•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'examen sur Natation Artistique Canada expliqué par sa chef de direction

Au-dessus de l'eau, des jambes émergent.

Des membres de l'équipe canadienne de natation artistique

Photo : Associated Press / Moises Castillo

Diane Sauvé
Jacinthe Taillon

Le 30 octobre, Natation Artistique Canada (NAC) a publié le résultat de l'examen complet de l'environnement d'entraînement de son équipe nationale et les mesures qu'elle prévoit prendre pour résoudre les problèmes identifiés. Radio-Canada Sports s’est entretenu avec la chef de la direction, Jackie Buckingham.

Q.- Quel était le but de cet examen?

R. Dès que nous avons entendu des athlètes dire qu'elles avaient des inquiétudes, nous voulions agir très rapidement pour comprendre ce qui se passait et avoir une certaine clarté sur la situation. Donc, avec l'examen, nous souhaitions pouvoir obtenir des informations de tous les participants. Ainsi, cela nous permettrait d’apprendre ce que nous devions faire ensuite pour résoudre les problèmes soulevés par les athlètes.


Q.- Quels ont été les constats?

R. Rien de flagrant n'a été signalé par les athlètes. Donc pas d'abus sexuel, pas d'abus physique, pas de bizutage de nos nouveaux athlètes qui sont arrivés au centre en septembre. Cela nous a donné une grande confiance. Le rapport a souligné qu'il y avait d'autres problèmes liés au harcèlement, à la discrimination de même que certains problèmes qui ont été identifiés comme de la négligence. Nous en avons donc discuté tout au long du processus d'examen.

Maintenant, l'objectif de l'organisation est de prendre cette information et de construire un programme d'éducation solide qui informe à la fois nos athlètes et nos entraîneurs dans toute l'organisation, pas seulement dans l'équipe nationale.


Q.- Bien que cet examen n'a trouvé aucune preuve d'abus sexuel, d'abus physique ou de bizutage dans le programme de haute performance, nous avons relevé des expériences d'abus psychologique, de harcèlement, de négligence, de harcèlement sexuel et de discrimination ainsi qu'une culture de la peur, peut-on lire dans le rapport. Que direz-vous aux athlètes qui doivent retourner à la piscine?

R. Avant qu'ils retournent à la piscine, nous devons passer par un processus assez exhaustif. Nous devons procéder à une réintégration. Nous comprenons qu'avant de pouvoir rassembler les athlètes et les entraîneurs, nous devons mieux comprendre des deux côtés quelles sont leurs attentes et leur définition concernant ces termes afin que nous puissions obtenir une certaine clarté.

Et ce que nous espérons vraiment, c'est qu’au moyen de ce processus de réintégration, nos athlètes pourront nous dire ce que signifie, par exemple, le mot négligence ou tout autre terme qu’elles ont utilisé. Nous avons besoin qu’elles définissent ces termes pour nous. Alors, ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Et dans certains cas, ce n’est pas toujours clair. Mais nos athlètes pourront nous le dire.

Nous avons besoin qu’elles nous aident à mettre en place ce programme de sport sécuritaire. Cela se fera avec la collaboration d’experts pour définir quels comportements elles sont prêtes à accepter dans un environnement de haute performance. Et elles doivent reconnaître qu'il y aura des choses qu'un entraîneur voudra peut-être faire pour les pousser à s'améliorer. Il s'agit d'un centre de haute performance, nous devons donc savoir à quoi ressemblent ces choses et avec quoi elles sont à l'aise en termes d'aide du personnel d'entraîneurs pour les amener à avancer et aussi ce qui est absolument inacceptable.

Elles doivent comprendre que les entraîneurs, dans certains cas, n'ont pas les mêmes informations. Nous devons donc nous assurer qu'ils disposent aussi de la même information.


Q.- Qu’est-ce que vous voulez dire par une compréhension différente?

R. Le code de conduite universel, produit par Sport Canada et qui définit la maltraitance dans le sport, a été intégré dans nos politiques. C'est très nouveau. Ce n'est pas entièrement mis en œuvre.

Ce que l’examinateur nous aide à comprendre, c’est que nous avons des politiques très strictes. Ce que nous n’avons pas, c’est une compréhension de ces politiques. Ce que nous devons faire maintenant, qui n’a pas été assez fait, est d'éduquer les gens sur ce que tout cela signifie.

Nous devons traduire l’information provenant du code et savoir ce que veut dire sport sécuritaire. Savoir ce que peuvent dire ou non les entraîneurs, ce que devraient dire ou non les athlètes. Ce que nous avons trouvé dans l’examen, c’est que nous fonctionnions selon des interprétations différentes.


Q.- Avez-vous réellement besoin des athlètes pour définir ce qui est acceptable ou non?

R. Pas en termes de définitions elles-mêmes. Mais nous devons créer un environnement où elles peuvent se sentir en sécurité. Donc, nous avons vraiment besoin qu'elles nous décrivent cela et quelles sont les choses qu’elles ne peuvent absolument pas tolérer. Car certains de ces concepts sont assez larges.

Ensuite, elles nous aideront à comprendre cela parce que c'est vraiment leur programme, leur rêve olympique.


Q.-Cet examen a été réalisé sur une base de témoignages confidentiels. Comment les nageuses se sentiront-elles de vous en parler publiquement, constatant qu’il n’y a eu aucun changement?

R. Nous apporterons des changements. C'était le but de l'examen et c'est ce que nous ferons. Nous allons les aider. Notre objectif est de leur fournir des experts facilitateurs pour les aider à construire elles-mêmes ce programme. Nous ne serons pas nécessairement présents. C’est une occasion que nous leur offrons en tant qu’athlètes seniors et jeunes femmes fortes qui peuvent prendre certaines de ces décisions pour elles-mêmes. 

Nous devons mettre en place des mécanismes de dénonciation pour qu’elles sachent quoi faire si quelque chose ne va pas. Pour qu’elles sachent qu’il y a moyen d’y arriver, pas toujours en passant par l’officier de sport sécuritaire.


Q.- Si l’on se réfère au rapport [publié sur votre site Internet,] et à cette citation que nous vous avons lue plus tôt, il nous semble que s’il n’y a pas d’abus sexuel ou physique, le reste n’a pas d’importance pour vous.

R. Si les entraîneurs sont évalués par rapport aux normes indiquées dans les diverses politiques de conduite, ils doivent comprendre ce que cela signifie pour eux. Et nous comprenons que le coaching a évolué au cours des 20 dernières années et que les choses ont changé. Ce qui était acceptable de dire ou de faire pour les entraîneurs, il y a 20 ans ou même 5 ans, est bien différent maintenant.

Il faut donc les aider à comprendre où les choses ont changé et en particulier avec ces nouvelles règles qui émergent dans le code de conduite universel. Il n'est pas juste, sur le plan de l'équité procédurale, d'évaluer une personne en fonction d'un critère dont elle ne connaît pas l’existence ou qu’elle n’a pas encore eu la chance de comprendre.


Q.- Mais cette personne n’aurait-elle pas dû savoir que cela ne se faisait pas?

R. C’est une question d’opinion. Ils ont besoin d’éducation. Tout le monde a besoin d’être éduqué. Il n'est pas possible d'avoir une évaluation juste d'une situation tant que tout le monde n'a pas la même compréhension de ce dont nous parlons et tant que tous ne parlent pas le même langage.


Q.- Mais le centre a fermé après un incident survenu ce fameux jeudi matin [24 septembre 2020] et après des courriels faisant état des préoccupations de nageurs et d’entraîneurs de clubs. Quand on lit le rapport, il peut sembler que cela ait été ignoré. 

R. Ces commentaires sont ce qui a déclenché l’examen interne. Toutes les personnes qui ont écrit ces propos ont également participé à cet examen. Elles ont toutes eu l’occasion de fournir plus de détails. Et nous leur avons également expliqué le rapport. Ilan Yampolsky, de la firme ITP Sport, qui a mené l’examen, leur a expliqué les résultats et leur a fourni une interprétation de ces résultats en lien avec notre programme de sport sécuritaire.


Q.- Mais lorsque nous lisons les termes harcèlement sexuel et psychologique [dans le rapport], nous nous demandons, comme plusieurs, si ce n’est justement pas la responsabilité de Natation Artistique Canada de protéger les athlètes d’abord.

R. Nous avons absolument la responsabilité de protéger d'abord nos athlètes, et c'est notre objectif.


Q.- Mais cet examen n’en était-il pas un de sport sécuritaire puisque sur le rapport, il est inscrit examen sport sécuritaire [Independent Safe Sport Review Report]?

R. Il y a deux choses distinctes. L'examen était un examen interne. Ce n'était pas une enquête. L'un est un processus de tierce partie très formel et structuré qui implique des témoins et la confirmation des allégations. À la fin de l'enquête, s'il y a des constatations, elles sont transmises à un comité de discipline qui fait une recommandation à l'organisation pour des sanctions. C'est donc un processus qui existe.

Le processus que nous avons utilisé était un examen interne et la raison pour laquelle nous l'avons choisi était parce que nous pouvions le faire tout de suite. Nous n'avons pas eu à attendre qu'une enquête soit éventuellement demandée. Et cela nous a donné une vision plus complète de la situation dans son ensemble, ce que nous voulions vraiment obtenir à ce stade.


Q.- Il est clair dans le rapport qu’il y a eu des expériences d’abus psychologique, d'intimidation, de négligence, de harcèlement sexuel, de discrimination et de culture de la peur. Et vous n’apportez aucun changement. Oui, vous parlez d’éducation. Mais ces nageuses ne s’entraînent pas depuis un mois et maintenant, vous leur demandez de retourner à la piscine. Comment croyez-vous qu’elles se sentiront?

R. Elles ne retourneront pas à la piscine à court terme. Nos entraîneurs [et nos athlètes] passeront également par une formation et un processus de réintégration. Nous finirons par réunir les deux groupes et nous parlerons des différences qui ont été notées au cours du processus de cet examen. Et si des décisions différentes doivent être prises à ce stade en fonction de la capacité de toutes les parties à se réunir, alors nous aurons une conversation à ce moment-là.

Nous voulons nous assurer que tout le monde comprenne. Dans le programme, ce que signifient ces mots, ce qu'est le harcèlement sexuel, ce qu'est la négligence, ce qu'est la violence psychologique. Nous voulons nous assurer que nous fonctionnons tous sur la même longueur d'onde pour ces définitions.


Q.- Les comportements de Gabor Szauder ont été rapportés par des athlètes dans nos reportages précédents. Pensez-vous que ces agissements sont en conformité avec la politique de Sport sécuritaire?

R. Si tout ce qui a été rapporté est exact et vrai, alors nous devons vraiment nous assurer qu'il sache clairement quelles sont les attentes des athlètes en matière de conduite. Car il semblerait qu’il y ait une différence entre ce que l'équipe d'entraîneurs et Gabor en particulier jugent acceptable et ce que certaines de nos athlètes ont identifié comme acceptable. Cela doit donc être résolu et nous devons avoir un accord. 

Notre organisation doit s’améliorer. Les athlètes doivent être habilitées à s'exprimer lorsqu'elles ont quelque chose à dire sans avoir peur de le faire et sans crainte que quelque chose va leur arriver ou qu’elles ne seront pas choisies dans l'équipe. Nous voulons que nos athlètes nous disent ce qui ne va pas et nous agirons immédiatement avant que ça ne devienne un problème majeur.

Un homme dans une chaise haute

Gabor Szauder, entraîneur-chef de l'équipe canadienne de natation artistique

Photo : Radio-Canada


Q.- Et si malgré cela certaines athlètes ne veulent pas revenir?

R. Nous espérons vraiment que cela n'arrivera pas. Nous avons bon espoir que notre équipe d'athlètes sera en mesure de relever les défis auxquels elle est confrontée. Et nous reconnaissons que cela va prendre un certain temps pour que cela se produise. Si quelqu'un quitte le programme, que ce soit un membre du personnel ou une athlète en raison de leur situation, alors nous les aiderons en leur offrant un soutien vers cette nouvelle transition. Nous croyons, en toute sincérité, que nous avons la meilleure équipe de soutien pour une équipe olympique de natation artistique. Notre équipe est forte et nous espérons la garder intacte.

Nous savons qu’il y a de nos athlètes qui aimeraient vraiment que Gabor continue de les entraîner. Encore une fois, c’est à elles de décider. 


Q.- Lors de notre première conversation [il y a quelques semaines], vous avez mentionné que les athlètes sont votre priorité. En regardant la situation actuelle, et en entendant les athlètes nous dire ne pas se sentir en sécurité, nous vous reposons la question : qui est votre priorité? 

R. Les athlètes seront toujours notre priorité. Nous avons eu beaucoup de discussions au cours du mois dernier, et ce que nous comprenons, c’est qu'il y a des divergences d'opinions sur tout cela. Ce n’est pas clair, pour le moment, qu'il y a des athlètes qui se sentent vraiment en danger. Nous sentons que nous pouvons réparer l'environnement [de travail]. Et en fin de compte, elles décideront comment nous allons avancer.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !