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Chronique

Régis Lévesque, un rameur passionné dans un radeau troué

Il parle au micro.

Régis Lévesque pendant une conférence de presse en 1985

Photo : Courtoisie Régis Lévesque

Boxeurs montés dans le ring sous de faux noms, âge trafiqué, influences de la mafia, c’était le quotidien de Régis Lévesque à une certaine époque. Et dans ce radeau troué qui prenait l’eau de partout, mû par une passion incomparable, celle de la boxe, Régis manoeuvrait mieux que quiconque.

Le décès de l’ancien promoteur a suscité un concert d’hommages au cours des derniers jours. Des hommages mérités, sans doute, mais qui ne doivent pas nous faire oublier les circonstances étonnantes avec lesquelles le coloré promoteur a dû composer, surtout au début de sa carrière.

J’accompagne cette chronique d’un reportage produit il y a 20 ans avec la complicité de la réalisatrice Catherine Varga. Vous y verrez et entendrez deux figures incontournables de la boxe au Québec, les regrettés Guy Émond et Régis Lévesque.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

L'Âge d'or de la boxe

Amenez-en des galas

On dit gala, mais certaines des soirées de boxe organisées par Régis avaient davantage l’allure de fêtes foraines, particulièrement à ses débuts. La finale de la soirée opposait toujours des boxeurs connus. Rien à redire. Mais il fallait une sous-carte. Et c’est là qu’on trouvait des noms étonnants, comme l’énigmatique John Crowell.

Pour lancer Cantin

Reynald Cantin a connu une courte carrière en boxe professionnelle. Il a livré 24 combats. Et il l’a fait en moins de trois ans.

Cantin a eu des débuts difficiles. Il a perdu ses quatre premiers affrontements. C’était un bon boxeur pourtant. Beau garçon, sympathique, il vendait des billets. On lui a donc organisé un cinquième combat contre John Crowell. Cantin a lancé sa carrière contre ledit Crowell avec une convaincante victoire par mise hors de combat.

Qui était Crowell? Même BoxRec.com qui répertorie tous les combats de toutes les époques a perdu sa trace. Il n’a pas de visage (pas de photo) ni d’année de naissance. Il viendrait du Maine et aurait perdu les trois combats qu’il a livrés entre 1970 et 1974? Qu’est-il devenu après 1974? Aucune trace.

Cantin se souvient

Reynald Cantin m’avait confié, il y a 20 ans, que lui aussi allait livrer des combats pour remplir des cartes au sud de la frontière, plusieurs combats par mois et parfois plusieurs par semaine. Il portait un nom différent chaque fois. Les commissions d’État n’étaient pas très tatillonnes. Cantin jouait le rôle de faire valoir, faisait bien paraître son rival, un boxeur local, et il contribuait ainsi à le rendre crédible pour lui faire vendre plus de billets. On s’échangeait ainsi les faveurs d’un côté à l’autre de la frontière.

L’âge? Quel âge?

Régis Lévesque a déjà avoué, candidement, qu’on avait dû falsifier le certificat de naissance d’Eddie Melo pour lui permettre de se battre au Québec. Melo a fait ses débuts à 17 ans.

On ne trébuchait pas dans les règlements à l’époque. Il y avait un gala à tenir et des billets à vendre. C’était le prix à payer pour faire vivre la boxe. Et Melo était une attraction.

Je vous ai dit plus haut que Reynald Cantin avait livré 24 combats en moins de trois ans. Ça vous donne une idée du rythme auquel se succédaient les soirées de boxe. Et Régis remplissait ses cartes, beau temps mauvais temps. Il remplissait le Centre Paul-Sauvé avec les petites, l’Auditorium de Verdun avec les moyennes et le Forum avec les plus attendues.

Régis promotait. L’industrie de la boxe s’en portait très bien.

Le dernier combat

Il y avait des influences extérieures avec lesquelles il fallait composer. Dans le reportage télé qui accompagne cette chronique, Cantin explique qu’on lui a forcé la main pour accorder une revanche à Donato Paduano avec une préparation bien trop courte. Il y avait une carte à remplir, il fallait une finale accrocheuse. Et ce n’est pas Cantin qui avait la faveur des bonnes gens dans le ringside, les places à l’avant, places détenues par des messieurs très bien à qui on ne posait pas de questions.

Cantin a livré le combat. Il l’a perdu. Il a subi une blessure qui a mis fin à sa carrière.

Quand on avait eu besoin de l’ascenseur quelques années plus tôt pour lancer le petit Cantin, l’ascenseur était monté. Trois ans plus tard, l’ascenseur est redescendu.

En eaux troubles

Régis Lévesque a navigué dans ces eaux troubles pendant l’essentiel de sa carrière de promoteur. C’est extraordinaire qu’il n’ait pas coulé. Sa passion et ses qualités de vendeur ont contribué à le mettre à l’abri. Mais sans sa remarquable personnalité, il aurait sombré.

Régis était un battant. Ses titres à lui, c’est hors de l’arène qu’il les a gagnés. Et hors de l’arène, il n’y a pas d’arbitre.

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