique du ballon rond interdisent et pénalisent déjà le fait de cracher en direction d’un joueur ou d’un officiel.

Mathieu Chamberland est ouvert à l’idée de maintenir la contrainte née de la pandémie de manière à modifier de façon permanente les habitudes des jeunes qui ont maintenant appris à ne plus cracher quand ils pratiquent leur sport favori.

Je pense qu’il faudrait sonder nos membres de regarder si ça constitue un problème si un joueur qui prend une gorgée d’eau et s'il la recrache par terre. Y a-t-il une forme de promotion qui pourrait être faite? Votre appel va peut-être susciter une réflexion que l’on n’a pas eue et que d’autres sports n’ont probablement pas eue.

Mathieu Chamberland, directeur général de Soccer Québec

Imiter les pros

Ce n’est un secret pour personne quand on dit que les jeunes sont influencés par le comportement de leurs idoles. Dans le sport, ça va de la manière de lacer ses patins à celle de célébrer un but.

Il est clair que les émules sont nombreuses même quand il en va du fait de cracher durant un match. À ce chapitre, le baseball offre une multitude d’exemples que les jeunes reprennent à leur compte.

Il crache.

Le lanceur Kerry Wood des Cubs du Chicago dans l'abri des joueurs

Photo : Getty Images / Brian Bahr

Le directeur général de Baseball Québec, Maxime Lamarche, reconnaît le phénomène, lui qui a déjà porté les couleurs des Capitales de Québec et qui a enseigné son sport dans le programme sport-études des Canonniers, dans la région de Québec.

Ça fait partie des mœurs. Le crachage se développe parce que, très jeunes, nos athlètes prennent de grosses chiques de gomme balloune. Ils passent rapidement aux graines de tournesol. On leur a simplement dit, et ç’a été très bien respecté, que cette année allait être particulière. Il n’allait pas y avoir de gomme sur le terrain et pas de graines de tournesol. On allait ainsi contrôler une bonne partie de la source de crachats.

Maxime Lamarche, directeur général, Baseball Québec

Envisage-t-on de maintenir ces normes sanitaires au-delà de la pandémie? Maxime Lamarche n’en est pas encore convaincu.

C’est une très bonne question à laquelle je n’ai pas encore de réponse parce qu’on n’a pas du tout réfléchi à ça, a-t-il dit. Mais je peux vous dire qu’on travaille présentement à voir comment, en tant que fédération, on pourrait jouer un rôle dans l’éducation des enfants, dans ce que j’appelle les compétences de vie, tout ce qui est politesse, prendre soin de l’environnement, etc.

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