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La Russie défend sa place dans le sport mondial en procès

Une femme agite un drapeau de la Russie devant le quartier général du Comité international olympique, à Lausanne, en Suisse.

Une femme agite un drapeau de la Russie devant le quartier général du Comité international olympique, à Lausanne, en Suisse.

Photo : Getty Images / Fabrice Coffrini

Agence France-Presse

Géante controversée du sport mondial, la Russie a contesté devant la justice sportive son exclusion des grandes compétitions, réclamée pour quatre ans par l'Agence mondiale antidopage (AMA) après une cascade de tricheries.

Pour ce litige sans équivalent en 36 ans d'existence du Tribunal arbitral du sport (TAS), le gendarme mondial du dopage avait demandé une audience publique, permettant de débattre ouvertement de cette affaire de dopage d'État digne des rivalités sportives de la guerre froide.

Mais faute d'accord entre les parties, les trois arbitres désignés par le TAS ont entamé lundi l'examen à huis clos de ce dossier jusqu'à vendredi, finalement par visioconférence en raison de la situation sanitaire, avant de rendre leur décision à une date non communiquée.

L'enjeu est lourd pour les athlètes russes, menacés de quatre ans sans compétitions de prestige. Seuls pourront compétitionner ceux qui démontreront leur absence de recours au dopage, selon des modalités qui restent à préciser.

Fondée en 1999 dans la foulée du scandale Festina, l'AMA a quant à elle déployé des efforts d'enquête inédits, et joue sa crédibilité au moment où les États-Unis menacent de lui couper les vivres pour mener leur propre croisade mondiale contre le dopage.

Enfin, le Comité international olympique (CIO) et les fédérations attendent du TAS des directives claires, à huit mois du lancement des Jeux de Tokyo, afin d'éviter la pagaille des dernières années dans le dossier russe.

Tout juste avant les Jeux de Rio en 2016, l'AMA avait recommandé une exclusion des sportifs russes refusée par le CIO, tandis qu'à quelques jours de l'ouverture des Jeux de Pyeongchang en 2018, le TAS avait blanchi 28 sportifs russes suspendus à vie par le CIO.

Mais le cadre juridique est cette fois clair puisqu'il s'agit de valider ou non la panoplie de sanctions proposées en décembre 2019 par l'AMA et refusées par l'Agence antidopage russe (RUSADA) en raison du trucage des fichiers informatiques du laboratoire antidopage de Moscou durant la période 2011-2015.

Après avoir exigé ces données pour s'assurer de la bonne foi russe, les limiers de Montréal ont découvert deux types de manipulations : la suppression de multiples traces de contrôles antidopage positifs et l'introduction de faux échanges visant à compromettre Grigory Rodchenkov, ex-directeur du laboratoire devenu le principal informateur de l'AMA, et deux de ses adjoints.

Et si cette fraude informatique a tant exaspéré l'AMA, c'est parce que le contentieux russe dure depuis 2010, implique les services secrets et le ministère russe des Sports, en plus d'avoir attisé les tensions entre Moscou et les instances sportives perçues comme des instruments de domination occidentale.

On empêche par des moyens pas très sportifs nos athlètes d'atteindre les succès qu'ils méritent, avait lancé Vladimir Poutine en octobre. Vous savez ce que disent les entraîneurs dans ces cas-là : lorsqu'on joue à l'extérieur, il ne faut pas se lamenter, mais taper plus fort sur les têtes que les adversaires.

Il y a 10 ans, la coureuse russe de demi-fond Yuliya Stepanova et son mari Vitaly, ex-contrôleur de la RUSADA, avaient alerté l'AMA du dopage institutionnalisé en Russie, puis s'étaient tournés vers la chaîne allemande ARD en alimentant une série de documentaires accablants.

Grigory Rodchenkov, forcé de démissionner du laboratoire de Moscou et réfugié aux États-Unis, avait à son tour avoué au printemps 2016 avoir orchestré la dissimulation du dopage russe en coordination avec le ministère des Sports, alors dirigé par Vitaly Mutko, un proche de Vladimir Poutine.

Pour égarer les observateurs de l'AMA aux Jeux de Sotchi en 2014, avait expliqué le scientifique, son équipe faisait disparaître les flacons d'urine des athlètes russes par un trou de souris conduisant à un membre des services secrets russes.

L'espion du FSB, déguisé en agent d'entretien, descellait le capuchon censé être inviolable avec un outil de chirurgien tordu pour l'occasion, puis remplaçait le contenu par de l'urine propre stockée au préalable.

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