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Chronique

Le CIO refuse de mettre un genou à terre

Il gesticule.

Le président du CIO, Thomas Bach, s'adresse aux médias en conférence de presse.

Photo : presse canadienne

Au mois de juin dernier, le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, semblait ouvert à reconsidérer l’article 50 de la Charte olympique, lequel interdit les démonstrations ou manifestations politiques pendant les Jeux.

Nous avons totalement soutenu l’initiative de la commission des athlètes (du CIO) de dialoguer avec ses homologues du monde entier pour explorer les différentes façons dont les athlètes olympiques peuvent exprimer leur soutien aux principes contenus dans la Charte olympique de façon digne, déclarait-il.

Dans une tribune la semaine dernière, le président a changé de ton.

La politique n’a pas sa place aux Jeux olympiques, a-t-il expliqué. En tant qu’organisation non gouvernementale civile, le CIO observe en permanence le principe de neutralité politique. Ni l’attribution des Jeux ni aucune participation ne constituent une appréciation politique à l’égard du pays hôte. Les Jeux olympiques sont régis par le CIO et non par les gouvernements.

Dans cette même tribune, Thomas Bach renchérit ainsi :

Les Jeux olympiques sont avant tout un événement sportif. Les athlètes incarnent les valeurs d’excellence, de solidarité et de paix. Ils représentent également cet esprit d’inclusion et de respect mutuel en restant politiquement neutres sur le terrain et pendant les cérémonies. Parfois, cet objectif sportif doit coexister avec la liberté d’expression dont jouissent également tous les athlètes aux Jeux olympiques. C’est la raison pour laquelle des règles régissent l’aire de compétition et les cérémonies, dans le but de protéger cet esprit sportif.

Le pouvoir fédérateur des Jeux n’est possible que si chacun fait preuve de respect et de solidarité, sans quoi les Jeux risquent de devenir un lieu de protestations en tout genre, divisant le monde au lieu de l’unifier.

Thomas Bach, président du CIO

Depuis des mois, le mouvement Black Lives Matter est porté par de nombreux athlètes qui mettent le genou à terre en signe de protestation contre la discrimination raciale et au nom de la justice sociale.

Le CIO persiste à penser que ces protestations en tout genre diviseraient le monde au lieu de l’unifier. On peut se demander en quoi ces protestations remettraient en cause l’esprit sportif. En quoi les gestes de ces sportifs seraient-ils une marque de non-respect?

Le président du CIO nous dit que les Jeux olympiques peuvent jeter des ponts entre les individus et les amener ainsi à mieux se comprendre, pour ouvrir la voie à la paix. C’est pourtant le message que veulent envoyer tous ces athlètes qui chaque semaine font connaître leur soutien devant l’injustice et toutes les formes de discrimination.

En refusant aux athlètes de pouvoir manifester pendant les Jeux, le CIO, au nom d’une certaine neutralité, semble s’enfermer dans une bulle. Comme si son organisation privée se mettait au-dessus de la mêlée, comme s’il voulait préserver une sorte d’intégrité morale. Le mouvement olympique serait-il hors du temps en continuant à prôner des règles qui datent de 1896?

Les Jeux olympiques sont une réaffirmation de notre humanité commune et contribuent à nous unir dans toute notre diversité, clame haut et fort le président Bach.

On peut alors se demander s’il a vraiment entendu le cri lancé par les athlètes du monde entier qui réclament le droit de manifester aux Jeux. Ces athlètes sont eux aussi des citoyens du monde et contribuent largement au succès du cirque olympique tous les deux ans après des années d’efforts et de sacrifices.

L’article 50 de la Charte olympique constitue une violation flagrante des droits de l’homme et chaque athlète doit pouvoir utiliser ses propres plateformes, ses gestes et sa voix, dénonçait en juin l’organisation mondiale Global Athlete. Réduire les athlètes au silence a conduit à l’oppression, aux abus et à la discrimination dans le sport.

Les récentes déclarations du président de l’instance suprême du monde sportif semblent donc irréconciliables avec les demandes de ses principaux acteurs. En ne modifiant pas son article 50, le CIO refuse donc de mettre un genou à terre en signe de solidarité.

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