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Les grandes ambitions d'Erik Guay

Il sourit en entrevue.

Erik Guay

Photo : Radio-Canada / Jean-François Vachon

Michel Chabot

Erik Guay aimerait que les Canadiens retrouvent leurs lettres de noblesse sur la scène du ski international. De plus en plus, le résident de Mont-Tremblant commence à imprégner, de sa philosophie de grand compétiteur, les plans de Canada Alpin.

Retiré depuis novembre 2018, Guay siège au conseil d’administration de la fédération canadienne depuis près d’un an. Rencontré par Radio-Canada Sports avant le gala annuel de Ski Québec, jeudi, le champion du monde du super-G, à Saint-Moritz en 2017, n’en démord pas. Selon lui, l’équipe nationale doit viser une place parmi les trois plus grandes puissances planétaires.

C’est assez réaliste, mais je pense qu’il faut viser haut. Si je regarde la liste de jeunes skieurs qu’on a, et les vétérans qui reviennent de blessures comme Valérie Grenier, on a de très bons athlètes. Six ans, ça nous donne un peu de temps et moi j’aime autant viser haut et essayer qu’on se rende là.

Erik Guay

Le Canada n’a cependant pas gagné de médailles d’or en Coupe du monde depuis celle qu’a remportée Marie-Michèle Gagnon dans le super-combiné, à Soldeu, en 2016. Et depuis quatre ans, les représentants de l’unifolié ne sont allés sur le podium que trois fois. Le travail de reconstruction est donc gigantesque.

C’est dur parce qu'il y a un changement de garde en ce moment, il y a vraiment des jeunes qui commencent à percer, fait remarquer Guay. Si on regarde celle qui a gagné le slalom géant à Sölden l’année passée, c’est une fille de la Nouvelle-Zélande, Alice Robinson. Elle a gagné à 17 ans. Cette année, un Norvégien, Lucas Braahten, a gagné à 20 ans. Ce qui est intéressant, c’est que c’est un Canadien, Johnny Davidson, qui est son entraîneur. Il a déjà été avec l’équipe canadienne, il vient d’Ottawa. C’est quand même assez spécial qu’il soit rendu là.

Il célèbre sa victoire en levant ses skis.

Lucas Braathen

Photo : AP / Marco Trovati

Le modèle norvégien

La Norvège inspire d’ailleurs beaucoup Erik Guay. Cette petite nation de quelque 5 millions d’habitants produit depuis longtemps de grands skieurs, dont Aksel Lund Svindal, récemment retraité comme lui, mais aussi Kjetil Jansrud ou Henrik Kristoffersen.

Je vois les Norvégiens comme étant l’équipe à battre, ou à surveiller, parce qu’ils n’ont pas un budget énorme comme les Autrichiens, les Américains ou les Français. Ils ont une petite population et ils sont capables de produire des athlètes, année après année.

Erik Guay

Que fait la Norvège pour se distinguer à l’échelle mondiale malgré un aussi petit bassin d’athlètes? Tout est dans la mentalité, estime le meilleur skieur de l’histoire canadienne.

Je pense que c’est l’ambiance qu’ils ont créée, dit Guay. C’est une ambiance d’entraînement hyper fort, que ce soit en salle ou en ski, ils veulent toujours en faire plus et impressionner les autres. Il y a cette ambiance d’éthique de travail plus élevée. Alors, si tu travailles beaucoup en salle l’été, quand tu arrives pour l’entraînement en ski en altitude, en Amérique du Sud, tu es capable de faire plus de descentes, plus de journées de suite donc tu profites plus de ton temps sur la neige.

Le travail est certainement un facteur important dans le succès d’un athlète, peut-être plus que le talent. Mais sans le talent, les efforts peuvent être vains. Or, à l’heure actuelle, la délégation canadienne se cherche à ce niveau.

En quête d'espoir

Quelques vétérans comme Gagnon, Grenier et Erin Mielzynski arrivent à réaliser de bonnes performances, tout comme Erik Read et Trevor Philp chez les hommes, mais les résultats ne sont pas ceux de la belle époque. Quant à la relève, il faudra voir ce que l’avenir réserve aux Canadiens.

Je peux dire que, sur l’équipe de vitesse des hommes, il y a quand même des jeunes, dans le début de la vingtaine, qui ont très bien performé l’année passée avec mon ancien coéquipier John Kucera, qui est l’entraîneur, dit Guay. Ils vont très bien, j’ai vu plusieurs de leurs vidéos cet été, ils ont fait de l’entraînement en salle en masse. Ils ont l’air en forme, et ils ont faim.

L'auteur de 25 podiums, dont 5 victoires, en Coupe du monde, ira d'ailleurs les visiter pendant les 10 prochains jours à Nakiska, en compagnie de l’aînée de ses quatre filles, âgée de 11 ans.

Les Rocheuses albertaines ont déjà reçu 60 cm de neige, une situation anormale, mais bienvenue, en cette période d’incertitude causée par la pandémie de coronavirus. Les skieurs de vitesse canadiens peuvent donc redoubler d’efforts avant leur entrée en scène à Val-d’Isère, à la mi-décembre, si le calendrier demeure tel quel.

Erik Guay et Manuel Osborne-Paradis montrent leurs médailles, sourire aux lèvres.

Erik Guay (gauche), médaillé d'or, et Manuel Osborne-Paradis, médaillé de bronze, après le super-G des mondiaux de Saint-Moritz, en février 2017

Photo : afp via getty images / Joe Klamar

Cela dit, dans la quête d’excellence, le nom de Manuel Osborne-Paradis a refait surface au cours de l’entrevue. Celui qui a accroché ses skis il y a quelques semaines à peine pourrait assurément contribuer à améliorer le niveau de performance des jeunes skieurs d’ici.

On n’a pas eu beaucoup de temps pour discuter avec lui. Mais de mon côté, je pense que Manny était l’un des meilleurs glisseurs au monde. Il aurait vraiment beaucoup à donner. Donc, j’espère qu’on va pouvoir le garder tout près.

Erik Guay

En cette ère de moindre prestige, Canada Alpin, jadis financé à coup de millions par de riches commanditaires, est en quête de nouveaux partenaires commerciaux.

Et en attendant des jours meilleurs, Guay rêve, mais demeure réaliste. Une équipe de développement pourrait contribuer à la relance du Canada. L’argent manque, hélas.

On en parle encore, assure-t-il. C’est difficile en ce moment parce qu’on n’a pas beaucoup de fond et ça coûte très cher. C’est dans les plans éventuels et bien sûr il va falloir travailler de très près avec nos provinces et nos partenaires. Nous ne sommes pas rendus là, mais ce sera quelque chose à voir dans le futur.

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