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Chronique

Le monde sans zone grise de Brian Burke

Brian Burke

Brian Burke

Photo : CBC

Le monde du sport professionnel est magnifique lorsqu’on le contemple de l’extérieur. Vu de l’intérieur, il l’est toutefois beaucoup moins. La compétition, la pression, l’obligation de résultats et les considérables intérêts financiers qui sont en jeu font en sorte qu’il est assez rare, dans ce milieu, de rencontrer des gens qui disent et font les choses franchement. Pour cette raison, j’avais très hâte de lire la biographie de Brian Burke.

Brian Burke a tout fait dans la LNH. Il a été agent, préfet de discipline, puis directeur général et président de plusieurs équipes qui préconisaient toutes le même style de jeu robuste et abrasif. Au passage, il a remporté une Coupe Stanley. À 65 ans, il est maintenant l’éminence grise des analystes et commentateurs du réseau Sportsnet et de Hockey Night in Canada.

Burke a représenté Brett Hull. Il était aux premières loges quand Pavel Bure est arrivé à Vancouver. Il a aussi orchestré le repêchage le plus spectaculaire de l’histoire de la ligue en réussissant à sécuriser les 2e et 3e choix de la séance de sélection de 1999 qui ont permis aux Canucks de mettre la main sur les jumeaux Sedin. Il s’est fait limoger du poste de DG des Maple Leafs de Toronto parce que le président de Bell n’aimait pas ses jurons. Il a viré quelques-uns des entraîneurs les plus renommés.

Une désarmante façon de présenter la vérité, ainsi qu’un code de conduite où l’on ne retrouve pas de zones grises, ont été les fils conducteurs de l’impressionnante carrière de Brian Burke. Et comme il était encore aux affaires il n’y a pas si longtemps, sa biographie intitulée Burke's Law, A Life in hockey se dévore comme du bonbon. Le livre a été écrit avec la collaboration du confrère torontois Stephen Brunt.

Le style et la personnalité de Burke ne laissent personne indifférent. Il estime que les bagarres sont essentielles au hockey. Il admire Gary Bettman. Les gens l’aiment ou le détestent. Cela dit, il ne cherche pas à faire changer d’idée ceux qui ne peuvent le blairer.

Pour être honnête, je me fous complètement que ce livre ait ou non changé la perception que vous aviez de moi. Je ne me lance pas en politique. Je ne suis pas du genre à me promener et à embrasser des bébés. Si je l’étais, je serais probablement une bien meilleure personne. Mais je ne le suis pas, et je n’ai pas l’intention de le devenir, écrit-il dans le dernier chapitre.

Que le lecteur aime ou non Brian Burke n’est pas vraiment important. À la fin du livre, on connaît et comprend mieux l’homme. Et surtout, on en sait beaucoup plus sur les coulisses de la LNH et sur une foule de personnages qui gravitent ou ont gravité dans le monde du hockey.

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Brian Burke est né à Providence, au Rhode Island, au milieu des années 50. Il était le quatrième d’une famille de 10 enfants. Il voue une admiration sans bornes à ses trois frères aînés, avec lesquels, admet-il, il se chamaillait tout le temps. Ses parents avaient terminé des études universitaires et son père a été un cadre supérieur au sein de plusieurs grandes entreprises.

L’une des leçons les plus importantes de sa vie lui a toutefois été transmise par sa grand-mère paternelle, une femme fière.

Enfant, alors qu’il visitait sa grand-mère au New Jersey, Brian Burke s’est fait tabasser par deux jeunes voyous. Lorsqu’il est rentré à la maison, sa grand-mère lui a immédiatement ordonné de retourner sur ses pas et d’aller régler le cas de ses agresseurs! Ne sois jamais l’instigateur d’une bagarre. Mais quand une bagarre commence, tu dois la livrer jusqu’au bout , lui a-t-elle expliqué.

Burke a commencé à pratiquer le hockey sur le tard, au début de l’adolescence, quand sa famille s’est installée au Minnesota. Il réalise rapidement qu’il accuse un sérieux retard sur les autres. Espérant tout de même gravir les échelons, il s’impose un code de conduite pour parer à ses lacunes : a) travaille toujours plus fort que les autres; b) applique à la lettre les consignes de l’entraîneur; c) sois un bon coéquipier; et d) joue dur.

Après avoir joué son hockey universitaire, ces quatre commandements lui permettent, au milieu des années 1970, de décrocher un contrat des ligues mineures avec l’organisation des Flyers de Philadelphie. Mais il réalise vite que son code de conduite ne suffit plus et qu’il n’accédera pas à la LNH.

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Son entraîneur à Providence College était Lou Lamoriello, l’homme qui a eu le plus d’influence sur sa vie, explique Brian Burke.

À Providence, Burke a décroché un diplôme en histoire avec une mention d’honneur. Mais Lamoriello l'a convoqué à son bureau et lui a tendu une inscription pour l’examen donnant accès aux facultés de droit.

Je ne vais pas étudier le droit , a répondu Burke.

Ce n’est pas une demande. Tu vas faire cet examen , a répliqué Lamoriello.

Burke a finalement été admis à la prestigieuse faculté de droit de Harvard. Il n’a pas aimé l’université en raison de l’attitude condescendante de ses professeurs. Mais ce diplôme lui a ouvert beaucoup de portes, admet-il.

Cette histoire en dit aussi très long sur Lamoriello. Burke admet ne pas réellement connaître son mentor, même si leurs liens remontent à près d’un demi-siècle. Il y a toujours une barrière qui se referme pour protéger sa vie privée, constate-t-il.

Brian Burke a joué pour Lou Lamoriello. Il a été son adversaire en tant que directeur général et ils ont conclu des échanges ensemble. Burke a aussi fait affaire avec Lamorielllo dans son rôle de préfet de discipline de la LNH.

En 2018, quand Lamoriello a été nommé directeur général des Islanders, Burke, devenu analyste à la télé, a appelé son mentor pour le féliciter.

Merci, a répondu Lamoriello.

Parle-moi de ton équipe! , a lancé Burke.

Désolé, mais je ne parle pas aux médias , a ajouté Lamoriello.

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Après ses études de droit, la vie de Brian Burke est devenue un feu roulant. Il a mené une carrière, disons, frontale.

Peu importe l’emploi qu’il occupait, il tenait à faire les choses à sa façon. Et il ne laissait personne lui marcher sur les pieds.

Avocat junior au sein d’un grand cabinet, il a rabroué devant tout le monde un associé qui lui attribuait un blâme pour couvrir ses arrières. Une fois devenu agent, il a mis les choses au clair dès sa première rencontre avec ses futurs clients. Pour les protéger, il insistait pour que ses clients considèrent chaque contrat comme étant le dernier de leur carrière. Il leur imposait donc des budgets précis pour l’achat d’une voiture, ou un budget annuel pour leurs vêtements.

Si ça ne vous convient pas, je ne suis pas l’agent qu’il vous faut, dit-il.

Il tiendra plus tard le même genre de langage avec les propriétaires qui l’interviewent pour le poste de directeur général.

Il y a deux mains sur le volant et ce sont les miennes. S’il y a une main sur le volant qui n’est pas la mienne, nous avons un problème. Si vous n’êtes pas prêts à donner autant d’autonomie à votre directeur général, je vais me retirer du processus maintenant et je vous aiderai même à trouver le candidat qui vous convient. Parce que ce n’est pas moi.

Au fil des ans, énormément de gens ont effectivement constaté que Brian Burke ne tolérait pas qu’on touche à son volant. Il n’y avait qu’un seul patron dans la pièce.

Les histoires de ses relations tendues avec certains journalistes, dont Tony Gallagher (à Vancouver) et Steve Simmons (à Toronto), sont aussi fort savoureuses.

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Sur sa vie personnelle, Burke s’ouvre aussi beaucoup. Le hockey lui a coûté deux mariages, avoue-t-il.

De ces unions sont nés six enfants qu’il adore et qu’il admire.

Il revient notamment sur la mort de son fils Brendan, en février 2010, à l’âge de 21 ans. Brian Burke était le directeur général des Maple Leafs de Toronto lorsque cette tragédie a frappé sa famille. Son fils a perdu la vie dans un accident de la route durant une tempête de neige.

Quelques mois auparavant, Brendan Burke avait défrayé la manchette en révélant son homosexualité à ses coéquipiers de l’équipe de hockey de l’Université Miami située en Ohio. Sa mort a directement conduit à la mise sur pied de la Fondation You Can Play, qui vise à enrayer la discrimination dans le monde du sport.

Brian Burke raconte quelle avait été sa réaction, en 2007, quand son fils lui avait appris son homosexualité. Nous avons des millions de raisons de t’aimer et ça ne change absolument rien, avait-il dit.

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La vie des dirigeants d’équipes sportives est à la fois passionnante et usante. Les voyages, les défis, les transactions, les critiques, les remises en question, les conflits et les déménagements se succèdent à un rythme hallucinant. Les frustrations sont nombreuses. La patience est de mise. Et parfois surviennent des victoires mémorables.

Et pendant que vous livrez simultanément toutes ces batailles, le sol est toujours susceptible de se dérober sous vos pieds, nous apprend Brian Burke, dont l’histoire vaut vraiment la peine d’être lue.

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