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Des pistes d’amélioration pour les entraîneurs

L'adolescente, assise au sol, se tient le genou. Son entraîneur la réconforte.

Un entraîneur et une athlète

Photo : getty images/istockphoto / ViewApart

Les entraîneurs canadiens sont-ils bien outillés? Et ont-ils la bonne approche pour bien faire leur travail et pour maximiser le potentiel des athlètes qu’ils encadrent? Oui, en général, mais des spécialistes pensent que des améliorations évidentes devraient être apportées.

C’est le cas d’André Lachance, de Baseball Canada. Son titre officiel est directeur du développement des affaires, du développement du sport et directeur général de l’équipe féminine. Il est aussi entraîneur de l’équipe nationale féminine de baseball de la France. Dans les faits, il est surtout une sommité au pays dans le monde du coaching.

C’est notamment lui qui enseigne aux formateurs lors des stages d’entraîneurs de baseball au pays. Lorsqu’on lui demande des pistes pour améliorer la performance des entraîneurs, il ne manque pas d’idées.

Pour lui, le travail d’un entraîneur se divise en trois sections : l’enseignement professionnel, les relations interpersonnelles et la capacité d’introspection. Il croit fermement que bien des entraîneurs se concentrent trop sur le premier aspect au détriment des deux autres.

Quand il donne des formations, il demande toujours aux participants de penser à un entraîneur qui les a marqués et les raisons pour lesquelles ils l’ont apprécié.

Jamais on ne me répond qu’il était un bon spécialiste de l’avantage numérique au hockey ou encore qu’il était bon pour transmettre sa technique pour botter au soccer, dit-il. Oui, le côté technique est important, mais ce dont les athlètes se souviennent c’est plutôt la passion et l’énergie de l’entraîneur. Je pense qu’on ne fait pas un bon travail pour bien former les entraîneurs dans cette optique.

Les athlètes vont garder des souvenirs impérissables de leur carrière et pas seulement de la performance, ajoute M. Lachance. Ils vont se rappeler de la médaille, mais aussi des matchs serrés, des voyages et des bons repas en équipe.  Dans un contexte sportif, on oublie d’accorder de l’importance à ces moments-là et on focalise trop sur la performance. Je pense que certaines nations ont été capables d’instaurer des aménagements nécessaires pour avoir un meilleur équilibre.

Il sourit.

André Lachance

Photo : Courtoisie : André Lachance

Il cite notamment la Norvège, qui accumule les médailles aux Jeux d’hiver sans en faire une obsession. Selon ses observations, il estime que les relations interpersonnelles sont l’une des priorités du système sportif national au même titre que l’apprentissage de mouvements fondamentaux et de saines habitudes de vie.

Joëlle Carpentier abonde dans le même sens. La docteure en psychologie sociale et professeure à l’École des sciences de la gestion à l’UQAM s’est spécialisée dans la relation entraîneur-athlète. Elle-même ancienne nageuse artistique de niveau national, elle dénonce le manque d’humanité qu’elle remarque de la part d’entraîneurs dans son sport, mais aussi bien souvent dans d’autres.

Les comportements qui ont été rapportés dans les reportages de Radio-Canada, on les observe encore régulièrement dans plusieurs sports et ça ne fait même pas sourciller les gens autour, explique Mme Carpentier. Je trouve ça aberrant. Dans la culture en place, on pense tellement que c’est pardonnable et presque nécessaire d’avoir une approche dure, voire destructrice, pour atteindre l’excellence. Or, la science montre qu’on doit se défaire de ces croyances, parce qu’elles sont fausses.

Ses travaux et ceux d’autres chercheurs sont clairs. La meilleure façon de motiver des athlètes, et ainsi de savoir tirer le meilleur d’eux-mêmes, est de créer un environnement sain où les athlètes pourront s’épanouir globalement, à des années-lumière de la technique de la carotte et du bâton.

Ce n’est pas nécessairement ceux qui focalisent sur l’objectif de médaille ou sur celui de vaincre un adversaire précis qui auront les meilleurs résultats, affirme la chercheuse. Les athlètes doivent sentir que leurs actions correspondent à leurs valeurs profondes et que le sport les stimule réellement. Les gens à la tête du système sportif ne sont pas prêts à prendre le risque d’oser faire les choses différemment. Et c’est pourquoi il faut continuer à leur partager le savoir scientifique.

S’adapter, la clé pour réussir et pour durer

Si le bien-être des athlètes doit être la priorité des fédérations sportives, Joëlle Carpentier ne demande pas pour autant que les équipes nationales deviennent des camps de vacances. La rigueur, les exigences élevées peuvent aller de pair avec une approche plus humaine.

Elle soutient qu’un entraîneur peut et doit être à la fois très rigoureux, dur à l’occasion, mais fondamentalement humaniste.

Une femme vêtue d'un chandail rose et noir prend la pose pour le photographe.

Joëlle Carpentier

Photo : Courtoisie : Joëlle Carpentier

C’est la meilleure combinaison pour atteindre des résultats dans le monde du sport, mais aussi dans le milieu du travail, explique-t-elle. La rigueur et une structure claire sont essentielles pour l’atteinte des objectifs. On peut exiger, stimuler, mais ça n’empêche pas d’offrir en même temps une chaleur humaine et un contexte dans lequel les athlètes se sentent en sécurité, compétents et appréciés. Les entraîneurs qui arrivent à combiner ces deux paramètres vont atteindre les meilleurs niveaux de performance.

Selon André Lachance, les bons entraîneurs vont adapter leur style de leadership en fonction de leur propre personnalité, du type d’athlètes avec qui ils travaillent et de la force du lien de confiance au sein de l’équipe.

Ceux qui s’accrochent à leur style, peu importe les athlètes ou la situation, vont toujours avoir la même approche et ne seront pas capables d’avoir de bons résultats, analyse M. Lachance. Est-ce qu’on doit toujours être dur avec des athlètes? Absolument pas. Est-ce qu’on doit dire les vérités aux athlètes? Bien sûr, parce qu’ils en ont besoin et veulent le savoir. Il faut savoir naviguer dans ces eaux. Les entraîneurs sont aussi façonnés culturellement par le système sportif qui les a vus grandir.

Il croit aussi qu’on néglige parfois la récupération physique et mentale des athlètes. C’est d’ailleurs l’une des raisons évoquées par le patineur Samuel Girard dans sa décision deprendre sa retraite à 22 ans, en 2019, après ses premiers Jeux. Il manquait de temps pour prendre l’air, pour voir ses proches et se ressourcer.

Des patineurs sur courte piste dans un virage

Samuel Girard

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Or, les meilleures équipes et les meilleurs athlètes vont être ceux qui sont les meilleurs dans la gestion de la récupération, selon l’entraîneur qui donne l’exemple tout simple d’un téléphone portable: jamais on ne laisse sa batterie se vider complètement.

Quand on voit qu’il ne reste plus beaucoup de batterie, tout de suite on va le brancher en panique. Pourquoi ne le fait-on pas aussi pour les athlètes? La machine humaine n’est pas différente. La science nous dit que la récupération est essentielle à la progression, que c’est important de faire un pas en arrière pour en faire deux par en avant. C’est comme gravir l’Everest. Il faut parfois redescendre pour mieux monter, ajoute-t-il.

Bien sûr, la nouvelle génération d’athlètes a ses particularités. On ne dirige plus aujourd’hui comme on le faisait dans les années 80. Le message doit être véhiculé différemment. L’attention des athlètes est aussi moins soutenue.

Les dernières recherches montrent que le temps d’attention d’un jeune aujourd’hui, c’est huit secondes, une tendance à la baisse et irréversible, dit M. Lachance. Si tu parles à ton groupe 15-20 minutes, tu les perds. Je ne dis pas qu’il faut expliquer les consignes en huit secondes. Mais si tu n’es pas prêt à t’adapter, tu n’auras pas de plaisir à entraîner parce que c’est une bataille que tu ne gagneras pas.

Est-ce que les athlètes sont plus difficiles à entraîner, plus fragiles et plus capricieux pour autant? Pas nécessairement, estime Joëlle Carpentier. C’est simplement que les athlètes revendiquent plus clairement leurs besoins et savent reconnaître les comportements inappropriés des entraîneurs.

Les besoins exprimés par la nouvelle génération ne sont pas nouveaux, ils sont innés chez l’humain, explique la spécialiste. Ils s’expriment plus librement parce que la science a assez évolué pour qu’ils sachent que c’est normal d’avoir besoin de se sentir aimé, respecté et encouragé. Avant, la connaissance n’était pas disponible, donc les athlètes allaient tolérer ces comportements pour atteindre leurs objectifs. C’est la même chose dans le milieu du travail.

Meilleure rétroaction recommandée

Les entraîneurs sont-ils assez bien soutenus dans leur travail au Canada? André Lachance croit qu’on peut faire mieux.

Les entraîneurs, on passe notre temps à donner de la rétroaction à nos athlètes ou à nos adjoints, mais qui nous en donne à nous? demande-t-il. Qui s’occupe de nous faire réaliser ce qui va bien et ce qui va moins bien? Au baseball, j’ai toujours mandaté un de mes adjoints qui, en plus de ses tâches habituelles, devait m’évaluer et me dire si je suis assez ou trop dur dans mes interventions. J’ai besoin de ça pour être meilleur.

Il regarde son équipe jouer en finale des Jeux panaméricains.

André Lachance est entraîneur de baseball depuis plus de 30 ans.

Photo : La Presse canadienne / Fred Thornhill

Dans certains pays, la tendance est d’ajouter une personne externe à l’entourage de l’équipe dont la mission est de venir en appui à l’équipe d’entraîneurs et de les aider à cheminer.

On appelle ça des learning coaches et leur rôle est de s’assurer qu’on progresse et qu’on soit meilleurs, notamment dans la gestion humaine, indique M. Lachance. Il ne faut pas qu’un entraîneur qui se retrouve après 25 ans à avoir 25 fois la même année d’expérience parce que ça ne fait pas nécessairement un meilleur entraîneur. On encadre mieux nos entraîneurs qu’avant, mais il nous manque cette personne-là en ce moment.

Joëlle Carpentier pense aussi que le suivi des entraîneurs, au plan psychologique, pourrait être bonifié.

Il y a très peu d'évaluations sur leur capacité à créer un climat qui est psychologiquement sain, explique Mme Carpentier. Les entraîneurs sont surtout évalués sur les résultats obtenus dans l’immédiat. Souvent, ils n’ont pas le temps de mettre ça en place. C’est un problème systémique parce qu’il encourage parfois la culture destructrice des athlètes. Comme le financement des fédérations repose en partie sur les résultats, l’emploi des entraîneurs en dépend aussi.

Revoir le mode de financement des fédérations sportives serait un chantier très important. Mais peut-être un chantier nécessaire pour le bien-être global des athlètes.

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