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Ils font des étirements dans une salle, les mains au sol, et regardent la caméra.

Audrey Vincent et Stéphane Piccinin

Photo : Les Vues de l'Esprit_Les Films du 3 Mars

Le réalisateur canadien Helgi Piccinin propose à compter de vendredi son documentaire Champions. Durant trois ans, il a suivi deux athlètes qui ont une différence intellectuelle : son frère Stéphane et son amie Audrey Vincent, dont le rêve est de participer aux Jeux olympiques spéciaux de Dubaï. Leur quête est émouvante et pleine d’enseignements.

Je rêve d’entrer dans la tête de mon petit frère depuis le jour où mes parents m’ont annoncé que Stéphane était autiste.

Durant des années, Helgi Piccinin va côtoyer son frère sans jamais le comprendre. À l’adolescence, Stéphane va se passionner pour la course de demi-fond. Grâce au sport, il va aussi s’ouvrir au monde qui l’entoure. On va même lui découvrir un réel talent naturel. Helgi va alors trouver un moyen de découvrir qui est son frère.

Je l’avais jusque-là sous-estimé, raconte-t-il. J’ai constaté qu’on s’était éloignés avec le temps, lui avec son autisme et moi avec mon côté neurotypique entre guillemets. On se parlait moins, j’avais de la difficulté à l’inclure dans mes activités. J’avais énormément d’a priori.

Un homme, vêtu d'une veste rouge et d'une tuque, court.

Stéphane Piccinin sur une plage de la Nouvelle-Écosse

Photo : Les Vues de l'Esprit_Les Films du 3 Mars

Quand il m’a annoncé qu’il voulait devenir un coureur, je me suis rendu compte que j’ai passé 25 ans à le sous-estimer. C’est là que j’ai découvert un univers fascinant. C’est en regardant tous les athlètes qui l’entouraient que j’ai fait la rencontre d’Audrey, une athlète du Québec qui est devenue très vite mon amie.

Dans le documentaire, on va s’attacher à Audrey, une jeune fille qui préfère la compagnie des chevaux à celle des gens. Extravertie, intarissable, Audrey se raconte sans filtre. Je suis heureuse d’être imparfaite, tannée de cacher mon handicap, dit-elle.

Quand on lui demande comment elle se sent avec sa différence, elle répond immédiatement.

Ma mère a toujours voulu que je sois parfaite, je me suis toujours demandé pourquoi. Aujourd’hui, elle accepte mes imperfections et elle comprend que tout le monde en a! Je voudrais qu’on nous regarde comme des personnes comme les autres. Oui, j’ai des difficultés de langage, mais si les gens prennent le temps, on trouve toujours des solutions pour se faire comprendre, et ça, j’aime bien ça.

Audrey Vincent
Elle se tient sur le podium, médaille de bronze au cou, avec deux autres athlètes.

Audrey Vincent aux Jeux olympiques spéciaux de Dubaï.

Photo : Les Vues de l'Esprit_Les Films du 3 Mars

Durant les 94 minutes du documentaire, on va entrer dans le monde intime de ces deux jeunes. Le réalisateur va même nous amener à comprendre ce qu’est la différence intellectuelle et on découvre rapidement que le sport est un alibi. Dans une scène touchante, on voit son frère Stéphane intervenir dans son ancienne classe de secondaire, expliquant ce qu’est l’autisme devant des élèves curieux et intéressés.

Nés avec cette différence intellectuelle, Stéphane et Audrey veulent montrer au monde qu’eux aussi peuvent gagner des médailles. Les deux athlètes caressent le même rêve ambitieux, celui de participer aux Jeux olympiques spéciaux à Dubaï.

Durant ces trois années, j’ai suivi vraiment tout leur cycle olympique, explique Helgi Piccinin. Mon frère et Audrey ont commencé à être sélectionnés dans leur province, puis ils se sont qualifiés au niveau national pour enfin gagner leur place aux Jeux olympiques spéciaux.

Elle est assise sur la pelouse et lace ses chausseures de course.

Audrey Vincent

Photo : Les Vues de l'Esprit_Les Films du 3 Mars

La sauterelle et le hamster

Audrey, elle, se souvient comme si c’était hier de ces Jeux olympiques spéciaux. Elle se souvient de sa nervosité avant sa course. Elle ne savait pas comment l’exprimer.

Quand Helgi m’a posé la question sur ma nervosité, je ne trouvais pas d’images, explique-t-elle. C’est là que je lui ai parlé de la sauterelle et du hamster. Le hamster qui est calme et qui roule dans sa cage et la sauterelle qui ne demande qu’à sauter. Il fallait que j’arrive à équilibrer les deux et c’est comme ça que j’ai remporté ma médaille d’or.

Le réalisateur voulait absolument avoir un personnage masculin et surtout féminin dans le film. Il voyait Audrey comme un modèle pour sa génération. D’autant que les Jeux olympiques spéciaux se déroulaient dans un pays qui réserve un autre traitement aux femmes.

Il se tient debout, avec la ville de Montréal en arrière plan.

Helgi Piccinin

Photo : Les Vues de l'Esprit_Les Films du 3 Mars

Aux Jeux, on avait plus de 170 pays. Certains pays ont déjà leur manière d’impliquer les femmes dans le sport, mais il faut rajouter à cela le défi de la déficience intellectuelle. Alors de montrer une femme comme Audrey qui a pu se rendre jusque-là, une femme affirmée, cela donne beaucoup d’espoir aux jeunes femmes du monde entier.

« Arrêtons de les limiter »

Helgi Piccinin espère que ce film va ouvrir les esprits. Il veut qu’on arrête de limiter tous ces gens qui ont une différence. Il s’est rendu jusqu’à Dubaï, mais il est conscient qu’on n’a pas besoin d’aller au bout du monde pour changer les choses.

Les gens qui ont une différence intellectuelle représentent entre 1 et 3 % de la population mondiale, 800 000 au Canada, et on ne les entend jamais. Quand il y a des films qui sont faits sur eux, ce sont toujours les parents qui parlent ou des spécialistes. Alors, donnons-leur la chance de s’exprimer et arrêtons de les limiter. Donnons-leur la possibilité d’être inclus!

Helgi Piccinin, réalisateur du documentaire Champions
Il porte une médaille de bronze à son cou et se tient sur le podiums avec quatre autres coureurs.

Stéphane Piccinin (2e à droite) aux Jeux olympiques spéciaux de Dubaï.

Photo : Les Vues de l'Esprit_Les Films du 3 Mars

À la fin du documentaire, on oublie complètement que ce sont des athlètes spéciaux qui ont défilé devant nos yeux et l’on se dit que n’est pas forcément handicapé celui auquel on pense. Stéphane conclut même ces 94 minutes de bonheur avec cette phrase pleine de sens :

Ce serait bien, si l’on pouvait organiser des Jeux intergalactiques. Il y aurait l’équipe de la Terre contre celle des autres planètes. J’aimerais ça faire partie de l’équipe de la Terre.

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