•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

S'entraîner pour déjouer la maladie

Gros plan du visage d'un homme à l'extérieur, en été

Joey Marcotte, en 2019

Photo : Gracieuseté de Joey Marcotte

Christine Roger

Le pronostic était sombre. Très sombre. Cancer du pancréas de stade 4, avec métastases au foie. La prédiction de l’oncologue, Joey Marcotte n’y a jamais cru. À 50 ans, il s’entraînait cinq fois par semaine. La mort lui semblait si loin. Pour sa fille de 15 ans, il a choisi de ne pas se laisser abattre. Il a choisi de vivre.

Ce texte est le deuxième d'une série de témoignages de sportifs atteints du cancer. Cliquez ici pour lire le premier.

Joey Marcotte travaille au pénitencier pour femmes de Joliette depuis 19 ans. Avant son diagnostic de cancer, il était très actif. Rien ne laissait vraiment présager ce qui l’attendait.

Quand je m’entraînais, j’avais un inconfort du côté droit, raconte-t-il. Je pensais que c’était mes abdominaux. J’avais de la difficulté avec l’alcool depuis plusieurs mois et j’avais des maux de coeur lorsque je mangeais de la viande, mais j’allais bien quand même.

Il a pensé à des pierres aux reins. Ses amis lui disaient que c’était sans doute sa vésicule biliaire.

Cette douleur qui le gênait, c’était en fait une masse au foie.

C’est son médecin de famille qui a sonné l’alarme. Il l’a rapidement envoyé passer des tests au CHUM. Joey Marcotte a reçu un diagnostic informel en février et a rapidement été retiré de son travail. Une chance, selon ses dires, puisque quelques semaines plus tard, il y avait une éclosion majeure de COVID-19 au pénitencier de Joliette. Plus de 100 cas, dont une cinquantaine parmi les employés.

Le 16 mars, alors que le Québec venait tout juste d’être mis sur pause en raison de la pandémie, la vie de Joey Marcotte a basculé. On lui a confirmé le diagnostic et le pronostic qui vient avec. 

Lors de ma première rencontre avec mon hémato-oncologue en mars, il m’a annoncé que mon cancer ne se guérissait pas et qu’il ne me restait pas longtemps à vivre.

Ç’a été un choc énorme, surtout que je suis père d’une fille de 15 ans. Ma fille, c’est la principale raison pourquoi je ne veux pas mourir.

Une citation de :Joey Marcotte

Il a pris quelques jours pour encaisser la nouvelle. Le plus difficile était de l’annoncer à sa fille. C’était probablement le pire moment de sa vie. Pire que le diagnostic lui-même.

Au début, elle a beaucoup réagi. Je lui ai dit : " Je vais tout faire pour que les choses se passent bien." J’avais peur, mais j’ai pensé à ma fille. Elle a passé une grosse épreuve il y a quelques années. Elle est diabétique. Je me suis dit : "Si elle a eu le courage de passer à travers, je vais le faire aussi."

Le 7 avril dernier, il a commencé ses traitements de chimiothérapie. Son médecin l’a averti que le traitement choisi est l’un des plus agressifs. Et il disait vrai.

Les deux premiers traitements, j’ai perdu 40 livres. Je n’étais plus fonctionnel. Je mesure 6 pieds et 3 et je suis descendu de 245 à 200 livres rapidement. Et à ce moment, même si j’avais espoir de m’en sortir, je n’étais vraiment pas certain, dit-il.

Je ne pouvais pas m’entraîner à ce moment-là. Ils m’ont donné des médicaments pour les effets secondaires. Je vomissais pendant quatre jours. J’avais de la misère à me tenir debout. Je ne suis pas le plus costaud, mais j’ai perdu toute ma masse musculaire. Je ne voulais vraiment pas dépérir devant ma fille et c’est vraiment une des choses qui m’a aidé à me prendre en main.

Il a vécu l’enfer lors des premiers traitements, mais heureusement, ils sont efficaces. Le plan de match peut donc être changé, en optant pour un traitement qui engendre beaucoup moins d’effets secondaires. À la mi-mai, après un mois et demi d'arrêt, il a renoué avec l’entraînement.

Je fais des traitements de chimio aux deux semaines et ça n’a pas arrêté depuis le 7 avril. J’ai mon traitement le mercredi et, jusqu’au samedi, je ne suis pas top shape. J’ai aussi une pompe sur moi pendant 48 heures qui m’injecte les produits. Ça me prend quatre jours et je recommence mon entraînement le dimanche. Je fais 10 jours de suite d’entraînement, jusqu’au mardi avant mon traitement.

Et pas question de rater un entraînement. Il reconnaît qu’il s’impose cette discipline avant tout pour garder le moral. Rapidement, il a pu voir les effets positifs de l’activité physique sur sa santé.

Les effets secondaires sont diminués par le fait que je m’entraîne, se réjouit-il. Un spécialiste du pancréas que j’ai consulté à Royal-Victoria me dit que c’est significatif. Et au niveau psychologique, ça change tout. Ça m’arrive d’avoir des downs. De me demander : "Est-ce que je vais mourir?" Quand je sors du gym, on dirait que les énergies négatives sont pas mal parties.

Un homme sourit.

Joey Marcotte, à l'été 2020

Photo : Gracieuseté de Joey Marcotte

Dans ma tête, je ne suis pas quelqu’un qui a un cancer

S’il a toujours été actif, Joey Marcotte est aujourd'hui probablement plus à l’écoute de son corps. Il doit parfois abaisser ses attentes et respecter son rythme ou, plutôt, celui que son corps et sa maladie lui imposent.

Au début, je l’ai fait parce que je ne voulais pas dépérir. Je me suis dit que j’allais y aller jusqu’à ma limite. Je n’avais pas l’air malade, mais j’avais vraiment maigri. Je n’étais pas aussi énergique. 

Mon médecin m’a dit de me respecter, de ne pas me brûler. Les premières fois, j’y allais pas mal fort et j’étais épuisé. Maintenant, je considère que je suis presque plus en forme que ce que j’étais avant. Je ne sens pratiquement plus les effets secondaires. Je suis remonté à un poids stable, plus léger, de 230 livres.

Ses médecins sont stupéfaits des résultats. Selon eux, son excellente condition physique permet de rehausser l’efficacité des traitements. Toutes les masses de Joey ont diminué. Ses marqueurs tumoraux sont passés de 34 à 6, ce qui signifie que son cancer est beaucoup moins intense qu’il l’était il y a six mois.

À part la douleur au foie, je n’ai jamais rien senti au pancréas. Le pancréas, c’est un tueur silencieux. On ne sent pas qu’il est malade. Je suis en excellente forme. Si je ne faisais pas de traitements, j’oublierais presque que j’ai le cancer.

Il ne peut toutefois pas l’oublier complètement, ce cancer. Le pronostic initial, il n’y a jamais cru, mais il l’a toujours en tête. Son médecin lui a dit qu’il gagnait du temps. Pourtant, il n’a pas l’impression qu’il va mourir bientôt, au contraire.

C’est sûr que c’est épeurant. Je pense vraiment à la mort. Pour vrai, c’est très difficile. C’est quelque chose qui me joue sur le moral, qui me rend triste. Par rapport à ma fille... J’essaie de m’occuper, de regarder un film, je vais marcher ou je m’entraîne.

Une citation de :Joey Marcotte

Si Joey Marcotte a accepté de raconter son histoire, c’est avant tout pour aider les autres. Chaque jour, il essaie de faire une différence.

Avant son diagnostic, il se donnait pour mission de transmettre du positif aux détenues dans le cadre de son travail. Aujourd’hui, il le fait avec des gens qui vivent la même chose que lui. Les infirmières lui demandent souvent, pendant les traitements, de parler à d’autres patients qui ont des difficultés ou qui sont particulièrement jeunes.

Dans ma tête, je ne suis pas quelqu’un qui a un cancer. Je suis quelqu’un qui vit une épreuve et qui va s’en sortir.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !